Dujiangyan

Entamé vers 256 avant notre ère, sans barrage, et toujours en service : le système d'irrigation qui a fait de la plaine de Chengdu un grenier.

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Longue digue de galets retenus par un clayonnage de bambou, qui partage une rivière de montagne en deux bras ; au centre, une nappe d'eau franchit un déversoir de pierre basse, et un canal file sur la droite vers des champs en terrasses, sous des collines boisées noyées de brume.
Nulle part un barrage : la digue partage le courant, le déversoir renvoie le trop-plein, le canal emporte le reste vers la plaine.

Où, et pourquoi là

Le système d'irrigation de Dujiangyan occupe la partie occidentale de la plaine de Chengdu, au Sichuan, à la jonction entre le bassin sichuanais et le plateau du Qinghai-Tibet. C'est un point de passage : la rivière Minjiang y quitte sa haute vallée et débouche sur une plaine où il fallait à la fois prévenir les crues et porter l'eau. Les déversoirs se trouvent à 726 mètres d'altitude — le point le plus élevé de la plaine de Chengdu — à un kilomètre de la ville de Dujiangyan, qui a pris le nom de l'ouvrage. Le bien comprend deux parties distinctes : les déversoirs, et la zone irriguée.

Un ouvrage sans barrage

Vers 256 avant notre ère, Li Bing, gouverneur de la préfecture de Shu sous les Qin, entreprit d'ouvrir la montagne et d'édifier des déversoirs. Le parti retenu est celui qui fait encore la réputation du site : détourner l'eau, évacuer le limon, prévenir les crues et régler le débit sans construire de barrage. Le Centre du patrimoine mondial y voit un exploit en matière d'ingénierie écologique, au sens précis où l'ouvrage met à profit la topographie et l'hydrologie du lieu au lieu de leur opposer un mur.

La différence n'est pas de vocabulaire. L'évacuation du limon figure parmi les fonctions que le dossier reconnaît à l'ouvrage, au même rang que l'irrigation et la prévention des crues : le dispositif ne se contente pas de retenir l'eau, il trie ce qu'elle transporte.

Les trois pièces maîtresses

Trois grands éléments contrôlent l'eau venue de la haute vallée :

  • l'endiguement de Yuzui ;
  • l'écluse de Feishayan ;
  • le canal de diversion de Baopingkou.

Leur désignation dit déjà leur rôle — retenir, évacuer, dériver. Ensemble, selon le dossier de l'UNESCO, ils résolvent d'un même tenant quatre problèmes que l'on traite d'ordinaire séparément : le détournement des voies d'eau à des fins d'irrigation, l'évacuation du limon, la prévention des inondations et le contrôle des débits.

S'y ajoutent des ouvrages et des voies d'eau annexes, dont le barrage de Baizhang, le cours d'eau du temple d'Erwang et le barrage en V. Le tout assure un approvisionnement régulier en eau à la plaine de Chengdu, et a produit des bénéfices en matière de contrôle des crues, d'irrigation, de transport fluvial et d'eau de consommation.

Deux mille deux cent cinquante ans de service

L'ouvrage n'est pas resté en l'état : il a été modifié et agrandi sous les Tang, les Song, les Yuan et les Ming. Sa singularité n'est pourtant pas une longévité de monument, c'est une longévité de machine.

Deux mesures de la zone irriguée existent, à deux dates, et elles ne se contredisent pas. Le dossier du patrimoine mondial écrit qu'entamé il y a plus de 2 250 ans, le système irrigue 668 700 hectares de terres arables. Le registre des ouvrages d'irrigation du patrimoine mondial de la Commission internationale des irrigations et du drainage, qui l'a enregistré en 2018 lors de sa réunion de Saskatoon, en donne 701 066,7 hectares. Le second relevé, postérieur de dix-huit ans, est le plus élevé des deux.

Ce que l'inscription au patrimoine mondial reconnaît

Le bien inscrit en 2000 s'intitule « Mont Qingcheng et système d'irrigation de Dujiangyan » et porte trois critères.

  • Critère ii : l'ouvrage a représenté une étape majeure dans le développement de la gestion et de la technologie de l'eau, et il remplit toujours parfaitement ses fonctions.
  • Critère iv : il illustre de façon très nette les progrès scientifiques et technologiques réalisés autrefois en Chine.
  • Critère vi : celui-ci ne concerne pas l'ouvrage mais la montagne voisine, et sa place dans l'histoire du taoïsme.

La fête du lâcher des eaux

Au dispositif s'attache une tradition vivante. La fête du lâcher des eaux, qui accompagne la remise en eau du réseau, figure dans les premières listes du patrimoine culturel immatériel national chinois. Elle se tient au moment de Qingming : le 4 avril pour l'édition de 2024.

Le mont Qingcheng, l'autre moitié du bien

Au sud de l'ouvrage, le mont Qingcheng domine la plaine de Chengdu. C'est là qu'en 42 de notre ère le philosophe Zhang Ling fonda la doctrine du taoïsme chinois ; la montagne a retrouvé au XVIIe siècle son rang de centre intellectuel et spirituel de ce courant. Onze grands temples taoïstes y reflètent l'architecture traditionnelle de l'ouest du Sichuan, parmi lesquels les temples d'Erwang, de Fulong et de Changdao — ce dernier bâti à l'endroit où Zhang Ling prêchait — ainsi que le palais de Jianfu, autrefois nommé temple de Zhangren. Le guide consacre au mont Qingcheng une fiche à part ; on ne le mentionne ici que parce qu'il forme, avec le système d'irrigation, un seul et même bien inscrit.

Sources

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