Fête Longtaitou, le jour où le dragon lève la tête

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Des champs fraîchement labourés au petit matin, une rangée de saules le long d'un canal, une silhouette qui s'éloigne sur le chemin et la brume sur les collines.
Les premiers labours de l'année, au moment où la fête demande la pluie.

La fête Longtaitou, dont le nom signifie « le dragon lève la tête », tombe le deuxième jour du deuxième mois du calendrier chinois. Elle passe presque inaperçue des voyageurs, elle n'est pas chômée, et elle est pourtant l'une des plus anciennes marques du calendrier agricole : c'est le jour où l'on demande la pluie.

Pourquoi un dragon, et pourquoi maintenant

Dans la Chine ancienne, le dragon n'est pas un monstre mais une divinité, et sa charge est précise : il commande la pluie. Un paysan qui s'apprête à semer n'a pas de souci plus grand. Le nom de la fête dit donc un réveil, celui de la bête qui va se remettre au travail après l'hiver.

La date n'est pas choisie au hasard. Elle tombe aux environs de Jingzhe, l'une des vingt-quatre périodes solaires du calendrier agricole chinois, celle que l'on traduit par « le réveil des insectes » : le moment où les bêtes qui hibernaient sortent, et où arrivent les premières pluies de l'année. La fête et la période solaire disent la même chose de deux façons.

Le dragon donne aussi son nom à l'une des quatre grandes figures du ciel chinois. Le Dragon Azur réunit sept loges lunaires, de la Corne au Van, et il représente l'est et le printemps. Les astronomes chinois avaient donc un dragon dans le ciel de la saison où l'on attend l'eau.

La coupe de cheveux, et l'interdit qui la précède

C'est la coutume la plus vivante aujourd'hui, et celle qui étonne le plus. On se fait couper les cheveux le jour de Longtaitou, et les salons de coiffure y font l'une de leurs meilleures journées de l'année.

La raison tient à ce qui précède : pendant tout le premier mois lunaire, celui du Nouvel An, l'usage veut qu'on ne se coupe pas les cheveux. Un mois entier. Le deuxième jour du deuxième mois est donc le premier moment convenable, et l'on s'y presse. La formule courante veut qu'une coupe ce jour-là apporte la chance pour l'année.

Ce qu'on mange, et pourquoi tout s'appelle dragon

La table de Longtaitou est un jeu de noms. Chaque plat prend celui d'une partie de l'animal, et c'est le nom qui compte autant que le plat :

  • les crêpes de printemps deviennent des écailles de dragon, pour leur forme plate et ronde ;
  • les raviolis deviennent des dents de dragon ;
  • les nouilles étirées à la main, très fines, sont la barbe du dragon ;
  • la bouillie de longanes est faite d'yeux de dragon, ce que le nom du fruit dit littéralement en chinois.

Manger le dragon n'est pas ici une irrévérence : c'est une façon de se mettre sous sa protection en le nommant à chaque bouchée.

Les rites, quand ils subsistent

On rend hommage au Roi Dragon, maître des eaux, et au dieu du Sol, dont l'anniversaire tombe le même jour. Dans les campagnes, un geste ancien consistait à répandre des cendres de plantes devant la maison, à l'intérieur, et autour de la jarre à eau : un chemin tracé pour inviter le dragon à venir, et à apporter assez de pluie pour la récolte.

La fête telle qu'on la connaît a été établie sous la dynastie Yuan, celle des empereurs mongols, entre le treizième et le quatorzième siècle.

La voir aujourd'hui

Longtaitou n'est pas un jour férié et ne donne lieu à aucune semaine de congés. Elle se remarque surtout dans le nord de la Chine, dans les salons de coiffure et sur les tables familiales, et par des danses du dragon dans les villages qui les ont gardées. Un voyageur de passage peut très bien traverser la journée sans rien voir : c'est une fête de maison et de quartier, pas de place publique.

Elle tombe en mars ou dans les tout derniers jours de février, selon les années, puisqu'elle suit le calendrier lunaire. Sa date exacte, comme celle des autres fêtes chinoises, se lit dans le calendrier chinois en ligne.

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