Xuzhou, de Liu Bang à la campagne du Huaihai
Au point où se touchent quatre provinces, Xuzhou, l'antique Pengcheng, a vu naître la maison des Han et se jouer, vingt et un siècles plus tard, la bataille qui a décidé de la guerre civile chinoise.
SOMMAIRE

Le linceul de jade cousu de fil d'or du roi de Chu, tombe de Shizishan, au musée de Xuzhou
Gary Todd / Wikimedia Commons, CC0
Pengcheng, un carrefour
Xuzhou occupe l'angle nord-ouest du Jiangsu, à l'endroit où cette province touche le Shandong, le Henan et l'Anhui. Son ancien nom, Pengcheng, apparaît dans les textes dès 573 avant notre ère, comme place forte du royaume de Song ; en 385, un duc de Song y est fait prisonnier, et la ville passe à Chu avant d'entrer dans l'empire de Qin en 223. Rien dans le relief ne l'explique : c'est la position qui compte, sur la route qui joint la plaine du fleuve Jaune au bas Yangzi. Tous ceux qui ont voulu tenir la Chine du Nord et celle du Sud à la fois y sont passés.
La ville des Han et ses tombes
Liu Bang, fondateur de la dynastie Han, est né à Pei, dans le ressort de Xuzhou, et la région lui reste attachée : en 202 avant notre ère, Pengcheng devient la capitale de la principauté de Chu, confiée à son frère Liu Jiao. Les rois de cette lignée se font enterrer dans les collines qui entourent la ville, dans des tombes creusées à même la roche, en enfilades de salles imitant un palais. Celle de Shizishan, la colline du Lion, a livré un linceul de plaquettes de jade cousues de fil d'or, plusieurs milliers en tout, et des fosses remplies de milliers de figurines de terre cuite hautes de quelques dizaines de centimètres, armée miniature à l'échelle d'un roi vassal.
La suite est celle de tout carrefour : on s'y bat. La ville tombe aux mains des Zhao postérieurs en 324, est reprise par les Jin orientaux en 384, subit un siège des Wei du Nord en 450 et 451 avant d'être prise par eux en 466. Sous les Tang, sa population enregistrée passe de 21 768 personnes en 639 à 205 286 en 742.
Le fleuve et les inondations
Le fleuve Jaune, dont le cours inférieur s'est longtemps déversé vers le sud, a failli l'emporter plusieurs fois. En 1019, une rupture de digue noie la ville close ; en 1077, le préfet Su Shi, le poète, fait construire les remblais qui la sauvent, et l'on élève l'année suivante le Pavillon jaune pour en garder la mémoire. En 1624, une crue enfouit la ville sous quatre mètres d'eau et de limon. Les archives comptent cinquante-neuf ruptures de digue aux abords de Xuzhou entre 1550 et 1855.
Le noeud ferroviaire
Le vingtième siècle rend à la ville son rôle stratégique sous une forme nouvelle : le rail. La ligne de Tianjin à Pukou, face à Nankin, est achevée en 1912 ; celle de Kaifeng à Xuzhou, tronçon de la grande transversale est-ouest, en 1915. Le croisement des deux fait de Xuzhou la plaque tournante du centre-est du pays, et donc un objectif militaire. Les Japonais l'assiègent au printemps 1938, après la bataille de Taierzhuang livrée à quelques dizaines de kilomètres, et y entrent le 19 mai.
La campagne du Huaihai
Du 6 novembre 1948 au 10 janvier 1949 se déroule autour de Xuzhou, sur le Shandong, le Jiangsu, l'Anhui et le Henan, la bataille qui décide de la guerre civile. Les nationalistes y engagent environ huit cent mille hommes sous Liu Zhi, avec Du Yuming au poste de commandement avancé ; l'Armée populaire de libération aligne six cent soixante mille réguliers et quatre cent mille irréguliers, commandés par Liu Bocheng, Chen Yi et Su Yu, avec Deng Xiaoping comme commissaire politique, et mobilise plus de cinq millions de paysans armés ou requis pour porter le ravitaillement, souvent à la brouette.
La campagne se déroule en trois temps : l'encerclement de Xuzhou du 6 au 22 novembre, l'anéantissement de la douzième armée à Shuangduiji du 23 novembre au 15 décembre, la chute de la ville et la destruction des dernières colonnes du 23 décembre au 10 janvier. Les pertes nationalistes s'élèvent à 555 099 hommes, dont 327 000 prisonniers ou ralliés, contre 134 000 du côté communiste. La route de Nankin est ouverte : le Yangzi sera franchi en avril. Les communistes tiennent la ville depuis le 1er décembre 1948. Un mémorial et un musée de la campagne, au sud de la ville, en conservent le récit officiel.
La ville aujourd'hui
Xuzhou compte environ 9,08 millions d'habitants au recensement de 2020, dont près de trois millions et demi dans la ville même. Longtemps ville du charbon, avec des réserves prouvées de 3,94 milliards de tonnes à la fin des années 1990, plus de neuf dixièmes de celles du Jiangsu, elle vit aujourd'hui des machines de chantier, dont elle abrite le premier constructeur chinois, et d'un métro ouvert en 2019. Le musée de Xuzhou, le site des guerriers de terre cuite des Han et les tombes de Shizishan en font l'une des grandes étapes de l'archéologie Han, à côté de Mawangdui et de Maoling.