Les films chinois les mieux notés en Chine depuis dix ans

Sur Douban, le site où le public chinois note ce qu'il voit, dix palmarès annuels dessinent un cinéma que le classement des recettes ne raconte pas du tout.

SOMMAIRE

Une salle de cinéma pleine, vue depuis le côté. Des rangées de fauteuils rouges occupées par de jeunes spectateurs qui regardent tous vers la gauche, le visage éclairé de bleu par l'écran hors champ. Au premier plan, un homme en tee-shirt noir avec un gobelet en carton posé dans l'accoudoir, une femme aux bras croisés. Les murs sombres portent des panneaux acoustiques rouges et des enceintes noires.
Une salle pleine, des fauteuils rouges, de jeunes spectateurs éclairés par la lueur de l'écran. — Photo d'illustration

Une note sur dix, et un site qui fait autorité

En Chine, la valeur d'un film se lit d'abord sur Douban. Ouvert en 2005, ce site communautaire laisse ses membres attribuer de une à cinq étoiles à un film, une série, un livre ou un disque, et affiche la moyenne sur dix avec une décimale. Il ne vend pas de billets, ne produit rien et ne distribue rien : sa note tombe aussi bien sur une superproduction que sur un documentaire vu par trois mille personnes. Le vote y est massif, et les titres les plus discutés dépassent les deux millions de votants.

C'est ce chiffre que la presse chinoise reprend, que les salles affichent et que les spectateurs se citent entre eux. Il bouge, aussi : un film porté par ses premiers admirateurs perd souvent deux ou trois dixièmes quand le grand public arrive. Les notes qui suivent ont donc toutes été relevées le même jour, le 29 août 2026, et sur des films assez vus pour que la moyenne veuille dire quelque chose. Elles racontent, année après année, une part de l'histoire récente du cinéma chinois.

Dix palmarès annuels, dix films

Chaque mois de décembre, Douban publie le classement des films en langue chinoise les mieux notés de l'année. Les dix dernières éditions, de 2016 à 2025, donnent dix titres. C'est la seule liste chinoise de ce genre qui repose sur un vote de masse et non sur un jury.

  • 2016 : Mr. Donkey, 8,3 sur dix pour un million de votants. Une farce cruelle tirée d'une pièce de théâtre, dans une école de campagne de la Chine républicaine.
  • 2017 : Les Anges portent du blanc, 8,2. Deux fillettes agressées dans un motel de bord de mer, et l'employée sans papiers qui a tout vu.
  • 2018 : Dying to Survive, 9,0 pour près de 2,4 millions de votants. Le trafic de médicaments anticancéreux indiens vers la Chine, tiré d'une affaire réelle.
  • 2019 : Ne Zha, 8,4. Un film d'animation tiré de la mythologie, et la plus grosse recette jamais réalisée par un dessin animé chinois avant que sa propre suite ne la batte.
  • 2020 : A Sun, 8,6. Un drame familial taïwanais, seul titre de la liste tourné hors de Chine continentale.
  • 2021 : I Am What I Am, 8,3. Un second film d'animation, autour de trois adolescents du Guangdong et de la danse du lion.
  • 2022 : B for Busy, 8,1. Une comédie de mœurs shanghaïenne, tournée dans le dialecte de la ville.
  • 2023 : The Wandering Earth II, 8,3 pour 1,4 million de votants. De la science-fiction à grand spectacle, sur une Terre que l'humanité décide de pousser hors du système solaire.
  • 2024 : Her Story, 8,9. Une mère seule, sa voisine et son enfant, dans un appartement de Shanghai.
  • 2025 : Dead to Rights, 8,7. Des civils réfugiés dans un studio de photographie pendant le massacre de Nankin.

L'échelle est plus resserrée qu'il n'y paraît. Sur ces dix palmarès, une seule note atteint 9,0, et l'écart entre le meilleur et le dernier de la liste tient en neuf dixièmes. Aucun des deux cent cinquante films du classement permanent du site n'est d'ailleurs en dessous de 8,4.

Deux titres ne collent pas exactement à leur année. A Sun, sorti à Taïwan à l'automne 2019, figure au palmarès 2020, et B for Busy, sorti le 24 décembre 2021, à celui de 2022.

Un seul film de la décennie au panthéon du site

Affiche peinte à la manière d'une fresque bouddhique craquelée : une divinité rouge aux nombreux bras occupe le centre, entourée de lotus et de feuillages ocre et or. Cinq personnages en vêtements modernes sont assis sur les corniches de la fresque, à des hauteurs différentes. Une main de la divinité tient une gélule bleue et blanche entre deux doigts.
Une divinité rouge peinte sur une fresque craquelée tient une gélule entre ses doigts, cinq personnages assis autour d'elle.
Alibaba Pictures, affiche officielle du film

Douban tient aussi un classement permanent, les deux cent cinquante films les mieux notés toutes époques et tous pays confondus. C'est la liste que l'on consulte quand on cherche quoi voir, et elle ne bouge que très lentement.

Quarante-huit films en langue chinoise y figurent. Trois seulement sont sortis depuis dix ans : Dying to Survive, trente-troisième avec 9,0, et deux films taïwanais de 2017, The Great Buddha+, deux cent troisième avec 8,7, et The Bold, the Corrupt, and the Beautiful, deux cent quarante-septième avec 8,6. En dix ans, le cinéma de Chine continentale n'a donc placé qu'un seul titre dans le classement de référence de son propre public.

Les quarante-cinq autres appartiennent pour l'essentiel aux années 1980, 1990 et 2000, et beaucoup viennent de Hong Kong. Le panthéon de Douban reste celui d'un âge d'or que la décennie écoulée n'a pas remplacé.

La note et la recette ne disent pas la même chose

Le classement des recettes donne une tout autre liste. Le record absolu du marché chinois appartient à Ne Zha 2, sorti en janvier 2025 : 15,46 milliards de yuans, près de deux milliards d'euros, un total qu'aucun film n'avait jamais approché dans un seul pays. Sa note, 8,4, est bonne sans être exceptionnelle, et c'est exactement celle du premier Ne Zha six ans plus tôt.

En dessous, l'écart se creuse vite. The Battle at Lake Changjin, deuxième recette de tous les temps en Chine avec 5,78 milliards de yuans, soit environ 740 millions d'euros, plafonne à 7,4. Et Detective Chinatown 3, neuvième avec 4,52 milliards de yuans, près de 580 millions d'euros, affiche 5,3 pour plus d'un million de votants : le pays entier est allé le voir pendant les congés du Nouvel An, et la note n'a jamais suivi.

Entre les deux se tient le gros du marché. Hi, Mom, quatrième recette de tous les temps en Chine avec 5,41 milliards de yuans, obtient 7,7 : une note honorable, celle d'un film que l'on est content d'avoir vu et dont on ne reparle pas.

L'inverse existe aussi, et il est plus brutal. Les Anges portent du blanc, le mieux noté de 2017, a rapporté 22 millions de yuans, moins de trois millions d'euros. Réussir les deux à la fois reste rare : Dying to Survive l'a fait avec 3,1 milliards de yuans, et Dead to Rights l'an dernier avec 3,02 milliards.

Ce que ces dix films ont en commun

Aucun d'eux n'est un film de sabre, aucun n'est une comédie de vacances, et un seul est une superproduction de guerre. Ce que le public chinois a le mieux noté en dix ans, ce sont des histoires de gens ordinaires aux prises avec une institution : un malade qui ne peut pas payer son traitement, une fillette qu'un commissariat n'écoute pas, une école de village qui invente un professeur pour toucher son salaire.

Deux des dix sont des films d'animation, et l'un d'eux a rapporté plus de cinq milliards de yuans. Le dessin animé n'est plus, en Chine, un cinéma réservé aux enfants, et c'est la transformation la plus visible de la décennie.

Deux autres ont été écrits et réalisés par des femmes, Les Anges portent du blanc et Her Story, et le second détient la meilleure note de la liste après Dying to Survive. Les deux racontent, chacun à sa manière, ce qu'il en coûte d'être une femme dans la Chine d'aujourd'hui.

Hong Kong, en revanche, est absent des dix. Le territoire figure pourtant au générique de production de trente des quarante-huit films en langue chinoise du classement permanent. Son cinéma pèse encore lourd dans la mémoire du public chinois, beaucoup moins dans ce qu'il va voir aujourd'hui.

Ce que le public francophone peut voir

Deux de ces dix films sont sortis dans les salles françaises. Les Anges portent du blanc, de la réalisatrice Vivian Qu, le 2 mai 2018, quelques mois après avoir concouru à la Mostra de Venise. Her Story, de Shao Yihui, le 9 avril 2025. Les autres circulent en festival, sur les plateformes, ou pas du tout.

Le décalage n'a rien de surprenant : un film qui parle d'un système de santé, d'un dialecte urbain ou d'une fête de village se vend mal à l'étranger, et ce sont précisément ceux-là que le public chinois note le mieux. Pour les classiques que ces dix années n'ont pas détrônés, notre sélection de vingt films chinois reste le meilleur point de départ.

Reste à savoir lire ces chiffres. Une note Douban ne se compare pas à une note de critique française : elle sort de centaines de milliers de spectateurs ordinaires, elle récompense l'émotion autant que la mise en scène, et elle sanctionne durement ce qui sent le produit calibré. C'est sa faiblesse et c'est tout son intérêt.

La Rédaction

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