Le mont Meili et le Kawagebo
SOMMAIRE

La pyramide de neige et de glace se détache sur un ciel bleu profond, au-dessus d'arêtes rocheuses et de pentes boisées. Illustration.
Le mont Meili est une chaîne de neiges éternelles du nord-ouest du Yunnan, dans le district de Deqin, à la frontière du Tibet. Son point culminant, le Kawagebo, s'élève à 6 740 mètres : c'est le plus haut sommet de la province. Une vingtaine d'autres pics l'entourent, dont six dépassent six mille mètres.
Le sommet que personne n'a atteint
Le Kawagebo est l'un des rares grands sommets de la planète encore vierges, et il le restera. Entre 1987 et 2000, des expéditions japonaises, chinoises et américaines s'y sont succédé sans succès. En janvier 1991, une cordée sino-japonaise de dix-sept membres a disparu dans une avalanche au camp trois, à 5 100 mètres : c'est l'un des accidents les plus meurtriers de l'histoire de l'alpinisme.
Pour les habitants, la raison de ces échecs ne fait pas de doute. Le Kawagebo est la demeure de leur divinité protectrice, et l'on tient que si un homme atteint le sommet, le dieu s'en ira et le malheur suivra. En 2000, une conférence réunie à Deqin par les autorités locales et une organisation de protection de la nature a signé un appel demandant l'interdiction de l'alpinisme sur la montagne ; l'assemblée populaire locale l'a votée en 2001. Aucune ascension n'y est autorisée depuis.
Une montagne de pèlerinage
Le Kawagebo est la première des huit montagnes sacrées du monde tibétain, et son culte est ancien : un manuel de fumigation rituelle qui lui est consacré est attribué au troisième karmapa, au quatorzième siècle. Chaque année, des pèlerins, surtout des Khampas, en font le tour. Les bouddhistes tournent dans le sens des aiguilles d'une montre, les fidèles du bön en sens inverse.
L'anthropologue française Katia Buffetrille, qui a accompli trois fois cette circumambulation, observe que la plupart des rites du parcours renvoient à la mort et au bardo, l'état intermédiaire entre la mort et la renaissance : les pèlerins jouent sur un paysage réel ce que la conscience est censée traverser dans l'au-delà. Le tour complet, dit tour extérieur, demande une dizaine de jours de marche et franchit plusieurs cols de haute altitude ; il n'a rien d'une randonnée touristique.
Ce que l'on vient voir
La quasi-totalité des visiteurs ne marche pas : elle regarde. Le belvédère de Feilaisi, sur la route de Deqin, fait face à la chaîne. Le spectacle attendu est celui du lever du soleil, quand la lumière atteint d'abord la pointe du Kawagebo avant de descendre sur les arêtes. Il n'est pas garanti : le climat du massif est réputé capricieux, les nuages montent vite de la vallée, et beaucoup de voyageurs repartent sans avoir rien vu.
Le glacier de Mingyong, sur le flanc oriental, descend jusque vers 2 700 mètres, ce qui en fait l'un des glaciers de basse altitude les plus remarquables de Chine.
L'ensemble appartient à la réserve des Trois fleuves parallèles, un bien de 1,7 million d'hectares réparti en huit groupes d'aires protégées, où le Yangtsé, le Mékong et la Salouen coulent côte à côte sans se rejoindre. Il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2003.
Quand y aller
Les précipitations se concentrent de juin à août, avec une moyenne annuelle d'environ 600 millimètres, et c'est la période où le ciel est le plus souvent bouché. Octobre et novembre, puis la fin de l'hiver, donnent les vues les plus dégagées. Dans la vallée, la température estivale oscille entre 11 et 29 degrés ; au sommet, elle reste entre moins dix et moins vingt. On arrive par la route depuis Shangri-La, et Deqin est le dernier bourg où l'on trouve de tout.
Illustration : 瑞丽江的河水, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.