En Chine, des fans déposent de l'ibuprofène sur la tombe d'un seigneur de guerre mort depuis dix-huit siècles

Offrande déposée devant une pierre tombale ancienne de style chinois
Illustration : une offrande déposée au pied d'une tombe ancienne, geste que pratiquent des passionnés d'histoire en Chine.

En Chine, des passionnés d'histoire déposent des plaquettes d'ibuprofène sur la tombe du seigneur de guerre Cao Cao, mort il y a près de dix-huit siècles et connu pour ses migraines.

Le geste n'a rien d'une farce : les chroniques anciennes rapportent que le stratège souffrait de maux de tête chroniques, et ses admirateurs d'aujourd'hui le soignent comme un proche, note manuscrite jointe. Au tombeau de l'empereur Guo Rong, mort loin de sa capitale en campagne militaire au dixième siècle, d'autres apportent un peu de terre de Pékin. Sur celui du ministre Zhang Juzheng, précepteur impérial sous les Ming, on a vu déposer un livre de psychologie de l'enfant.

Ces amateurs se désignent eux-mêmes "shitong nü", les fangirls de l'Histoire. Comme pour n'importe quel fandom de vedette, on y distingue les "solo stans", fidèles à une seule figure, et les "shippers", qui imaginent des idylles entre personnages historiques. Cao Cao et son fils Cao Pi, qui lui succéda sur le trône, comptent parmi les figures les plus courtisées ; sur la plateforme Xiaohongshu, on échange des conseils pour dénicher les œuvres complètes de Cao Pi ou organiser un pèlerinage vers une sépulture retrouvée.

Les visites se concentrent aux dates traditionnellement réservées au souvenir des morts, comme la fête de Qingming. Les médias d'État chinois saluent un engouement qui renforcerait la "confiance culturelle" ; des critiques redoutent, eux, que traiter des empereurs comme des personnages de fiction romantique finisse par déformer l'histoire qu'on enseigne.

La Rédaction

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