Maoling, le mausolée de l'empereur Wu des Han

À quarante kilomètres à l'ouest de Xi'an, le tumulus de l'empereur Wu des Han est le plus grand des mausolées de la dynastie ; il est entouré des tombes de ses proches, dont celle du général Huo Qubing et ses sculptures de pierre.

SOMMAIRE

Butte couverte de cyprès avec, au pied, une stèle de pierre gravée sous un petit toit, et un chemin de terre
Le tumulus de l'empereur Wu à Maoling, planté de cyprès, avec sa stèle au pied de la pente
Brücke-Osteuropa / Wikimedia Commons, CC0

Un chantier de cinquante-trois ans

Le mausolée de Maoling se trouve sur le territoire de Xingping, dans le Shaanxi, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Xi'an, sur le plateau qui domine la rive nord de la rivière Wei où les empereurs des Han occidentaux ont aligné leurs tombeaux. L'empereur Wu, né en 157 avant notre ère et monté sur le trône en 141, fait ouvrir le chantier dès 139, la deuxième année de son règne. Les travaux durent cinquante-trois ans, jusqu'à sa mort, et absorbent chaque année environ un tiers des revenus de la cour, impôts et tributs confondus.

Le règne lui-même est le plus long de la dynastie Han : cinquante-quatre ans, du 9 mars 141 au 29 mars 87 avant notre ère, un record qui ne sera dépassé que par l'empereur Kangxi, près de mille huit cents ans plus tard. L'empereur meurt à soixante-neuf ans et repose à Maoling aux côtés de sa favorite, la dame Li.

Le plus grand tumulus des Han

Le tumulus est une pyramide tronquée de terre damée, sur une base rectangulaire de 222 mètres sur 217, haute de 47 mètres. Il était enfermé dans une enceinte carrée dont les portes et les angles se lisent encore dans le relief des champs. Les textes rapportent que la chambre funéraire, remplie année après année de présents, ne pouvait plus rien recevoir à la mort de l'empereur ; les pillages qui ont suivi la chute des Han occidentaux l'ont vidée, et le tumulus n'a jamais été fouillé. Une stèle au pied de la pente sud porte son nom, et des cyprès plantés en rangs couvrent aujourd'hui les flancs de la butte.

Huo Qubing et les tombes satellites

Cheval de pierre grise, massif et à peine dégrossi, sous lequel un guerrier sculpté est couché sur le dos
Le cheval piétinant un Xiongnu, sculpture de pierre de la tombe de Huo Qubing
Hanming Huang / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Autour du tumulus impérial, les tombes de la famille et des grands serviteurs de l'empereur forment un cimetière de cour. La plus célèbre est celle de Huo Qubing, né en 140 et mort en 117 avant notre ère, à vingt-trois ans. Fils naturel de Wei Shaoer, neveu du général Wei Qing et de l'impératrice Wei Zifu, demi-frère du futur régent Huo Guang, il est le héros des guerres contre les Xiongnu : en 121, il traverse le corridor du Hexi, bat les princes nomades et s'empare de leurs objets de culte ; en 119, à la bataille de Mobei, il poursuit l'ennemi au-delà du désert de Gobi jusqu'aux monts Khentii, où il célèbre un sacrifice pour marquer la domination des Han. À l'empereur qui voulait lui faire bâtir une résidence, il aurait répondu que, les Xiongnu n'étant pas anéantis, il n'avait que faire d'une maison ; la phrase est devenue une devise patriotique.

Sa tombe, à un kilomètre à l'est du tumulus impérial, a reçu la forme du mont Qilian, théâtre de ses victoires. Elle est ornée des plus anciennes sculptures monumentales de pierre connues en Chine : des blocs de granit à peine dégrossis où se devinent un tigre, un bœuf, un éléphant, un sanglier, un ours étreignant un homme, et surtout un cheval debout qui foule un guerrier xiongnu renversé sous son ventre, l'arc encore à la main. Ce « cheval piétinant un Xiongnu » est le chef-d'œuvre de la statuaire des Han et le symbole du site. À côté, Wei Qing, mort vers juin 106 avant notre ère, a reçu lui aussi une tombe satellite de grande taille, modelée sur le mont Lu.

Le musée de Maoling

Un musée de site est installé au pied de la tombe de Huo Qubing, dont les sculptures sont abritées sous des pavillons. Il présente quelque quatre mille cent objets provenant des tombes et des fosses d'offrandes des environs. La pièce maîtresse est un cheval de bronze doré, grandeur d'un poulain, découvert en 1981 par des paysans dans un champ voisin du mausolée : il est tenu pour l'image des « chevaux célestes » de la vallée de Ferghana, que l'empereur Wu fit chercher jusqu'en Asie centrale. Un programme de restauration du site a été lancé en 2009.

Le règne que le mausolée raconte

Maoling est le monument d'un règne qui a donné à la Chine ses frontières classiques. Dès 139, l'empereur envoie Zhang Qian chercher une alliance chez les Yuezhi, à l'ouest ; le voyageur revient en 126 avec les premières descriptions de l'Asie centrale, à l'origine de la route de la soie. En 127, Wei Qing reprend la boucle des Ordos, où sont installés cent mille colons ; les campagnes de 121 et 119 rejettent les Xiongnu au nord du Gobi. Ces guerres vident le Trésor, et c'est pour le remplir que Sang Hongyang institue les monopoles du sel et du fer, un modèle que toutes les dynasties suivantes reprendront. Le tumulus qui a coûté un tiers des revenus de l'État pendant un demi-siècle est à la mesure de cette ambition, et voisin, à quelques dizaines de kilomètres, de la tombe du Premier empereur et de son armée de terre cuite.

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