En Chine, les petites amies virtuelles ont été débranchées

Un téléphone posé debout sur un bureau ensoleillé ; son écran montre une jeune femme dessinée à la manière d’un manga, souriante, qui fait un signe de la main dans une interface de conversation rose aux bulles vides. Derrière la fenêtre, les tours de Shanghai par temps clair.
Une compagne d’application sur l’écran d’un téléphone, devant les tours de Shanghai. Illustration.

Depuis le 15 juillet, les applications chinoises n'ont plus le droit de proposer un compagnon virtuel à un mineur. Plusieurs ont préféré retirer la fonction pour tout le monde.

Cinq autorités nationales, dont l'Administration du cyberespace de Chine, ont publié des mesures provisoires encadrant les services d'intelligence artificielle qui imitent une personne. Le texte, entré en vigueur ce jour-là, interdit d'offrir aux mineurs une relation intime virtuelle — compagnon, mais aussi parent ou proche artificiel — et exige l'accord des parents pour les services destinés aux moins de quatorze ans.

Les plateformes sont allées plus loin que la lettre du règlement. Doubao, l'assistant de ByteDance, a désactivé le jour même la création de personnages sur mesure ; Alibaba a retiré des fonctions comparables de son propre assistant ; celui de Tencent s'y était mis dès le mois de juin. Des utilisateurs adultes ont donc vu disparaître, sans l'avoir demandé, un interlocuteur qu'ils retrouvaient chaque soir. La presse chinoise a raconté ces ruptures d'un genre neuf, et le mot qui revient dans les témoignages est celui de vide.

Ce qui subsiste tient en trois obligations : rappeler à l'utilisateur qu'il parle à une machine, l'avertir lorsque des signes de dépendance apparaissent, et lui signaler le temps passé après chaque tranche de deux heures d'affilée. L'Administration du cyberespace invoque la dépendance affective, l'isolement et l'affaiblissement de certaines compétences sociales ; elle juge les mineurs et les personnes âgées les plus exposés, parce qu'une machine complaisante ne contredit jamais et recueille tout ce qu'on lui confie.

Aucun pays n'avait encore écrit de règle sur l'attachement des humains aux machines. Celle-ci est provisoire, et c'est peut-être l'aveu le plus intéressant du texte : personne ne sait encore ce qu'il faut interdire.

Sources

La Rédaction

Partager cette page