Qixi, la Saint-Valentin chinoise, tombe le 19 août 2026

La fête des amoureux chinoise tombe cette année le mercredi 19 août. Elle n'est toujours pas un jour chômé, mais elle est devenue l'un des grands jours de mariages et de dépenses de l'année, et son histoire est beaucoup moins simple que sa réputation.

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Une jeune femme en chemisier blanc serre un gros bouquet de roses rouges emballé de papier rose ; à côté d’elle, un jeune homme en veste beige tient un petit coffret rouge noué d’un ruban doré. Derrière eux, des lanternes rouges suspendues au-dessus des étals d’un marché aux fleurs.
Un couple au marché aux fleurs, sous des lanternes rouges.

Une date qui se déplace de trois semaines d'une année à l'autre

Qixi, la fête du double sept, tombe le septième jour du septième mois du calendrier lunaire chinois. Ce calendrier suit les lunaisons et non le soleil : la fête se promène donc dans l'été du calendrier grégorien. Elle était le 29 août en 2025, elle sera le 8 août en 2027. En 2026, l'année lunaire s'est ouverte le 17 février et ne comporte aucun mois intercalaire ; le compte des lunaisons place le double sept au mercredi 19 août. Ce sont ces mois supplémentaires, glissés environ tous les trois ans pour rattraper le décalage entre les lunaisons et les saisons, qui font sauter la fête de près de trois semaines d'une année sur l'autre.

Ce n'est pas un jour chômé, et cela ne l'a jamais été. Le calendrier des congés arrêté par le Bureau général du Conseil des affaires d'État le 4 novembre 2025 retient sept périodes pour 2026 : le Jour de l'an, la fête du Printemps du 15 au 23 février, Qingming du 4 au 6 avril, la fête du Travail au début de mai, les bateaux-dragons du 19 au 21 juin, la mi-automne du 25 au 27 septembre et la fête nationale en octobre. Qixi n'y figure pas. La fête se tient le soir, après le travail, et son nom le dit : « xi » désigne la tombée du jour.

Au ciel, deux étoiles la portent : Véga, la Tisserande, et Altaïr, le Bouvier, que sépare la traînée pâle de la Voie lactée. Elles culminent dans le ciel du soir au mois d'août, la saison où on les voit le mieux.

La fête et la légende ne sont pas nées ensemble

C'est le point sur lequel les travaux récents sont les plus fermes, et il contredit le récit qu'on entend partout. Dans une étude parue en janvier 2025 dans la revue Asian Social Science, Wang Yan, Liang Wenqian et Yang Xiaoming, de l'université Donghua de Shanghai et de l'université des femmes du Shandong, soutiennent que la fête du double sept et la légende du Bouvier et de la Tisserande se sont formées séparément, avant de se rejoindre tardivement.

Le Classique des vers, le plus ancien recueil poétique chinois, nomme bien les deux astres. Mais le poème dit que l'étoile de la Tisserande change sept fois de place dans la journée sans tisser la moindre étoffe, et que celle du Bouvier brille sans pouvoir tirer le moindre attelage : c'est une satire des rois de Zhou et de leurs officiers, oisifs et inutiles, pas une histoire d'amour. Les trois chercheurs relèvent en outre que, sous les Han occidentaux, l'étoile dite du Bouvier ne désignait pas Altaïr mais la loge lunaire du Bœuf, les Mémoires historiques de Sima Qian le confirment, si bien que la Voie lactée ne séparait alors personne.

Les deux fils se nouent lentement. À la fin des Han orientaux, l'almanach de Cui Shi donne pour la première fois une identité aux deux personnages : ce sont encore deux divinités, non un paysan et une fée. Sous les Jin occidentaux, le Traité des choses diverses de Zhang Hua imagine un fleuve céleste communiquant avec la mer, ce qui rend concevable une union entre un mortel et une immortelle. Sous les Qi du Sud, le recueil de récits de Yin Yun fournit enfin une cause à la séparation : la Tisserande, petite-fille de l'empereur de Jade, habitait la rive orientale du fleuve céleste et s'épuisait à tisser. Il faut attendre les Chroniques saisonnières de Jingchu, composées sous les Liang au sixième siècle, pour lire que la septième nuit du septième mois est celle où le Bouvier et la Tisserande se retrouvent.

Reste la question que le récit populaire n'aborde jamais : pourquoi cette date. Elle ne doit rien, à l'origine, aux amants. Les anciens tenaient pour fastes les jours dont le quantième répète le rang du mois, le premier du premier mois, le deuxième du deuxième, le troisième du troisième, le cinquième du cinquième, le septième du septième, le neuvième du neuvième, et les jugeaient propices à la communication avec les dieux ; c'est le même principe qui a donné la fête des bateaux-dragons au double cinq et celle du Double Neuf à l'automne. Le septième jour du septième mois passait de surcroît pour l'anniversaire de l'empereur Wu des Han, et pour la date de son entrevue avec la Reine Mère de l'Ouest. La date était donc déjà une fête avant d'avoir un couple à célébrer.

Quant à la version que l'on raconte aujourd'hui, le buffle qui parle, les vêtements dérobés au bord de la rivière, les deux enfants emportés dans des paniers, elle ne s'est fixée qu'à la toute fin des Qing, il y a un peu plus d'un siècle, et c'est le théâtre qui l'a répandue. Le guide du site en publie deux versions, recueillies à des époques différentes. Les mêmes chercheurs estiment d'ailleurs que l'étiquette de « Saint-Valentin chinoise » procède d'une confusion, entretenue par des commerçants et par une partie des érudits.

Des aiguilles, des melons et des araignées

Avant d'être la fête des couples, Qixi a longtemps été celle des jeunes filles, et son autre nom l'annonce : Qiqiao, la demande d'adresse. Les Miscellanées de la capitale de l'Ouest, texte rédigé sous les Jin orientaux mais qui se donne pour un souvenir de la cour des Han, décrivent des dames du palais enfilant un fil dans une aiguille à sept trous le septième jour du septième mois, afin d'obtenir des doigts habiles ; ailleurs, les femmes de la cour se nouent des cordons de soie de cinq couleurs, en signe d'amitié.

Les Chroniques saisonnières de Jingchu ajoutent le reste du rituel, et c'est celui que l'on retrouvera pendant des siècles : la nuit venue, les femmes de la maison enfilent l'aiguille à sept trous, parfois en or ou en argent ; on dispose dans la cour des fruits et des melons en offrande ; si des araignées y ont tissé une toile au matin, le vœu sera exaucé. Rien, dans tout cela, ne concerne les amoureux. On demande l'habileté des mains, qui faisait alors une bonne épouse.

La fête a laissé une trace considérable dans la poésie. La pièce la plus célèbre est due à Qin Guan (1049-1100), poète des Song : elle se clôt sur l'idée que si deux êtres s'aiment vraiment, il leur importe peu d'être ensemble du matin au soir. La séparation des amants y devient une leçon plutôt qu'un malheur.

Le jour où l'on se marie

Ce qui reste le plus vivant de Qixi ne se joue plus dans les cours mais dans les bureaux d'état civil. Le 10 mai 2025, une réforme du règlement sur l'enregistrement des mariages est entrée en vigueur : les couples n'ont plus à produire leur livret de résidence et peuvent se marier dans n'importe quelle ville du pays, quel que soit leur lieu d'origine. Xinhua, qui rendait compte du texte le 11 mai 2025, y voyait la levée d'un obstacle devenu massif dans un pays où des centaines de millions de personnes vivent loin de leur province natale.

Le premier Qixi qui a suivi, le vendredi 29 août 2025, a servi d'épreuve. Le Global Times en publiait le relevé le jour même : 10 558 mariages enregistrés dans le seul Guangdong, dont 2 452 au titre de la nouvelle procédure ; 9 330 dans le Jiangsu, 7 796 dans le Guizhou ; 4 109 dans le Liaoning, soit 178 % de plus qu'au Qixi précédent. À Shanghai, 2 310 couples se sont mariés ce jour-là, le meilleur chiffre depuis près de dix ans, dont 1 130 venus d'une autre province ; les vingt premiers ont signé au cinquante-deuxième étage de la tour de Shanghai.

Sur l'année entière, le ministère des Affaires civiles a compté 6,76 millions de mariages en 2025, soit environ 657 000 de plus qu'en 2024 et une hausse de près de 11 % après le recul de l'année précédente. Le ministère et la presse d'État attribuent une part de ce rebond à la simplification des démarches : à la fin de septembre 2025, plus de 330 000 couples s'étaient mariés hors de leur province d'origine depuis l'entrée en vigueur du texte.

Autour de l'état civil s'est développé tout un cérémonial. Le 29 août 2025, Canton a marié quinze couples au sommet de sa tour ; à Shenzhen, le district de Guangming a organisé une noce collective pour les bâtisseurs de sa cité scientifique, avec un officiant robot. Xinhua décrivait en novembre 2025 la transformation plus durable dont ces mises en scène sont l'écume : des bureaux ouverts le soir et le week-end, la remise du livret pendant un spectacle, un survol de drones offert au-dessus de la rivière Huangpu à trois couples tirés au sort. Jin Lihui, qui dirige le service des mariages au bureau des affaires civiles de Shanghai, y voit une réponse aux horaires des jeunes actifs ; à Pékin, la formalité est annoncée en dix minutes.

Trois fêtes des amoureux, et un commerce qui les tient toutes

La Chine en célèbre trois. Le 14 février, importé, est largement suivi dans les villes. Le 20 mai s'est inventé sur internet : lus à voix haute, les chiffres cinq-deux-zéro ressemblent en mandarin à « je t'aime », et la date est devenue une fête des déclarations, très suivie des plus jeunes. Qixi vient en troisième, avec l'avantage d'être la seule des trois à sortir du calendrier traditionnel.

Les plateformes en ont fait un rendez-vous commercial de premier plan. Pour l'édition 2025, le Global Times a rassemblé les relevés des grandes enseignes : sur le service de vente éclair de Taobao, les précommandes de fleurs ont progressé de 132 % sur un an et représenté le triple des volumes du 20 mai ; chez Meituan, le nombre de restaurants proposant un menu en achat groupé a crû de 48 % d'une semaine sur l'autre, les recherches de tables pour la soirée ont bondi de 240 % et les réservations anticipées de 52 % sur un an. Sur Douyin, du 16 au 25 août, les ventes groupées ont augmenté de 324 % dans la beauté, de 255 % dans la bijouterie et de 239 % dans l'habillement.

Ces pourcentages disent une chose et en cachent une autre : ce sont des variations, jamais des montants. Aucune des plateformes citées ne publie de chiffre d'affaires pour la journée, et la comparaison d'une année sur l'autre bute sur un détail que les commerçants connaissent bien : la fête change de date chaque année, et un mercredi ne vaut pas un vendredi.

Le double sept poursuit pendant ce temps une carrière officielle. Il a été inscrit en 2006 sur la première liste nationale du patrimoine culturel immatériel ; s'y sont ajoutées les traditions de Xihe, dans le Gansu, en 2008, celles de Wenling au Zhejiang et du quartier de Tianhe à Canton en 2011, puis celles de Yunxi, dans le Hubei, en 2014. Au Gansu, le China Daily décrivait en 2018 une célébration en sept étapes et douze cérémonies, suivie par un demi-million de personnes chaque année. Une fête de jeunes filles est ainsi devenue une fête de couples, une fête de marques et un dossier de patrimoine, sans que rien de tout cela n'ait jamais été décidé nulle part.

La Rédaction

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