Fête des fantômes 2026 : est-ce le Halloween chinois ?
La fête des fantômes tombe le 27 août 2026. Des morts qui reviennent, des lumières dans la nuit : la comparaison avec Halloween s'impose d'elle-même. Elle ouvre la bonne porte, et elle s'arrête très vite.
SOMMAIRE

Table d'offrandes sur un trottoir : fruits, riz, viande rôtie, encens, piles de papier-monnaie, et le fût où brûlent les offrandes.
Le 27 août, et tout un mois autour
La fête des fantômes tombe le quinzième jour du septième mois lunaire. En 2026, cela fait le jeudi 27 août ; l'an prochain, ce sera le 16 août. La date bouge d'une année sur l'autre parce qu'elle suit la lune et non le calendrier grégorien, et les tables de conversion de l'Observatoire de Hong Kong la donnent au jour près.
Mais le 27 août n'est qu'un sommet. C'est le septième mois tout entier qui est le mois des fantômes, et les communautés qui célèbrent le plus largement l'occupent d'un bout à l'autre : à Hong Kong, la fête de Yu Lan s'étend du premier au dernier jour du mois lunaire. Halloween, lui, ne dure qu'une nuit, celle du 31 octobre au 1er novembre, et il ne bouge jamais.
Nourrir ceux que plus personne ne nourrit
Ce que la fête demande tient en deux gestes, et le second n'a pas d'équivalent occidental. Le premier est le culte rendu à ses propres morts : on dresse une table, on y pose des plats, on allume de l'encens, on brûle du papier-monnaie et des objets de papier pour qu'ils parviennent de l'autre côté.
Le second surprend davantage. La tradition veut que le septième mois relâche aussi ceux qui ne reçoivent aucun culte : les morts sans famille, ceux que personne n'attend et pour qui personne ne dresse de table. Ce sont eux, les fantômes affamés du nom anglais de la fête. Leur faire une place, les nourrir, les apaiser, est une obligation collective, et c'est le cœur de l'affaire. Le détail des banquets rituels, des effigies et des talismans est dans notre fiche sur la fête des fantômes.
Deux religions tombées sur le même jour
La date n'appartient en propre ni au bouddhisme ni au taoïsme : les deux l'occupent depuis longtemps, et la pratique populaire a pris aux deux.
Du côté bouddhique, c'est la fête de Yulanpen, l'Ullambana des textes sanscrits. Un sûtra raconte que le disciple Mulian, Maudgalyayana, découvre sa mère renaître parmi les fantômes affamés et ne parvient pas, seul, à la nourrir : c'est la communauté monastique qui la délivre, le quinzième jour du septième mois, quand les moines sortent de leur retraite d'été. Le Japon a hérité de la même histoire, sous le nom d'Obon.
Du côté taoïste vient le nom officiel de la fête, zhongyuan, la fête du milieu de l'année. La liturgie divise l'année en trois sections placées chacune sous un Gouverneur (le Ciel, la Terre, les Eaux), et la section médiane revient au Gouverneur de la Terre, qui descend ce jour-là amnistier les âmes fautives. Le pardon, donc, plutôt que la peur.
Ce qui se ressemble vraiment
La comparaison n'est pas absurde, et il vaut mieux dire d'abord pourquoi. Les deux fêtes sont posées sur une charnière de l'année : Halloween descend de Samhain, que les Celtes célébraient au début de l'automne, et la fête des fantômes tombe en août ou au tout début de septembre, quand l'été bascule. Les deux tiennent qu'à ce moment-là la frontière entre les vivants et les morts s'amincit.
Les deux, ensuite, sont des fêtes de lumière contre la nuit : la lanterne creusée d'un côté (un navet, avant que la citrouille ne s'impose), et de l'autre les lanternes de papier lâchées sur l'eau, les bâtons d'encens, les feux allumés au bord des rues. Et les deux ont quitté la religion sans la quitter tout à fait : l'une est devenue une soirée costumée, l'autre un rendez-vous de quartier autant qu'un rite.
Là où la comparaison casse
Elle casse d'abord sur le déguisement. Le geste central d'Halloween est de mettre le masque de ce qui fait peur, et il est si central qu'on l'oublie : personne, à la fête des fantômes, ne se déguise en quoi que ce soit. Pas de costume, pas de personnage, pas de porte-à-porte, pas de bonbons. Halloween est largement une affaire d'enfants qui sonnent aux portes ; le septième mois est une affaire d'adultes qui s'acquittent d'un devoir.
Elle casse ensuite sur la peur. Halloween la cherche : on paie pour se faire peur, on rit de ce qu'on redoute, le frisson est le produit. Le mois des fantômes, lui, se traverse avec prudence. On y évite autant que possible les endroits et les activités à risque, et on repousse ce qui engage : un mariage, un déménagement. Une période qu'on préfère passer sans encombre n'est pas une attraction.
Elle casse enfin sur le statut, et sur le sens du mouvement. En Chine continentale, la fête des fantômes n'est pas un jour chômé : les congés légaux du pays vont au Jour de l'an, à la fête du Printemps, à Qingming, à la fête du Travail, aux bateaux-dragons, à la mi-automne et à la fête nationale. Le rendez-vous officiel avec les morts, celui que l'État inscrit au calendrier, c'est Qingming, au printemps, quand les familles vont nettoyer les tombes. Et les deux fêtes ne vont pas dans le même sens : à Qingming, ce sont les vivants qui se déplacent vers les morts ; au septième mois, ce sont les morts qui viennent chez les vivants.
La fête la plus visible n'est pas où on la cherche
C'est hors de Chine continentale qu'elle se voit le mieux. À Hong Kong, la communauté venue de Chaozhou et de Shantou, dans le Guangdong, tient depuis plus d'un siècle sa fête de Yu Lan : on brûle des offrandes de papier en pleine rue, on joue des opéras chaozhou pour remercier les divinités, on met le feu à l'effigie du Roi des fantômes, on distribue du riz de bon augure et on met aux enchères des objets porte-bonheur. L'ensemble est inscrit depuis 2011 sur la troisième liste nationale du patrimoine culturel immatériel de la Chine.
À Singapour, l'opéra a largement cédé la place au getai, la « scène chantée » : des estrades montées pour l'occasion sur les terrains vagues, les terrains de basket et les parkings des quartiers d'habitation, un orchestre, des chansons en hokkien, des écrans à LED, des lasers, des effets pyrotechniques. C'est bruyant, coloré, franchement festif, et c'est là que le rapprochement avec Halloween paraît le plus tentant. Un détail dit pourtant tout le reste : la première rangée de sièges reste vide. Elle est réservée aux spectateurs qu'on ne voit pas.
Et Halloween, en Chine ?
Halloween existe en Chine, mais c'est une autre histoire, urbaine et commerciale, sans racine dans le calendrier. Notre magazine la racontait déjà dans Halloween à la chinoise, en 2008 : les commerçants avaient essayé les masques horrifiques, la clientèle n'avait pas suivi, et les boutiques s'étaient rabattues sur des lampes-potirons souriantes et des sorcières aux grands yeux de manga, pendant que les jeux en ligne vendaient des costumes pour avatars.
Les deux fêtes cohabitent donc sans se rencontrer. L'une s'achète et se porte un soir ; l'autre se doit, chaque année, à des gens qui ne sont plus là. Appeler la seconde « le Halloween chinois » n'est pas faux comme point de départ. C'est seulement l'endroit où il faut cesser de comparer.
La Rédaction