Puces mémoire : le fabricant chinois CXMT passe de la perte à un bénéfice de 77 milliards de yuans

Le fabricant chinois de puces de mémoire vive ChangXin Memory Technologies (CXMT) a publié ses premiers résultats semestriels depuis son entrée en Bourse à Shanghai, en juillet 2026 : un bénéfice net de 77,61 milliards de yuans, contre une perte un an plus tôt, porté par une pénurie mondiale de mémoire que l'intelligence artificielle entretient.

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Salle blanche d'une usine de fabrication de puces électroniques, avec des techniciens en combinaison stérile.
Une salle blanche de fabrication de semi-conducteurs, où sont usinées les puces de mémoire vive. Photo d'illustration.

Un semestre qui dépasse les propres prévisions de l'entreprise

ChangXin Memory Technologies (CXMT), fabricant chinois de puces de mémoire vive DRAM installé à Hefei, dans l'Anhui, a publié fin août ses premiers résultats semestriels depuis son entrée en Bourse à Shanghai, en juillet 2026. Sur les six premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires atteint 150,31 milliards de yuans (environ 19 milliards d'euros), en hausse de 873,6 % sur un an. Le bénéfice net s'élève à 77,61 milliards de yuans (environ 10 milliards d'euros), contre une perte de 2,33 milliards de yuans (environ 300 millions d'euros) un an plus tôt. Les deux chiffres dépassent les prévisions que l'entreprise avait elle-même communiquées avant son introduction en Bourse : de 25 % pour le chiffre d'affaires, de 36 % pour le bénéfice net. Pour une société cotée depuis à peine un mois, c'est la meilleure entrée en matière possible.

Une pénurie mondiale de mémoire, portée par l'intelligence artificielle

Ce basculement tient d'abord à un marché mondial tendu. La construction en série de centres de données pour l'intelligence artificielle a fait grimper la demande de puces mémoire, qui servent aussi bien à entraîner les grands modèles qu'à équiper le moindre smartphone ou ordinateur portable. L'offre mondiale, elle, n'a pas suivi : les usines existantes tournent déjà à plein régime, et CXMT elle-même juge que la pénurie actuelle est appelée à durer. Dans ce contexte, les prix de la mémoire DRAM ont grimpé sur l'ensemble du marché mondial, et l'entreprise chinoise, qui vend l'essentiel de sa production aux fabricants d'ordinateurs et de smartphones du pays, en profite directement.

Elle mise aussi sur la montée en gamme. Sur ce semestre, les familles de puces DDR ont représenté près de la moitié de son chiffre d'affaires. Elle a par ailleurs engagé, chez ses clients, la validation de sa première puce LPDDR6, capable d'un débit de 12 800 mégabits par seconde : elle devient ainsi le premier fabricant chinois de mémoire à s'engager dans une nouvelle génération de puces basse consommation en même temps que les leaders mondiaux du secteur, et non plusieurs années après eux comme c'était jusqu'ici la règle.

Un symbole de la stratégie chinoise d'autonomie sur les puces

La réussite de CXMT dépasse le seul cas d'une entreprise en bonne santé financière. Pékin a fait de la mémoire, comme des autres segments des semi-conducteurs, un axe prioritaire de sa politique industrielle, avec l'objectif de réduire la dépendance de l'électronique chinoise aux fournisseurs étrangers. Sa création, en 2016 à Hefei, doit beaucoup à Zhu Yiming, un ingénieur formé à l'université Tsinghua puis passé par la Silicon Valley avant de revenir fonder l'entreprise dans sa province natale. En une décennie, elle est devenue le quatrième fabricant mondial de DRAM, dans un secteur où la Chine partait avec des années de retard sur les groupes coréens et américain. Son succès boursier et financier, moins d'un mois après sa cotation, sert de vitrine à cette stratégie : c'est la preuve, pour Pékin, qu'un segment longtemps considéré comme un point faible de l'industrie chinoise peut devenir un relais de croissance.

De la perte, il y a un an, au bénéfice le plus élevé de son histoire

Il y a un an encore, CXMT perdait de l'argent. Le renversement en un an à peine, de la perte au bénéfice net le plus élevé jamais publié par l'entreprise, illustre l'ampleur du rattrapage : dans un cycle de pénurie, une fois les coûts fixes de l'usine amortis, la hausse des prix de la mémoire se répercute presque intégralement sur la marge. C'est un mécanisme classique de l'industrie des semi-conducteurs, où les fabricants qui disposent déjà d'une capacité de production installée sont les premiers à profiter d'un marché tendu, avant même d'avoir investi dans une seule usine supplémentaire.

Une action qui a suivi la même courbe

Le marché a anticipé, puis confirmé, ce redressement. Depuis son introduction à la Bourse de Shanghai en juillet, l'action CXMT a grimpé de plus de 576 %. L'entreprise, qui n'existait pas il y a dix ans, entre ainsi dans le cercle restreint des grandes valeurs technologiques chinoises cotées, aux côtés des géants de l'internet et des batteries électriques. Peu de sociétés cotées en Chine ont connu un tel début de parcours boursier.

Un acteur encore loin des trois géants mondiaux de la mémoire

Le succès reste néanmoins à relativiser. La part de CXMT dans la production mondiale de mémoire, mesurée en bits, ne dépassait pas 9 % en 2025, un chiffre que les analystes du secteur voient grimper vers 12 % d'ici 2027. Elle reste loin derrière les trois groupes qui dominent la mémoire depuis des décennies : le sud-coréen Samsung, le sud-coréen SK Hynix et l'américain Micron, dont les revenus tirés de la seule DRAM ont représenté, en 2025, plusieurs fois ceux de l'entreprise chinoise.

L'écart se resserre pourtant sur le terrain industriel. La capacité de production de CXMT, de l'ordre de 265 000 plaquettes de silicium traitées par mois fin 2025, devrait approcher 350 000 d'ici la fin de cette année, un niveau qui la rapproche de celui de Micron. Sur la mémoire à bande passante élevée, celle que réclame l'entraînement des plus grands modèles d'intelligence artificielle, CXMT n'en est en revanche encore qu'aux premiers essais : l'essentiel de ses ventes reste composé de mémoire DRAM et LPDDR classiques, les segments les plus anciens et les moins rémunérateurs du marché.

Ce que cela change pour les prix, dans le monde entier

Cette montée en puissance a une conséquence directe pour les consommateurs, en Chine comme ailleurs. En ajoutant de la capacité sur un marché où la mémoire manque, CXMT contribue à desserrer, un peu, la pénurie mondiale, sans pour autant suffire à faire retomber les prix. Les fabricants d'ordinateurs et de smartphones du monde entier répercutent depuis plusieurs mois la hausse du coût de la RAM et du stockage sur leurs propres tarifs, et le secteur ne s'attend pas à un retour rapide à la normale. Le résultat de CXMT n'est donc pas seulement une bonne nouvelle pour ses actionnaires : il annonce que la tension sur les prix de la mémoire, qui touche déjà les acheteurs d'ordinateurs et de téléphones en Europe, va se prolonger.

La Rédaction

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