Sanxingdui

Douze kilomètres carrés au nord-est de Chengdu, huit fosses sacrificielles, près de treize mille objets : le site de bronze qui a rendu au royaume de Shu une civilisation que les textes avaient oubliée.

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Intérieur d'une halle de protection en acier et verre au-dessus de plusieurs fosses rectangulaires creusées dans une terre claire ; des cordeaux blancs les quadrillent, des passerelles et deux plateformes suspendues les surplombent, et l'on distingue au fond des bronzes couverts de vert-de-gris et deux défenses d'ivoire courbes.
Les cordeaux quadrillent chaque fosse : la position d'un objet s'enregistre avant qu'on ne le déplace, et elle en dit autant que l'objet.

Où se trouve le site

Sanxingdui est un site de l'âge du bronze situé à Guanghan, dans la province du Sichuan, et il couvre environ douze kilomètres carrés. Sa distance à Chengdu n'est pas donnée de la même façon par les deux sources qui font autorité ici : l'article de la revue Antiquity qui a présenté les fouilles récentes le place à quarante kilomètres au nord-est de la ville, le portail du Conseil des affaires de l'État chinois à une soixantaine de kilomètres. L'écart tient sans doute au point de mesure ; il est signalé plutôt que tranché.

Le site est occupé, selon Antiquity, entre 2700 et 1000 avant notre ère environ. Le portail gouvernemental le rattache au royaume de Shu et le date de « quelque 4 500 à 3 000 ans » — deux façons de dire la même longue durée.

Deux fosses en 1986, six autres à partir de 2020

Deux fosses sacrificielles ont été découvertes en 1986. Elles contenaient plus de neuf cents objets de bronze, d'or, de jade et d'ivoire, et elles ont suffi à faire entrer Sanxingdui dans les manuels.

Les fouilles ont repris en 2020, et six nouvelles fosses ont été mises au jour — les fosses 3 à 8. Le chantier est conduit par l'Institut provincial du Sichuan des reliques culturelles et de l'archéologie, avec l'université de Pékin, l'université du Sichuan et d'autres établissements. En juin 2022, le portail gouvernemental annonçait que le total des objets sortis des six fosses approchait treize mille.

Ce que les fosses contenaient

Les objets qui ont fait la réputation du site sont des bronzes : masques, têtes, statues, arbres. Les fosses 7 et 8, ouvertes lors de la campagne récente, ont livré des têtes de bronze coiffées de masques d'or, un coffret de bronze renfermant des jades sous un couvercle en forme de tortue, des sculptures à tête humaine et corps de serpent, des autels de bronze et des pièces en forme de dragon. Le portail gouvernemental relève qu'au moins dix de ces bronzes n'avaient jamais été exhumés auparavant.

L'or est présent aussi : Antiquity décrit un masque d'or d'environ 280 grammes, titrant 85 % d'or. S'y ajoutent des jades, de l'ivoire, et un coffre de bois portant un pigment de cinabre.

Une datation empruntée à Yinxu

La façon dont les archéologues datent ces fosses mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle relie Sanxingdui à un site situé à quinze cents kilomètres de là. Les fosses 1 à 4, 7 et 8 sont rapportées à la phase IV de Yinxu, soit environ 1200 à 1000 avant notre ère ; les fosses 5 et 6 sont probablement des Zhou occidentaux anciens, vers 1046-950. La fosse 4, datée au radiocarbone, donne un intervalle de 1260 à 924 avant notre ère.

Autrement dit, la stratigraphie de la dernière capitale des Shang, dans le Henan, sert d'étalon à un site du Sichuan. Le guide consacre une fiche à Yinxu ; la phase IV y désigne le dernier état de la ville.

Le royaume de Shu et les Plaines centrales

C'est le point où l'archéologie a corrigé les textes. La tradition historiographique chinoise raconte la civilisation du bronze depuis les Plaines centrales, le long du fleuve Jaune ; Sanxingdui montre, dans un bassin séparé par les montagnes, un art du bronze qui ne ressemble à aucun autre. Les auteurs d'Antiquity parlent d'éléments attestant des échanges entre la plaine de Chengdu et les Plaines centrales : ni un isolat, ni une province, autre chose.

Ce que le site n'a pas encore

Sanxingdui ne figure pas sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, qui compte soixante et un biens en Chine. C'est une absence qui se remarque, au vu de ce que les fosses ont livré, et le guide la signale sans en tirer de conclusion : l'inscription d'un bien dépend d'un dossier et d'un calendrier, pas seulement de la valeur de ce qu'il abrite.

Sources

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