Tacheng, dans le Yunnan
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Des guirlandes de drapeaux de prière mènent vers un petit temple blanc à toit doré, au pied d'une falaise ocre. Illustration.
Tacheng est un bourg du district autonome lisu de Weixi, dans la préfecture autonome tibétaine de Diqing, au nord-ouest du Yunnan. Il ne faut pas le confondre avec la ville de Tacheng du Xinjiang, à l'autre bout du pays, sur la frontière kazakhe.
Le bourg est au cœur du bien du patrimoine mondial des Trois fleuves parallèles, au point de rencontre de quatre districts, ce que la formule locale résume en disant que le chant du coq s'y entend dans quatre districts à la fois. Le chef-lieu de Weixi est à 73 kilomètres, Shangri-La à 123. Huit peuples y vivent ensemble : Tibétains, Lisu, Naxi dont le rameau des Malimasa, Yi, Pumi, Bai, Hui et Han.
Voir les rhinopithèques du Yunnan
C'est la raison pour laquelle on vient. Au lieu-dit Xiangguqing, sur le territoire du bourg, s'étend le parc national du rhinopithèque du Yunnan, ouvert au public en octobre 2009 et adossé à la réserve naturelle des monts Baima. Il couvre 334,16 kilomètres carrés et c'est le seul endroit de Chine ouvert où l'on puisse observer de près une troupe sauvage de ces singes.
Le rhinopithèque de Biet, que le chinois nomme le singe doré du Yunnan et que la langue locale appelle l'esprit des neiges, est le seul primate au monde adapté à la haute montagne froide ; il vit entre 3 200 et 4 600 mètres dans une bande étroite entre le Mékong et le Yangtsé. Il porte une face claire et des lèvres roses qui lui donnent une expression étrangement humaine. Il a été redécouvert dans la nature en 1983 seulement, dans la réserve des monts Baima ; jusque-là, on ne disposait d'aucune photographie d'un individu vivant.
La troupe de Xiangguqing a été suivie et progressivement habituée par des gardes et des chercheurs, dont beaucoup sont d'anciens chasseurs du pays, entre 1999 et 2009 : c'est ce travail de dix ans qui rend l'observation possible.
Les effectifs de l'espèce se comptent différemment selon les sources : le Quotidien du Peuple en donnait environ trois mille en 2021, la presse locale de Diqing près de quatre mille en 2026, dont environ deux mille cinq cents dans la réserve des monts Baima. Toutes s'accordent sur le mouvement : ils étaient moins de mille cinq cents en 1996.
L'observation se fait le matin, à pied, en groupe encadré. Il faut se lever tôt, marcher un peu, et accepter que les singes décident.
La danse reba
Tacheng est aussi, et depuis bien plus longtemps, un pays de danse. Le bourg est le seul endroit où se soit transmise intégralement la reba tibétaine classique, une danse au tambour d'origine ancienne et de coloration bouddhique marquée. Une troupe de Tacheng est allée la présenter à Pékin en 1957 et y a été distinguée ; en 1999, la préfecture a désigné le bourg pays de l'art reba. Une fête lui est consacrée chaque année, le vingt-huitième jour du troisième mois lunaire.
On danse aussi ici la ronde tibétaine, la danse du violon, les danses naxi et lisu. Le calendrier des fêtes est dense : nouvel an, fête des courses de chevaux, tour de la montagne au premier jour du quatrième mois, carnaval des combats de buffles, fête des torches, fête des moissons.
Ce que l'on voit encore
La grotte du patriarche Bodhidharma, lieu de pèlerinage des bouddhistes tibétains, est le sanctuaire le plus fréquenté du bourg ; c'est le petit temple blanc à toit doré de la photographie ci-dessus, accroché au pied d'une falaise et relié au sentier par des guirlandes de drapeaux de prière.
Le reste tient à la longue histoire de ce couloir. Sous les Tang, l'empire tibétain avait installé à Tacheng le gouvernorat militaire du pont de fer, qui commandait deux villes de part et d'autre du Yangtsé ; celle de l'ouest se trouvait à l'emplacement de l'actuel village de Qizong. Le royaume de Nanzhao, revenu dans l'alliance des Tang, s'en empara en 794 et repoussa les Tibétains au nord du fleuve. Il reste du site le souvenir et quelques vestiges. On visite aussi le gisement néolithique de Gedeng, le ginkgo millénaire de Qibie, et la porte de pierre de Qizong. Deux hameaux du bourg ont été inscrits en août 2013 sur la deuxième liste des villages traditionnels de Chine.
Y aller
Tacheng est sur la route qui relie le chef-lieu de Weixi à Shangri-La, ce qui en fait une étape naturelle plutôt qu'un détour. L'altitude y est modérée pour la région, et le climat plus doux qu'à Shangri-La. La saison d'observation des singes couvre l'essentiel de l'année ; l'été est la période la plus fréquentée, l'hiver la plus froide.
Illustration : Kcx36, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.