Les femmes chinoises dans l'espace : quatre taïkonautes depuis 2012

Sophie Adenot est devenue le 18 août 2026 la première Française à sortir dans le vide. Côté chinois, quatre femmes ont volé depuis 2012 — et la dernière, une Hongkongaise, est en orbite en ce moment même.

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Liu Yang en combinaison de vol bleue, assise devant une toile de fond étoilée
Liu Yang à l'université chinoise de Hong Kong, le 12 août 2012
Photo Tksteven, Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0

Une première française, ce 18 août

Sophie Adenot a quitté le sas de la Station spatiale internationale le 18 août 2026, avec l'Américain Anil Menon, pour une sortie d'environ six heures et demie consacrée à une antenne de communication sol-espace de la poutre Z1. Elle est la première Française à travailler dans le vide, et la deuxième Européenne après l'Italienne Samantha Cristoforetti.

Ancienne pilote d'essai d'hélicoptère — la première femme à ce poste en France, en 2018 —, recrutée par l'Agence spatiale européenne en novembre 2022, elle a décollé le 13 février 2026 à bord d'un vaisseau Crew Dragon et vit depuis dans la station, où elle conduit plus de deux cents expériences dans le laboratoire européen Columbus. Son retour est attendu en septembre.

Avant elle, une seule Française était allée dans l'espace : Claudie Haigneré, seize jours à bord de la station russe Mir en août et septembre 1996, puis onze jours à bord de la Station spatiale internationale en octobre 2001.

La question se pose alors pour l'autre programme habité en activité, celui que la Chine conduit de son côté depuis 2003 : combien de femmes y sont montées, et qu'y ont-elles fait ? Elles sont quatre, la première a décollé en 2012, et la dernière est en orbite à l'heure où ces lignes s'écrivent.

Juin 2012 : Liu Yang ouvre la marche

Le français les appelle taïkonautes. Le mot est bâti sur 太空, tàikōng, qui veut dire « l'espace » en chinois, et sur la terminaison de cosmonaute et d'astronaute. Il ne désigne rien d'autre qu'un astronaute chinois ; il dit seulement que le programme est distinct.

Liu Yang est née le 6 octobre 1978 à Zhengzhou, dans le Henan. Entrée dans l'armée de l'air en 1997, elle totalisait 1 680 heures de vol quand sept pilotes ont été admis au corps des taïkonautes, en mai 2010. Deux ans plus tard, elle décollait.

Shenzhou 9 est parti le 16 juin 2012 et s'est posé le 29 juin, après douze jours et quinze heures de vol. La mission a réussi le premier amarrage habité de la Chine, avec le laboratoire Tiangong 1, le 18 juin ; six jours plus tard, l'équipage a refait la manœuvre à la main, une première également. Liu Yang y tenait le poste d'assistante de laboratoire et conduisait des expériences de médecine spatiale.

Près de neuf ans séparent ce vol de celui de Yang Liwei, premier Chinois dans l'espace en octobre 2003. Le programme avait attendu son quatrième vol habité pour embarquer une femme.

Wang Yaping, deux vols et un cours de physique

Wang Yaping, née le 27 janvier 1980 à Yantai, dans le Shandong, appartient à la même promotion. Elle avait été candidate pour Shenzhou 9 sans être retenue ; elle est partie l'année suivante.

Shenzhou 10 a décollé le 11 juin 2013 et s'est posé le 26 juin. Le 20 juin, depuis le laboratoire Tiangong 1, Wang Yaping a donné un cours de physique retransmis en direct : mesure d'une masse en apesanteur, pendule, gyroscope, tension superficielle, bille d'eau tenue par elle-même. Soixante millions d'élèves chinois pouvaient le suivre. C'est le vol qui a fait d'elle un visage connu en Chine, davantage que celui de Liu Yang.

Elle est repartie huit ans plus tard pour un séjour d'une tout autre nature. Shenzhou 13 a décollé le 15 octobre 2021 et est revenu le 16 avril 2022 : cent quatre-vingt-deux jours, le premier séjour de six mois de la station chinoise, durée devenue depuis la norme. Le 7 novembre 2021, elle est sortie dans le vide avec Zhai Zhigang, six heures et vingt-cinq minutes — première Chinoise, et première Asiatique, à le faire. Elle a repris ses cours depuis l'orbite, le 9 décembre 2021 puis le 23 mars 2022. Ses deux vols totalisent cent quatre-vingt-dix-sept jours.

Le retour de Liu Yang, pendant l'assemblage de la station

Liu Yang est repartie le 5 juin 2022 avec Shenzhou 14 et revenue le 4 décembre, cent quatre-vingt-deux jours elle aussi. C'est la mission qui a vu la station passer d'un module à trois : le laboratoire Wentian s'est amarré le 24 juillet, Mengtian le 31 octobre. L'équipage a travaillé six mois dans un chantier qui changeait de forme sous lui.

Le 1er septembre 2022, elle est sortie avec Chen Dong pour six heures et sept minutes, deuxième Chinoise dans le vide. Elle a assisté de l'intérieur les deux autres sorties de la mission, le 17 septembre et le 17 novembre. Ses deux vols totalisent cent quatre-vingt-quinze jours.

Wang Haoze, la première ingénieure de bord

La troisième est d'un autre profil, et c'est ce qui la rend intéressante. Wang Haoze, née en mars 1990 à Luanping, dans le Hebei, n'est pas pilote de chasse : ingénieure en énergétique, titulaire d'un master de thermophysique, elle travaillait sur la propulsion des lanceurs quand elle a été recrutée en septembre 2020, dans la troisième promotion — celle qui a ouvert le métier aux ingénieurs et aux chercheurs venus de l'industrie.

Shenzhou 19 a décollé le 29 octobre 2024 et s'est posé le 30 avril 2025, avec un jour de retard imposé par la météo du site d'atterrissage. Wang Haoze y était ingénieure de vol, première femme du programme à ce poste et troisième Chinoise dans l'espace. Les trois sorties de la mission ont été menées par ses deux coéquipiers ; celle du 17 décembre 2024 a duré neuf heures et six minutes, et reste la plus longue jamais effectuée, toutes nations confondues.

Lai Ka-ying, Hong Kong en orbite

La quatrième vole en ce moment. Lai Ka-ying, née à Hong Kong en novembre 1982, est docteure en informatique légale de l'université de Hong Kong ; elle était surintendante des services techniques de la police hongkongaise quand la quatrième promotion l'a retenue, en 2022, comme spécialiste de charge utile — un métier de laboratoire, qui ne demande ni pilotage ni ingénierie de bord.

Shenzhou 23 a décollé de la base de Jiuquan le 24 mai 2026 et s'est amarré au module central Tianhe le jour même. Lai Ka-ying est la première personne de Hong Kong à aller dans l'espace, la quatrième Chinoise, et la première femme spécialiste de charge utile du programme. Le séjour doit durer six mois, mais l'un des trois membres d'équipage restera un an : il faut libérer un siège pour un astronaute pakistanais attendu en octobre 2026.

En août 2012, l'équipage de Shenzhou 9 était venu se montrer à Hong Kong, et Liu Yang avait été reçue à l'université chinoise du territoire. Près de quatorze ans plus tard, une Hongkongaise travaille à bord de la station.

Quatre sur trente

Au 24 mai 2026, trente Chinois étaient allés dans l'espace ; quatre sont des femmes. Aucune n'a commandé son vol : le poste est revenu à Jing Haipeng, Nie Haisheng, Zhai Zhigang, Chen Dong, Cai Xuzhe puis Zhu Yangzhu. Deux seulement sont sorties dans le vide, et il a fallu attendre 2021 — treize ans après la première sortie chinoise, en septembre 2008.

La proportion française n'est pas très différente : Sophie Adenot est le onzième astronaute français à voler, et la deuxième femme, près de vingt-cinq ans après le second vol de Claudie Haigneré. Les deux programmes ont aussi élargi le recrutement de la même façon, d'abord des pilotes militaires, puis des ingénieurs et des scientifiques. C'est par cette porte, en Chine, que les deux dernières sont entrées — et c'est elle qui décidera du rythme des suivantes.

La Rédaction

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