La passe de Hangu, verrou des Qin et porte de Laozi

Entre le fleuve Jaune et la montagne, la passe de Hangu commandait l'unique route entre la plaine centrale et le pays des Qin. Les coalitions des Royaumes combattants s'y sont brisées, et la tradition veut que Laozi y ait écrit le Dao de jing avant de disparaître vers l'ouest.

SOMMAIRE

Porte voûtée en briques au fond d'un vallon boisé, surmontée d'une seconde porte à deux arches, bannières jaunes et statues de soldats le long des remparts
La porte reconstituée de la passe de Hangu, avec ses bannières et ses statues de soldats
Flaumfeder / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Un couloir de quinze kilomètres

La passe de Hangu se trouve à Lingbao, dans l'ouest du Henan, sur la rive sud du fleuve Jaune. La montagne y descend jusqu'au fleuve et ne laisse qu'un défilé étroit, encaissé entre des parois de lœss, dont les textes anciens disent que deux chars n'y passaient pas de front. C'est l'unique corridor terrestre entre la plaine centrale et le Guanzhong, le bassin de la Wei où se trouvaient les capitales des Qin puis des Han : qui tient la passe tient la porte.

Le royaume de Qin la fortifie au quatrième siècle avant notre ère, en 361 selon une tradition, en 330 selon une autre. C'est de cette place qu'il sort pour conquérir la plaine, et c'est là que se brisent les coalitions montées contre lui par les autres royaumes. L'expression « à l'intérieur des passes » désigne dès lors le pays des Qin, ce noyau protégé d'où l'empire s'est fait.

Celui qui la franchit devient roi

À la chute des Qin, la passe change de sens. En 207 avant notre ère, Liu Bang, le futur fondateur des Han, la franchit le premier et entre dans le Guanzhong ; il pouvait ainsi prétendre au titre de roi du pays des passes, promis par les insurgés au premier arrivé. Xiang Yu, arrivé après lui, ne le lui pardonnera pas, et cette rivalité ouvre les quatre années de guerre entre Chu et Han qui s'achèveront à Gaixia.

Sous les Han, la passe est déplacée : une seconde passe de Hangu est établie plus à l'est, à Xin'an, près de Luoyang, ce qui reculait d'autant la frontière du territoire impérial intérieur. À la fin des Han, la fonction militaire passera encore à la passe de Tong, construite en 196 de notre ère par Cao Cao, un peu en aval sur le fleuve.

Laozi et le gardien de la passe

La passe doit sa célébrité littéraire à une scène rapportée par Sima Qian. Laozi, archiviste des Zhou, dégoûté du monde, s'en va vers l'ouest à dos de buffle ; le gardien de la passe, Yin Xi, astrologue, reconnaît en lui un sage et lui demande de laisser un écrit avant de partir. Laozi rédige alors les cinq mille mots du Dao de jing, le franchit, et nul ne sait ce qu'il devint. Rien ne permet de tenir cette scène pour un fait, et le livre est aujourd'hui considéré comme une compilation plus tardive, réunie sur deux ou trois siècles ; mais elle a fixé pour toujours le lieu dans l'imaginaire chinois, et fait de ce défilé militaire un lieu du taoïsme.

Les poètes ne s'y sont pas trompés : la passe est chez eux le seuil entre le monde des hommes et ce qui est au-delà, le point où l'on quitte l'empire. Le buffle de Laozi, le gardien qui réclame un écrit, le sage qui s'en va sans retour composent une des scènes les plus représentées de la peinture chinoise, et le temple élevé sur place en garde la mémoire. La fiche Livre de la Voie et de la Vertu présente le texte lui-même, ses versions et sa postérité.

Le pays des passes

Ce que la passe protégeait a un nom : le Guanzhong, la plaine de la Wei fermée par des montagnes sur trois côtés et par le fleuve à l'est, où se sont succédé Fenghao, Xianyang et Chang'an. Un pays qu'un seul point d'entrée suffisait à défendre, et dont les greniers nourrissaient une armée : c'est cette géographie, autant que les réformes de Shang Yang, qui explique la victoire des Qin sur les six royaumes. Un conseiller de Liu Bang lui fit valoir le même argument quatre siècles plus tard pour l'inviter à établir sa capitale là plutôt qu'à Luoyang.

Le site aujourd'hui

Fouille abritée montrant un lit de pierres plates et de blocs bruts posés dans la terre, avec une étiquette indiquant le mur est de la passe
Les pierres du mur est de la passe de Hangu des Han, dégagées par les fouilles de Xin'an
Windmemories / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

À Lingbao, l'entrée du défilé a été aménagée en parc historique : une porte voûtée reconstituée, des bannières, des statues de soldats, un temple de Laozi et une statue monumentale du sage assis. À Xin'an, les fouilles de 2012 et 2013 ont dégagé la passe des Han : les routes, les plateformes et les fondations des murs, aujourd'hui protégées sous abri et visitables. Ces vestiges ont été inscrits en 2014 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, dans l'ensemble des routes de la soie du corridor de Chang'an au Tian Shan, la passe ayant été pendant des siècles le passage obligé des caravanes entre la capitale et l'est de l'empire.

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