Le mausolée de Sun Yat-sen à Nankin
Sur le flanc de la Montagne pourpre, à Nankin, trois cent quatre-vingt-douze marches montent vers le tombeau du fondateur de la république chinoise. Le monument, dessiné en forme de cloche par Lü Yanzhi, est vénéré des deux côtés du détroit de Taïwan.
SOMMAIRE

Le grand escalier du mausolée de Sun Yat-sen, sur la Montagne pourpre à Nankin, et le hall funéraire coiffé de tuiles bleues.
Dong Chenxing / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Une volonté testamentaire
Sun Yat-sen meurt à Pékin le 12 mars 1925, d'un cancer de la vésicule biliaire. La veille de sa mort, selon la version anglaise de l'encyclopédie Wikipédia, il demande que son corps soit conservé comme celui de Lénine et transféré à Nankin, la ville où il avait prêté serment comme président provisoire le 1er janvier 1912 et où repose, sur la même montagne, le fondateur des Ming. Le corps est embaumé à l'hôpital du Peking Union Medical College, puis déposé provisoirement au temple des Nuages azurés, dans les collines de l'ouest de Pékin, en attendant que le tombeau soit prêt.
Un concours d'architecture est lancé le 5 mai 1925, doté d'un budget de trois cent mille yuans ; le coût final atteindra dix fois cette somme. Plus de quarante projets sont reçus. Le 20 septembre 1925, le comité réuni à Shanghai retient à l'unanimité celui de Lü Yanzhi, un architecte formé aux États-Unis, mort de maladie avant l'achèvement de son œuvre ; l'Américain d'origine chinoise Poy Gum Lee mène le chantier à son terme entre 1926 et 1929.
Un plan en forme de cloche

Le fronton du hall funéraire : trois panneaux gravés et dorés y portent les Trois principes du peuple, sous les tuiles vernissées bleues.
0.smil / Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Le parti pris de Lü Yanzhi est lisible depuis le ciel : le plan général dessine une cloche, dont la chambre funéraire forme le bouton, et dont l'esplanade et le portique d'entrée figurent le battant. La cloche appelle au réveil du peuple, image constante des discours du défunt.
Les dimensions sont celles d'un monument d'État. L'escalier mesure quatre cent quatre-vingts mètres de long et cinquante de large, et compte trois cent quatre-vingt-douze marches de granit. Le portique s'élève à seize mètres pour vingt-sept de large et porte quatre caractères tracés de la main de Sun, que l'on traduit par « ce qui est sous le ciel appartient à tous ». Le hall funéraire mesure trente mètres sur vingt-cinq, pour vingt-neuf de haut ; son fronton de pierre, couronné de tuiles vernissées bleues, porte gravés et dorés les Trois principes du peuple. À l'intérieur, une statue assise de quatre mètres soixante, taillée dans le marbre blanc d'Italie par le sculpteur français Paul Landowski, précède la chambre où le corps repose sous un gisant.
L'inhumation du 1er juin 1929
Le convoi funèbre quitte Pékin par le train au printemps 1929 et l'inhumation a lieu le 1er juin, en présence du gouvernement nationaliste au complet, He Yingqin représentant l'État. La cérémonie scelle le transfert de la capitale à Nankin, décidé l'année précédente, et fait du tombeau le centre symbolique du nouveau régime.
Le monument traverse ensuite la guerre. Nankin est prise et saccagée par l'armée japonaise en décembre 1937 et le mausolée subit des dommages, mais il n'est pas détruit ; le projet d'y adjoindre en 1944 un tombeau pour le collaborateur Wang Jingwei n'aboutit pas, et l'ouvrage commencé est démoli sur ordre de He Yingqin après la capitulation japonaise. Le site est classé en 1961 parmi les sites historiques et culturels majeurs protégés au niveau national.
Un tombeau vénéré des deux côtés
La singularité du lieu tient à ce qu'il échappe à la coupure de 1949. Sun Yat-sen est revendiqué par le Guomindang comme fondateur du parti et par le Parti communiste comme précurseur de la révolution Xinhai ; la Révolution culturelle, qui s'en est prise à tant de tombeaux, a épargné celui-ci. Le 27 avril 2005, le président du Guomindang Lien Chan s'y recueille avec sa femme et une délégation : c'est la première visite de dirigeants du parti sur le continent depuis la fin de la guerre civile, et l'image fait le tour de l'Asie.
La visite
Le mausolée occupe le cœur d'une aire paysagère de 3,22 kilomètres carrés sur la Montagne pourpre, à l'est de Nankin, qu'il partage avec l'observatoire, la pagode du temple Linggu et le tombeau des Ming. C'est le site le plus fréquenté de la ville ; l'entrée du parc se fait sur réservation, et la montée des marches, raide, se paie en jambes. Le regard porte au sommet sur toute la plaine du Yangzi. Le reste de l'ancienne capitale du Sud se découvre ensuite par les remparts et le musée du massacre de Nankin.
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