Saint-Valentin chinoise (Qixi) : quoi offrir comme cadeau
Qixi, la fête des amoureux chinoise, tombe le mercredi 19 août. Les fleurs s'y comptent, l'argent s'y envoie à des montants qui veulent dire quelque chose — et quelques objets sont à écarter absolument, pour des raisons qui tiennent à la prononciation.
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Roses, chocolats, bracelet d'or et pendentif de jade sur une table.
Des fleurs, et un compte qui tient lieu de message
En Chine, un bouquet ne se choisit pas seulement par la couleur : il se compte. Le nombre de tiges est le message, et les fleuristes le vendent tel quel. Un reportage du Guangzhou Daily, repris le 13 février 2014 par le site du Quotidien du Peuple, en donnait le barème avec les prix en face : neuf roses pour la longévité, onze pour l'amour sincère, trente-trois pour l'amour éternel, quatre-vingt-dix-neuf pour l'amour infini. Le bouquet de onze valait 180 yuans, celui de trente-trois 520 yuans, celui de quatre-vingt-dix-neuf 1 500 yuans, soit environ 190 euros ; la rose à l'unité passait de 5 à 15 yuans à l'approche de la fête.
Le quatre-vingt-dix-neuf doit sa fortune à un son. Neuf se prononce jiǔ, comme l'adverbe qui veut dire « longtemps » : Liu Dan Dan et Elvira Septevany, dans une étude parue en juin 2020 dans The International Journal of Social Sciences World, y voient la raison pour laquelle ce chiffre passe pour faste dès qu'il est question de sentiments, parce qu'il appelle une formule ancienne souhaitant à l'amour la durée du ciel et de la terre.
Le compte le plus répandu reste pourtant le plus modeste. Le Global Times relevait le 4 août 2022 que le bouquet de onze roses était le cadeau le plus demandé de la fête, la province du Yunnan expédiant plus d'un million et demi de commandes de fleurs pour la seule journée de pointe. Trois ans plus tard, pour l'édition 2025, ce sont encore les bouquets de onze, trente-trois et cinquante-deux tiges qui progressaient le plus vite sur le service de vente éclair de Taobao.
Reste une statistique qui surprend le lecteur français : sur la plateforme JD, à Qixi 2020, 70 % des fleurs coupées ont été achetées par des hommes, pour l'essentiel nés entre 1985 et 1995.
L'argent s'offre, à condition qu'il dise quelque chose
Offrir de l'argent n'a rien d'impoli, pourvu qu'il passe par une enveloppe — physique, ou le plus souvent numérique. Dans un sondage d'iiMedia Research repris par le cabinet Daxue Consulting, l'enveloppe rouge envoyée par messagerie arrivait en deuxième position des cadeaux de la fête, avec 31,8 %, juste derrière les vêtements et devant les fleurs fraîches.
Le montant compte alors davantage que la somme. Lus à voix haute, les chiffres cinq-deux-zéro ressemblent en mandarin à « je t'aime », et un-trois-un-quatre à une formule qui signifie « toute une vie ». Jiaxun Li, dans une enquête publiée en mars 2025 par le Journal of Cultural Economy, a suivi cet usage de près : une enveloppe rouge est plafonnée à 200 yuans, une vingtaine d'euros, et au-delà les couples passent par la fonction de virement — l'un de ses enquêtés envoyait 520 yuans à sa femme de cette manière. Une enquêtée de vingt-six ans notait surtout que l'application suggère 6,66 ou 8,88 yuans pour un collègue, mais 5,20 ou 9,99 pour le conjoint.
Le nombre finit par passer dans les prix eux-mêmes. Le Global Times relevait pour Qixi 2025 un restaurant de Pékin qui affichait trois menus de fête : 588, 1 299 et 1 314 yuans. Le dernier n'est pas un tarif, c'est une phrase.
L'or, le bijou et ce que les marques poussent ce jour-là
Interrogés par iiMedia Research en 2024, près de sept acheteurs sur dix déclaraient prévoir un cadeau pour leur partenaire, et le trio de tête ne bouge guère : bijoux, produits électroniques, beauté. Un quart situait son budget entre 501 et 1 000 yuans, plus d'un sur cinq dépassait 2 000 yuans, environ 250 euros.
Le métal précieux tient une place que la Saint-Valentin occidentale ne lui donne pas : le Global Times donnait pour la fête de 2022 les bijoux en or à plus 280 %, les montres de mode à plus 400 % et le rouge à lèvres à plus 103 %, quand la confiserie plafonnait, sur JD deux ans plus tôt, autour de 30 %.
Les maisons de luxe, elles, ont fait de la fête un rendez-vous obligatoire, avec sa collection en édition limitée et son film de campagne. Le cabinet Dao Insights recensait le 14 août 2026 les livraisons de cette année : un feuilleton en trois volets chez Gucci, des lettres d'amour lues chez Saint Laurent — dont celles de Bruce Lee et de la sociologue Li Yinhe —, une campagne sur la demande en mariage réciproque chez Chaumet.
Ce terrain se paie cher quand on le manque. En août 2020, Balenciaga sortait pour la fête quatre sacs en édition limitée à 139 000 yuans pièce, environ 17 000 euros, brodés de formules amoureuses et photographiés sur des fonds démodés. Le mot-dièse qui les jugeait ringards a dépassé les 200 millions de vues sur Weibo ; un sondage lancé dans la foulée a recueilli 95 500 voix pour « de mauvais goût » contre 7 700 pour « à la mode ».
Ce qu'il ne faut surtout pas offrir
C'est ici, et ici seulement, que le chinois devient le sujet : ces interdits tiennent presque tous à une homophonie, et les expliquer sans donner le caractère et sa lecture reviendrait à ne rien expliquer. Liu Dan Dan et Elvira Septevany en dressent la liste dans l'étude citée plus haut.
- Une horloge, une pendule, une montre. L'horloge se dit 钟 zhōng, exactement comme 终 zhōng, « la fin, le terme ». En offrir une à une personne âgée, écrivent les deux chercheuses, revient à lui souhaiter de quitter ce monde au plus vite. L'expression consacrée va plus loin encore : offrir une horloge, 送钟 sòng zhōng, se prononce comme 送终 sòng zhōng, « accompagner un mourant et assister à ses funérailles ».
- Un parapluie, ou un éventail. Le parapluie se dit 伞 sǎn et l'éventail 扇 shàn ; les deux sons appellent 散 sàn, « se disperser, se séparer ». Offert à quelqu'un qui fréquente une jeune fille ou un jeune homme, l'objet annonce la rupture.
- Une poire. La poire se dit 梨 lí, comme 离 lí, « quitter ». L'interdit vise surtout le partage : couper une poire, 分梨 fēn lí, se prononce comme 分离 fēn lí, « se séparer ». Dans bien des familles, on ne coupe donc pas une poire à deux.
- Des chaussures. 鞋 xié sonne comme 邪 xié, « le mauvais, le maléfique ». C'est la seule explication que les sources sérieuses retiennent, et le magazine The World of Chinese la donnait déjà en 2018.
- Un service de verres. Le plus méconnu de tous. Le verre se dit 杯 bēi, comme 悲 bēi, « le chagrin », et la verrerie 杯具 bēijù, exactement comme 悲剧 bēijù, « la tragédie ».
- Des chrysanthèmes, ou des fleurs blanches. Aucun jeu de mots ici : 菊花 júhuā, le chrysanthème, est la fleur que l'on dépose devant les morts, et le blanc la couleur du deuil.
- Un chapeau vert, à un homme. Pas d'homophonie non plus, mais une longue histoire : 绿帽子 lǜ màozi, le « chapeau vert », désigne l'homme dont la femme le trompe. The World of Chinese a suivi la piste jusqu'aux Tang, où le vert marquait le bas de la hiérarchie, puis jusqu'aux textes des Ming qui emploient déjà l'expression au sens moderne.
- Quatre de quelque chose. 四 sì, quatre, sonne comme 死 sǐ, « mourir ».
Ce dernier interdit est le seul qu'un travail d'économie ait chiffré. Nicole Fortin, Andrew Hill et Jeff Huang ont comparé près de 117 000 ventes de maisons dans le Grand Vancouver : là où les résidents d'origine chinoise dépassent 18 % du quartier, une maison dont le numéro de rue finit par 4 se vend 2,2 % moins cher, et une maison finissant par 8 — chiffre faste — 2,5 % plus cher, soit huit mille dollars d'un côté et dix mille de l'autre. Une superstition qui se paie ainsi n'est plus tout à fait une superstition de guide touristique.
Les interdits que tout le monde répète et que personne n'établit
La liste circule bien au-delà de ce qui est documenté, et mieux vaut le dire. Le couteau qui « trancherait » la relation, le mouchoir qui essuierait les larmes des funérailles, le portefeuille qui ferait fuir la fortune : ces trois-là sont partout sur les sites de conseils et absents des travaux universitaires. L'expression qui sert à justifier le premier existe bel et bien — on dit d'une rupture qu'elle tranche en deux d'un seul coup de couteau —, mais rien de solide ne la relie au cadeau.
Deux autres affirmations très répandues ne résistent pas davantage à la vérification : l'idée que les chaussures feraient « marcher » l'autre hors de la relation, quand seule l'homophonie avec le mal est attestée ; et celle selon laquelle la messagerie relèverait son plafond de 200 à 520 yuans les jours de fête, que ne confirme aucun communiqué de l'entreprise.
Quand le bouquet coûte plus cher qu'une facture d'électricité
Reste ce que fait la majorité, qui n'achète ni or ni sac à main. Le reportage du Guangzhou Daily cité plus haut était déjà titré, en substance, « les roses font vivre les boutiques, la surenchère commerciale agace », et donnait la parole à une cliente constatant des prix en hausse de 200 %.
La critique de la fête devenue une dépense n'est pas neuve non plus. Dès le 22 août 2012, une dépêche de l'agence Chine nouvelle publiée par le China Daily donnait la parole à Wang Hengzhan, folkloriste à l'université normale du Shandong, pour qui Qixi devrait porter sur la constance en amour plutôt que sur les vitrines ; un informaticien de vingt-quatre ans y calculait qu'une seule bougie sur une table de restaurant lui coûterait plus que son mois d'électricité. Le même article relevait le paradoxe que personne n'a résolu depuis : sans les publicités, la plupart des gens ne sauraient pas que la fête approche.
Et l'on peut fort bien fêter Qixi sans personne à qui offrir. En 2019, selon des données de Ctrip citées par le China Daily, les réservations de voyage émanant de célibataires avaient progressé de 48 % pour l'occasion, avec une dépense moyenne de 1 422 yuans, environ 180 euros : la moitié de celle d'un couple, mais pour une seule personne.
La Rédaction