Les vingt-quatre périodes solaires
Quinze degrés de course du soleil par période, du Début du printemps au Grand froid : le calendrier que les paysans chinois ont bâti en sept siècles, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2016.
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Le même champ, cinq fois dans l'année : ce calendrier ne compte pas les jours, il nomme ce que la terre fait.
Ce que le nom désigne
Les anciens Chinois divisaient le cycle du mouvement annuel du soleil en vingt-quatre segments, et chacun de ces segments portait le nom d'une période solaire. C'est la définition que retient l'UNESCO, qui a inscrit l'ensemble en 2016 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité sous un intitulé qui dit bien de quoi il s'agit : « Les vingt-quatre périodes solaires, la connaissance en Chine du temps et les pratiques développées à travers l'observation du mouvement annuel du soleil ».
Le cycle « commence dès le Début du Printemps et finit avec le Grand Froid », précise la notice — et il recommence. Ce n'est donc pas une liste de dates mais une roue.
Quinze degrés de soleil
L'Administration météorologique de Chine donne la règle de construction : chaque période marque la position du soleil chaque fois qu'il parcourt quinze degrés de longitude écliptique. Vingt-quatre fois quinze font trois cent soixante : le tour est complet. Chaque période couvre donc environ deux semaines.
Cela a une conséquence que le lecteur français saisira tout de suite : ce découpage est entièrement solaire. Il ne dépend pas des phases de la lune, contrairement aux fêtes traditionnelles chinoises. Le guide traite à part le calendrier chinois, qui est luni-solaire, et c'est là qu'il faut chercher la mécanique des mois et des intercalations.
Les vingt-quatre, dans l'ordre
Voici la suite telle que l'Administration météorologique de Chine l'énumère, rendue en français — les deux extrémités du cycle, Début du printemps et Grand froid, sont celles que la notice de l'UNESCO nomme ainsi en français.
- Début du printemps
- Eaux de pluie
- Réveil des insectes
- Équinoxe de printemps
- Clarté pure
- Pluie des grains
- Début de l'été
- Grains pleins
- Grains en épis
- Solstice d'été
- Petite chaleur
- Grande chaleur
- Début de l'automne
- Fin de la chaleur
- Rosée blanche
- Équinoxe d'automne
- Rosée froide
- Descente du givre
- Début de l'hiver
- Petite neige
- Grande neige
- Solstice d'hiver
- Petit froid
- Grand froid
Quatre de ces noms sont des repères astronomiques que toute l'humanité partage — les deux solstices et les deux équinoxes. Les vingt autres décrivent le temps qu'il fait, ce que fait la plante, ou ce que fait la bête : la pluie, le givre, la rosée, le réveil des insectes, les grains qui se remplissent puis montent en épis.
Une construction étalée sur sept siècles
Le système ne s'est pas établi d'un coup, et l'Administration météorologique en donne les étapes. À l'époque des Printemps et Automnes (770-476 avant notre ère), deux périodes seulement étaient distinguées. À la fin de la période des Royaumes combattants (475-221 avant notre ère), huit périodes clés marquaient les saisons. Les autres sont apparues sous les Han occidentaux (206 avant notre ère - 24 de notre ère).
Le berceau du système est, selon la même source, le bassin du fleuve Jaune, dans le nord de la Chine. Ce détail explique bien des choses : les noms décrivent le climat d'une région précise, et un paysan du Guangdong ne voit pas la neige aux périodes qui la nomment.
Un calendrier de paysans
L'Administration météorologique est explicite sur l'origine : ces périodes ont été créées par les paysans de la Chine ancienne pour guider les travaux des champs. L'UNESCO le confirme au présent — l'élément « est traditionnellement utilisé comme un calendrier qui guide la production agricole et la vie quotidienne », et « continue de revêtir une importance particulière pour les agriculteurs, car il oriente leurs pratiques ».
C'est ce qui distingue ce savoir d'une curiosité d'almanach : il sert encore. La notice ajoute que les connaissances associées se transmettent « à travers des moyens d'éducation formelle et informelle » — à l'école comme à la maison.
Ce que l'inscription reconnaît
L'inscription de 2016 ne porte pas sur un objet ni sur un monument, mais sur une connaissance et sur les pratiques qui en découlent. C'est la logique de la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel : ce qui est protégé est un usage vivant, et la condition de sa survie est qu'on continue de s'en servir.
Sources
- UNESCO, patrimoine culturel immatériel, « Les vingt-quatre périodes solaires, la connaissance en Chine du temps et les pratiques développées à travers l'observation du mouvement annuel du soleil », Liste représentative, inscrit en 2016
- Administration météorologique de Chine, « China's 24 Solar Terms », consulté le 17 août 2026