Jingmai
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Un des villages de la montagne de Jingmai, à l'heure où le soleil passe sur les crêtes.
La montagne de Jingmai se trouve dans le sud-ouest du Yunnan, sur le territoire du bourg de Huimin, dans le district autonome lahu de Lancang, qui dépend de la municipalité de Pu'er. Elle touche à l'est le district de Menghai, au Xishuangbanna, et à l'ouest la frontière birmane. Son altitude moyenne avoisine 1 400 mètres et sa température moyenne annuelle 18 degrés.
Ce n'est pas un sommet que l'on vient voir, c'est un versant habité : des villages de bois posés au milieu de forêts où le thé pousse sous les grands arbres. L'UNESCO a inscrit l'ensemble sur la liste du patrimoine mondial en 2023, sous le nom de Paysage culturel des forêts anciennes de théiers de la montagne Jingmai à Pu'er.
Ce que l'inscription reconnaît
Le bien couvre 7 167,89 hectares, doublés d'une zone tampon de 11 927,85 hectares. Il a été retenu au titre de deux critères culturels, et ce que le comité a distingué n'est pas un monument mais une manière de cultiver.
Les Blang et les Dai ont façonné ce paysage sur un millier d'années, selon des pratiques que l'UNESCO fait remonter au dixième siècle. La culture des vieux théiers se fait en sous-bois : les arbres à thé, de la variété à grandes feuilles, poussent à l'ombre d'une forêt qu'on ne défriche pas, ce qui leur assure le microclimat et l'humidité dont ils ont besoin et protège les sols de la pente. Autour des forêts anciennes s'organisent des bandes de forêt de séparation, qui font barrière aux maladies et aux insectes, des plantations plus récentes, et les villages eux-mêmes, installés au milieu des théiers plutôt qu'à leur lisière.
Le second aspect distingué est social. La gestion de la ressource repose sur un système à trois pieds, tribal, administratif et religieux, adossé à la croyance en un Ancêtre du thé : des esprits habitent les plantations, la faune et la flore, et c'est ce qui a interdit pendant des siècles de couper, d'étendre, d'épuiser. Les cérémonies et les fêtes qui accompagnent la récolte appartiennent à ce même ensemble.
Ce qu'on y voit
Le paysage se lit du haut : des toits de tuiles grises étagés sur la pente, des théiers centenaires au tronc couvert de mousse et de lichen, et des crêtes bleues qui s'effacent dans la brume du matin. Les villages, une dizaine en tout côté Jingmai et côté Mangjing, ont gardé leurs maisons sur pilotis en bois, et l'on peut y suivre le travail du thé, de la cueillette au flétrissage.
Le produit qui en sort est un thé pu'er de grande réputation, dont les amateurs disent qu'il donne une liqueur douce et une longue rémanence sucrée en bouche. Les jardins anciens de Jingmai sont, avec ceux de quelques montagnes voisines, parmi les plus vastes et les mieux conservés de leur espèce.
Quand y aller, et ce qu'il faut savoir
Le climat est celui de la mousson subtropicale : une saison des pluies de mai à octobre, une saison sèche le reste de l'année. Le printemps est la saison de la première récolte, celle que les acheteurs attendent, et c'est aussi le moment où les villages sont les plus animés. Les matins d'automne et d'hiver donnent en revanche les mers de nuages qui font la réputation photographique du lieu.
On monte à Jingmai depuis Lancang, elle-même accessible depuis Pu'er ou Jinghong. La route est de montagne, les villages sont éloignés les uns des autres, et il faut compter au moins une journée pleine pour en voir plus qu'un. L'UNESCO signale que la pression du tourisme et l'urbanisation des villages sont les deux risques que la gestion du site doit contenir : on y circule donc sans s'écarter des chemins, et sans cueillir.
Illustration : Liuxingy, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.