Hemudu, le village des premiers riziculteurs

Découvert en 1973 près de Ningbo, le site de Hemudu a livré des maisons sur pilotis vieilles de sept mille ans et des couches entières de riz : la preuve qu'au sud du Yangzi, une autre civilisation néolithique grandissait loin du fleuve Jaune.

SOMMAIRE

Plaque d'ivoire de Hemudu en forme de papillon, gravée de deux oiseaux affrontés autour d'un soleil à cercles concentriques, percée de trous
La plaque d'ivoire aux deux oiseaux et au soleil, trouvée à Hemudu, conservée au musée du Zhejiang
LukeLOU / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Une découverte de 1973 au sud de la baie de Hangzhou

Le site de Hemudu se trouve sur le territoire de Yuyao, à vingt-deux kilomètres au nord-ouest de Ningbo, dans la province du Zhejiang, au sud de la baie de Hangzhou. Il est mis au jour en 1973, à l'occasion de travaux, et fouillé de façon intensive jusqu'en 1978. Les dépôts, épais de plusieurs mètres et gorgés d'eau, ont conservé le bois, les graines et les os que les sols secs du Nord détruisent : c'est ce qui fait la richesse exceptionnelle du site.

Quatre couches d'occupation se succèdent. La plus ancienne remonte à 5000 avant notre ère environ, la plus récente s'achève vers 3300 : Hemudu est ainsi contemporain de Banpo et de la culture de Yangshao, mais dans un tout autre milieu, celui des marais et des lacs du delta du Yangzi. La culture de Hemudu, dont il est le site éponyme, a été reconnue depuis sur d'autres sites de la région, à Tianluoshan, également sur le territoire de Yuyao, et jusque dans l'archipel de Zhoushan.

Des maisons longues sur pilotis

Les habitants de Hemudu vivaient dans de longues maisons de bois dressées sur pilotis au-dessus du sol humide, disposées en rangées. Les pièces de charpente retrouvées sont assemblées à tenons et mortaises, la plus ancienne attestation connue de cette technique en Chine, qui reste la base de la charpente chinoise jusqu'à nos jours. Certaines de ces maisons communes, comparables à celles qu'on connaît encore à Bornéo, pouvaient abriter plusieurs familles.

Des pirogues, des pagaies, des vanneries, des outils de bois et des bêches taillées dans des omoplates de buffle complètent l'outillage, aux côtés de la pierre polie. Les habitants chassaient le cerf et le buffle sauvage, pêchaient en grande quantité, notamment le carassin, et élevaient le porc et le chien.

Le riz carbonisé, preuve d'une riziculture établie

Bloc de sédiment gris contenant des grains et des débris de riz carbonisés, présenté dans un coffret transparent au musée de Hemudu
Un bloc de la couche de riz carbonisé de Hemudu, exposé au musée de site
Siyuwj / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La découverte qui a fait la renommée du site est celle de couches épaisses de riz carbonisé, mêlé de balles, de tiges et de feuilles, accumulées sur des dizaines de centimètres. Le riz de Hemudu était cultivé, et non seulement cueilli : les fouilles voisines de Tianluoshan, un peu plus tard, ont montré des grains en cours de domestication et dégagé des rizières datées de 5000 à 4500 avant notre ère, parmi les plus anciennes connues. La culture se faisait sur brûlis, et les champs étaient travaillés avec les bêches en os ; le riz n'était pas encore l'aliment unique, la chasse, la pêche et la cueillette tenant encore une grande place.

Poteries noires, laque et ivoire

La céramique de Hemudu est épaisse et poreuse, noire parce que la pâte est mêlée de poudre de charbon ; elle porte des motifs incisés de plantes, de porcs et d'oiseaux. Un bol de bois recouvert de laque rouge, conservé au musée du Zhejiang et daté entre 5000 et 4000 avant notre ère, est tenu pour le plus ancien objet laqué connu au monde : l'art de la laque, qui fera la gloire des ateliers chinois, commence donc ici.

Une plaque d'ivoire en forme de papillon, gravée de deux oiseaux affrontés autour d'un soleil à cercles concentriques, est devenue l'emblème du site. Le motif des oiseaux et du soleil, repris sur d'autres objets, suggère un culte solaire, et l'on y a vu l'un des plus anciens témoignages artistiques de la Chine. Ces pièces sont partagées entre le musée du Zhejiang, à Hangzhou, et le Musée national de Chine, à Pékin, tandis que le musée de site de Hemudu, construit sur les lieux, présente les vestiges et les couches de riz.

Ce que Hemudu a changé au récit des origines

Avant 1973, l'histoire de la Chine commençait sur le fleuve Jaune, avec le millet et les poteries peintes de Yangshao ; le Sud n'était qu'une périphérie tardive. Hemudu a montré qu'à la même époque, une société rizicultrice, bâtisseuse de maisons de bois et déjà maîtresse de la laque, occupait le delta du Yangzi. Le récit des origines s'est ouvert à plusieurs foyers, et les découvertes ultérieures de la même région, jusqu'à la cité de Liangzhu, ont confirmé que le bassin du Yangzi avait sa propre trajectoire vers la civilisation.

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