La révolution Xinhai
Période de bouleversements qui renverse la dynastie Qing et fonde la république de Chine, la révolution Xinhai met fin à un régime impérial vieux de plusieurs millénaires.
SOMMAIRE
Un nom tiré du calendrier chinois
La révolution Xinhai doit son nom au cycle sexagésimal chinois, système de datation traditionnel. L'année 1911 y porte la désignation 辛亥 (Xīnhài) ; la révolution est nommée en chinois 辛亥革命, romanisé Xīnhài Gémìng, littéralement « révolution Xinhai ». Elle renverse la dynastie Qing après 268 ans de règne et fonde la république de Chine.
Les causes du renversement
Dès les années 1890, plusieurs sociétés nationalistes se succèdent : le Xingzhonghui, fondé à Honolulu en 1894 par Sun Yat-sen, puis le Huaxinghui, fondé par Huang Xing. En août 1905, leurs membres s'unissent à Tokyo pour fonder le Tongmenghui, dont l'action s'organise autour de trois principes définis par Sun Yat-sen : le nationalisme, la démocratie et le bien-être du peuple. Entre 1895 et 1911, ces sociétés mènent de nombreux soulèvements armés qui échouent sans décourager les révolutionnaires. Ces mouvements s'inscrivent dans une crise plus large du régime impérial, que retrace l'histoire de la Chine.
Le gouvernement Qing tente de moderniser le pays par une série de réformes : nouvelle constitution, élections parlementaires, réforme de l'armée et suppression de l'examen impérial. Mais l'administration paraît sclérosée et dominée par l'ethnie mandchoue, à laquelle appartient la dynastie, et le ressentiment des Chinois hans, majoritaires, croît. En 1911, la décision de nationaliser les voies de chemin de fer construites par des notables provoque un mouvement de protestation au Sichuan, et la crue du Yang-Tsé fait environ 100 000 victimes sans réponse à la hauteur du gouvernement. Les sympathies républicaines gagnent la nouvelle armée du Hubei, dont un tiers environ des 15 000 hommes soutient les insurgés.
Le soulèvement de Wuchang
Dans une caserne de Wuchang, composante de l'agglomération de Wuhan, des militaires de l'armée du Hubei s'insurgent le 10 octobre 1911 et déclenchent un soulèvement armé. Le gouvernement impérial tarde à réagir : dès le lendemain, la ville est aux mains des insurgés, qui proclament la sécession de la province sous l'égide d'un gouvernement républicain dirigé par le général Li Yuanhong. Ce dernier appelle les autres provinces à l'insurrection.
L'insurrection générale
Dans les semaines qui suivent, plusieurs provinces proclament leur indépendance : Changsha le 22 octobre, puis Xi'an, Jiujiang, Taiyuan, Kunming, Nanchang et Shanghai. La cour impériale réagit en nommant le 14 octobre le général Yuan Shikai à la tête du gouvernement et en envoyant l'armée de Beiyang. Mais dès le 2 novembre, Yuan Shikai, ne croyant plus à l'avenir de la dynastie, entame des négociations secrètes avec les révolutionnaires. Le 29 décembre, réuni à Nankin, le congrès des délégués de dix-sept provinces élit Sun Yat-sen président, avec les suffrages de seize provinces sur dix-sept. Les insurgés choisissent aussi un nouveau drapeau national : le drapeau à cinq couleurs, symbole de l'union des ethnies chinoises.
La proclamation de la république
Le 1er janvier 1912, Sun Yat-sen proclame la république de Chine et en assume la présidence provisoire ; Nankin devient la capitale provisoire du pays. Le gouvernement impérial ne contrôle alors plus que le nord. Apprenant la nomination de Sun Yat-sen, Yuan Shikai reprend contact avec les insurgés et leur assure sa loyauté envers la république. Le 20 janvier, les révolutionnaires lui réclament l'abdication de l'empereur, et Sun Yat-sen annonce qu'il cédera la présidence à Yuan Shikai si ce dernier l'obtient.
L'abdication de l'empereur
Yuan Shikai parlemente avec l'impératrice douairière Longyu, qui accepte de publier l'édit d'abdication : le gouvernement républicain s'engage à permettre à Puyi, alors âgé de six ans, de demeurer dans la Cité interdite tout en percevant une pension. Le 12 février 1912, l'édit impérial est publié ; une ligne y mandate Yuan Shikai pour diriger le gouvernement provisoire. Le 10 mars, Yuan Shikai succède officiellement à Sun Yat-sen et déplace la capitale à Pékin. Le régime impérial qui gouvernait la Chine depuis des millénaires a ainsi pris fin.
Les suites incertaines
Le 25 août 1912, le Tongmenghui et différents groupes nationalistes se dissolvent pour fonder ensemble le Kuomintang. En février 1913, le parti remporte les premières élections législatives libres, mais son principal dirigeant Song Jiaoren est assassiné le 20 mars, les soupçons se portant sur Yuan Shikai. Celui-ci effectue bientôt un coup d'État et établit sa propre dictature militaire ; en 1915, la Chine entre dans le bref épisode de la restauration impériale. Dans les provinces, les seigneurs du désordre s'installent, et la révolution Xinhai ne réalise aucune de ses ambitions au-delà du renversement de la dynastie mandchoue.