Circuits intégrés : les fabricants chinois débordés, avec des commandes prises jusqu'en 2028

Entre janvier et juillet, la Chine a exporté pour 216 milliards de dollars de circuits intégrés, en hausse de 99,5 % sur un an et déjà au-dessus du total de toute l'année 2025. Une partie de cette envolée tient moins à une production démultipliée qu'à la flambée mondiale des prix de la mémoire.

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Puces électroniques et modules de mémoire sur une ligne de production, photo d'illustration.
Puces électroniques et modules de mémoire sur une ligne de production, photo d'illustration.

Un doublement en sept mois

Entre janvier et juillet 2026, la Chine a exporté pour 216 milliards de dollars de circuits intégrés, soit environ 199 milliards d'euros, en hausse de 99,5 % sur un an. Ce montant dépasse déjà le total de toute l'année 2025, qui s'était arrêté à 201,9 milliards de dollars, environ 186 milliards d'euros, selon les statistiques des douanes chinoises. Sur le seul premier semestre, les exportations avaient atteint 177,28 milliards de dollars, environ 163 milliards d'euros, pour 179,44 milliards d'unités, une hausse de 96 % en valeur : les circuits intégrés, ces composants qui équipent aussi bien les smartphones que les voitures ou les centres de données, sont devenus l'un des tout premiers postes de l'export chinois, devant des secteurs plus anciennement dominants.

Le rythme s'est encore accéléré cet été : en juillet seul, les expéditions ont bondi de 117 % sur un an, un pic qui contraste avec un début d'année plus mesuré, où la valeur des exportations n'avait progressé que de 72,6 % en janvier et février, pour une hausse de volume limitée à 13,7 %. L'écart entre les deux courbes, la valeur qui grimpe beaucoup plus vite que le nombre de puces expédiées, traverse toute la période et n'est pas anodin : il signale qu'une partie de la performance chinoise tient moins à une production redoublée qu'à ce qui se paie pour chaque puce.

Des usines débordées

Sur le terrain, la statistique se traduit par des carnets de commandes pleins, et par des usines qui peinent à suivre la demande. Hong Sheng Electronics, une entreprise de Shenzhen, expédie désormais pour 5 millions de dollars, environ 4,6 millions d'euros, de composants par semaine vers l'Europe, et a dû agrandir considérablement ses locaux pour suivre la cadence, quitte à embaucher et former du personnel dans l'urgence. Le fabricant de puces mémoire Xiangnong Xinchuang a vu son bénéfice net multiplié par plus de vingt au premier semestre, une progression que peu de secteurs industriels chinois peuvent revendiquer cette année. Chez Microview Intelligent Packaging, spécialiste de l'encapsulation, les commandes d'encapsulation mémoire ont bondi de plus de 500 % et celles d'optique de plus de 300 % ; certains clients apportent du liquide pour négocier directement une place dans un carnet déjà rempli jusqu'en 2028. Certains préfèrent payer davantage tout de suite plutôt que d'attendre un tour de production plus lointain, signe que la pénurie inquiète les acheteurs autant que le prix.

Une pénurie mondiale de mémoire, pas seulement un exploit chinois

Cette envolée doit beaucoup à un phénomène qui dépasse largement la Chine : la pénurie mondiale de mémoire DRAM et NAND, provoquée par la ruée vers l'intelligence artificielle. Entraîner et faire fonctionner de grands modèles de langage exige des quantités de mémoire considérables, et les fabricants de puces d'IA se sont mis à acheter la production disponible bien avant qu'elle ne sorte des usines. Samsung, SK Hynix et Micron, qui contrôlent l'essentiel du marché mondial, ont redirigé une part croissante de leur capacité vers la mémoire à haute bande passante réservée aux accélérateurs d'IA, un produit qui consomme, selon un cadre de Micron, jusqu'à trois fois plus de capacité de fabrication que de la DRAM ordinaire pour la même quantité de gigaoctets. Micron s'est même retiré du marché grand public pour se concentrer sur les clients d'entreprise et d'intelligence artificielle, et SK Hynix a annoncé que sa capacité en HBM, DRAM et NAND était déjà quasiment vendue pour l'année entière, et une bonne partie de celle de l'année suivante.

Résultat : les prix de la mémoire ordinaire ont flambé dans le monde entier, avec ou sans la Chine. Le fabricant chinois CXMT, longtemps déficitaire, et son homologue YMTC pour la mémoire flash, vendent justement ce type de puces grand public, et profitent directement de cette hausse mondiale des prix, plus que d'une production démultipliée : les volumes exportés chinois progressent nettement moins vite que leur valeur en dollars sur la période. La statistique chinoise raconte donc aussi, en creux, une histoire qui se joue en Corée du Sud et aux États-Unis.

Ce que cela change pour un PC ou un smartphone

La hausse se voit déjà sur les étagères, loin de la Chine. Selon le fabricant sud-coréen, un module de mémoire DDR5 de 32 Go vendu 149 dollars il y a un an en coûte désormais 239, soit 60 % de plus, et les prix contractuels de la DDR5 ont plus que doublé, passant d'environ 7 à 19,50 dollars par puce. Un kit de mémoire pour PC qui valait environ 75 dollars il y a un an s'affiche désormais jusqu'à 460 dollars chez certains revendeurs. Pour qui monte ou répare un ordinateur en France, en Belgique ou au Québec, une barrette de 16 Go de RAM ne coûte plus le même prix qu'en 2025, et le renouvellement d'un parc informatique se planifie désormais avec cette hausse en tête.

Ce que Pékin met en avant

Les autorités chinoises préfèrent une autre lecture, moins dépendante de facteurs extérieurs. Interrogés par le quotidien officiel Global Times, des experts chinois attribuent la croissance avant tout aux percées technologiques et à l'amélioration de la chaîne industrielle nationale, la demande mondiale d'intelligence artificielle n'étant présentée que comme un facteur parmi d'autres. L'article souligne aussi la montée en puissance des puces dites de nœuds matures, moins avancées que les circuits de pointe mais utilisées en masse dans l'électronique automobile, les systèmes de contrôle industriel et l'électroménager, des marchés où les fabricants chinois ont gagné du terrain ces dernières années, en partie parce que les restrictions américaines sur les technologies les plus avancées les ont poussés à investir massivement sur les segments où ils restaient libres de progresser. Une nouvelle réglementation sur la protection des schémas de circuits intégrés doit par ailleurs entrer en vigueur le 15 octobre 2026, destinée à renforcer l'enregistrement et la protection de ces technologies.

Un commerce qui cherche d'autres débouchés

Ces chiffres s'inscrivent dans un commerce extérieur chinois porté par une dynamique plus large : sur les sept premiers mois de 2026, le commerce total de la Chine a atteint 30 130 milliards de yuans, environ 3 850 milliards d'euros, en hausse de 17,3 % sur un an, et le seul mois de juillet a progressé de 19,2 %. Les échanges progressent nettement plus vite avec l'Asie du Sud-Est, plus 20 %, l'Afrique, plus 18,9 %, et l'Amérique latine, plus 15,4 %, qu'avec l'Union européenne, plus 9,5 %, pendant que le commerce avec les États-Unis recule de 1,6 %, un repli qui se réduit toutefois par rapport au premier semestre. Les exportations de circuits imprimés, produits proches de la chaîne des semi-conducteurs, ont grimpé de 34 % pour atteindre 161,2 milliards de dollars, environ 148 milliards d'euros, avec des hausses de plus de 50 % vers la Thaïlande, le Vietnam et la Malaisie, des pays où de nombreux industriels ont déplacé une partie de leurs lignes d'assemblage ces dernières années pour contourner les tensions commerciales. La pénurie de mémoire, elle, ne devrait pas se résorber avant un moment : les carnets déjà pleins de plusieurs fabricants pour l'année qui vient laissent penser que la flambée des prix, chinoise comme mondiale, a encore de la marge.

La Rédaction

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