Un glacier de l'Himalaya s'effondre, sa coulée rase un poste-frontière du Tibet
Onze jours après la coulée de boue qui a frappé le poste-frontière tibétain de Jilong, le bilan côté chinois atteint 43 morts et 519 disparus. Elle a été déclenchée par l'effondrement d'un glacier népalais à plus de 5 000 mètres d'altitude, et a frappé bien plus durement le Népal voisin.
SOMMAIRE

Vue de la vallée frontalière entre le Tibet et le Népal, ravagée par la coulée de boue du 26 août 2026. — Image d'illustration

Des sauveteurs progressent de nuit sous la pluie près d'un engin de China Anneng, sur la route en cours de dégagement, le 31 août 2026.
Xinhua
Onze jours de recherches, un bilan qui continue de s'alourdir

Un sauveteur avance dans la boue avec du matériel, dans la zone du désastre, le 3 septembre 2026.
Xinhua
Selon le poste de commandement des secours d'urgence du comté de Jilong, en région autonome du Tibet, la coulée de boue survenue le 26 août a fait 43 morts et 519 disparus à la date du 5 septembre, 18 heures. Le bilan évolue de jour en jour depuis la catastrophe : au soir du 26 août, les autorités locales recensaient 3 morts et 265 disparus, puis 558 disparus dès le lendemain matin. Le 4 septembre, le compte s'élevait à 31 morts et 531 disparus. À chaque mise à jour, le nombre de morts augmente à mesure que des corps sont identifiés parmi les disparus, tandis que le nombre de personnes encore introuvables diminue lentement.
Les recherches se poursuivent dans une zone frontalière difficile d'accès, à plus de 4 000 mètres d'altitude, où la pluie et des coulées résiduelles continuent de gêner les équipes de secours. Identifier chaque disparu suppose de reconstituer, presque un par un, qui se trouvait sur les lieux au moment du désastre : des experts en identification médico-légale venus d'Inde, d'Australie et de Corée du Sud sont venus prêter main-forte aux équipes locales, et une équipe singapourienne d'une trentaine de spécialistes s'est jointe aux opérations.
Un glacier de l'Himalaya s'effondre à 5 200 mètres d'altitude
La coulée n'est pas née au Tibet. Elle a commencé côté népalais, sur le mont Langtang Lirung, quand une masse de glace et de roche s'est détachée, le matin du 26 août, à une altitude comprise entre 5 200 et 5 400 mètres. L'effondrement a provoqué une secousse d'une magnitude d'environ 5,2 sur l'échelle de Richter, enregistrée par les sismographes de la région : les spécialistes ont rapidement écarté l'hypothèse d'un séisme classique pour n'y voir que la signature de l'impact glaciaire. Une seconde masse, plus petite, s'est détachée trois heures plus tard. Ce type d'effondrement, encore rare il y a quelques années, est associé par les scientifiques qui étudient l'Himalaya au réchauffement climatique, qui fragilise la glace de haute altitude et le sol gelé en permanence sous elle. La même vallée avait déjà été frappée en 2015, quand le séisme du Gorkha avait déclenché une avalanche qui avait enseveli le village de Langtang et fait environ 350 morts.
Vingt-deux kilomètres parcourus en quelques minutes
Une fois détachée, la masse de glace et de débris a dévalé la vallée à une vitesse estimée entre 40 et 50 mètres par seconde. En moins de dix minutes, elle avait parcouru environ 22 kilomètres et atteint, au confluent de la rivière Trishuli et d'un de ses affluents, le poste-frontière de Jilong, aussi appelé Gyirong, l'un des rares points de passage terrestres entre le Népal et la Chine. Sur place, une zone d'environ 0,7 kilomètre carré a été rasée, emportant une trentaine de bâtiments, dont le poste de contrôle frontalier, ainsi que des routes, des lignes électriques et des liaisons de communication. La boue a recouvert les lieux sur plusieurs mètres d'épaisseur par endroits, et la coulée a continué sa course bien au-delà de la frontière : des débris ont été retrouvés jusqu'à une centaine de kilomètres en aval, côté népalais, et des corps ont été repêchés jusqu'en Inde, à plus de 200 kilomètres du point de départ.
Le poste-frontière de Jilong n'est pas un simple hameau de montagne : c'est un point de passage fréquenté par des commerçants, des ouvriers du bâtiment, des employés des douanes et des touristes étrangers. Cette fréquentation explique en partie l'ampleur du nombre de disparus : au moment de la catastrophe, aucun registre n'indiquait avec certitude qui se trouvait sur les lieux.
Un désastre qui ne s'arrête pas à la frontière
Côté népalais, où la coulée a poursuivi sa course le long de la rivière Trishuli, le bilan est bien plus lourd : plus de 1 300 morts et près de 5 000 disparus selon les autorités népalaises, un chiffre qui inclut plusieurs centaines de ressortissants étrangers de dizaines de nationalités, parmi lesquelles des Indiens, des Américains, des Australiens, des Britanniques et des Ukrainiens. Les deux bilans, chinois et népalais, sont établis séparément par chaque pays et ne se recoupent pas : ils mesurent deux zones distinctes d'un même désastre transfrontalier.
Au Népal, la coulée a aussi emporté des dizaines de ponts, plusieurs centrales hydroélectriques et des milliers d'habitations le long de la vallée. Le bilan aurait pu être plus lourd encore : dans les minutes qui ont suivi l'effondrement, les autorités népalaises ont envoyé plusieurs centaines de milliers de messages d'alerte aux habitants situés en aval, leur laissant le temps de fuir avant l'arrivée de la boue.
Les dégâts matériels s'ajoutent au bilan humain : plus de huit mille habitations ont été détruites au Népal, une douzaine de centrales hydroélectriques ont été mises hors service et le coût de la reconstruction se chiffre déjà en milliards de dollars, selon les premières estimations du gouvernement népalais.
Sur le terrain, la boue avant tout

Des sauveteurs réparent le godet d'une pelleteuse endommagée par la boue, le 3 septembre 2026.
Xinhua
En Chine, l'armée, la police armée du peuple et les services nationaux de secours et d'incendie ont mobilisé plusieurs centaines de sauveteurs, appuyés par des hélicoptères et des drones. Le groupe d'ingénierie d'État China Anneng, spécialisé dans les interventions d'urgence, a été chargé de rouvrir les routes coupées, kilomètre après kilomètre : dès le 28 août, les secours ont combiné équipes terrestres, embarcations et moyens aériens pour progresser vers le cœur de la zone sinistrée, et un premier tronçon de 2,6 kilomètres de route était rouvert le lendemain, permettant l'arrivée de renforts et de matériel plus lourd. Les images publiées par les médias officiels chinois montrent des équipes progressant dans une boue épaisse, creusant parfois à la main, tandis que des chiens dressés à la recherche de personnes ensevelies complètent les équipes au sol.
Le Premier ministre chinois Li Qiang s'est rendu sur place dès le 26 août. Le président Xi Jinping a pour sa part demandé la poursuite des recherches et un renforcement des dispositifs de surveillance des risques naturels en montagne.
Un plateau tibétain de plus en plus instable

Un sauveteur réconforte un chien de recherche, le museau couvert de poussière, dans la zone sinistrée, le 2 septembre 2026.
Xinhua
Cette catastrophe transfrontalière illustre un constat que des chercheurs chinois posaient dès la fin du mois d'août : le plateau tibétain et les glaciers qui l'entourent, longtemps considérés comme un réservoir d'eau stable pour près de deux milliards de personnes en Asie, deviennent plus imprévisibles à mesure que le climat se réchauffe. Les effondrements de glace en haute altitude, jusqu'ici rares, sont appelés à devenir plus fréquents dans les décennies à venir.
Sur place, à Jilong, les recherches se poursuivent, onze jours après la catastrophe, sans que les autorités n'aient fixé de terme aux opérations.
La Rédaction
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