San-Tseu-King
Le Livre de phrases de trois mots
Classique de la Chine ancienne. Traduction de Stanislas Julien, Genève, H. Georg, 1873. Texte du domaine public, d'après Wikisource.
Strophe 73
曰國風,曰雅頌。號四詩,當諷詠
Les mœurs des royaumes (la grande et la petite), Excellence, ainsi que les chants solennels, s’appellent les quatre sortes de poésies qu’il faut lire et chanter.
Notes de Stanislas Julien
Le Chi-king se compose de quatre parties. La première s’appelle Koue-fong ; c’étaient les vers que le peuple chantait habituellement. Les princes feudataires les recueillaient et les présentaient à l’empereur. L’empereur, après les avoir reçus, les confiait au chef de la musique, pour juger par là de la pureté ou de la corruption des mœurs du peuple, et connaître aussi les mérites et les défauts de l’administration.
La deuxième partie s’appelle Siao-ya (ce qui est droit ou excellent dans l’ordre inférieur). Ces poésies se chantaient lorsque les Khing (ministres) et les Ta fou venaient faire leur cour à l’empereur, et lorsque les princes des différents royaumes envoyaient des ambassadeurs au-devant des officiers de l’empereur qui avaient rendu des services à l’État.
La troisième partie s’appelle Ta-ya (ce qui est droit ou excellent dans l’ordre supérieur). Ces poésies se chantaient quand l’empereur traitait les princes feudataires, les Khing (ministres), ainsi que les magistrats ; on les chantait aussi quand l’empereur réunissait dans son palais les King (princes), les Khing (ministres) et leur donnait un festin. On appelle ces poésies du nom de ya (droit, excellent), parce que le style en est correct, sévère, gracieux, élégant, et, par là, elles diffèrent essentiellement des chansons populaires appelées Koue-fong.
La quatrième partie s’appelle Song. Ce sont des morceaux de musique que l’on chantait lorsque l’empereur offrait des sacrifices dans le temple des ancêtres, pour louer et exalter les anciens princes. On y a ajouté les chants solennels du royaume de Lou et ceux de la dynastie des Chang.
Le tout s’appelle du nom général de Sse-chi ou les quatre sortes de poésies que les étudiants doivent lire et chanter.
Sous la dynastie des Han, un lettré, nommé Mao-tchang, les a réunies en un seul ouvrage. C’est pour cela que quelques personnes les appellent Mao-chi (les poésies de Mao, c’est-à-dire les poésies publiées par Mao-tchang). Tchou-tseu en a donné un commentaire.
Strophe 74
詩既亡,春秋作 。寓褒貶,別善惡
Le Tch’un-thsieou fut composé dès que les poésies eurent péri (eurent cessé d’être en usage). Il contient approbation et blâme ; il distingue le bien et le mal.[12].
Notes de Stanislas Julien
Le commentaire de ce passage commence par cette phrase de Meng-tseu : Quand les traces des empereurs furent éteintes, les vers périrent ; quand les vers périrent, la chronique appelée Tch’un thsieou (le Printemps et l’Automne) fut composée.
On lit dans l’édition Sse-chou-pou-tchou-pi-tchi : Quand l’empereur faisait sa tournée annuelle, les princes feudataires lui présentaient des vers. L’action du gouvernement se faisait sentir par des instructions administratives, des ordres, des décrets. Mais quand la dynastie des Tcheou commença à tomber en décadence, l’empereur ne visita plus les princes feudataires ou cessa de punir les coupables et de destituer les magistrats prévaricateurs. Dès le moment que l’empereur P’ing-wang se fut transporté dans l’Est, ses ordres ne parvenaient plus dans les différentes parties de l’empire. Voilà pourquoi Meng-tseu a dit « même quand les traces des empereurs furent éteintes. »
Suivant le même commentaire, les mots Chi-wang (litt. : Les vers périrent) signifient « que l’on ne composait plus de poésies du genre de celles qu’on appelle Siao-ya et Ta-ya ; on ne veut pas dire par là que ces anciennes poésies eussent péri. »
[Le docteur Legge a adopté ce même sens dans sa traduction de Meng-tseu, pag. 203, chap. xxi : Mencius said : « the traces of imperial rule were extinguished, and the imperial odes ceased to be made. When these odes ceased to be made, then the Ch’un ts’en was produced. » — Le même savant ajoute en note que le mot wan (vulgo périr) ne signifie pas were lost.)
À l’époque appelée Tchen-koue, où les différents princes feudataires se faisaient la guerre, les poésies des sections Siao-ya et Ta-ya cessèrent d’être en usage. Les festins solennels, les sacrifices aux ancêtres, dont il est parlé plus haut (463—474), n’avaient plus lieu, et l’on n’avait plus l’occasion de les chanter.
Par « les traces des empereurs, » on entend l’administration de Wen-wang et de Wou-wang, les plans habiles de Wen-wang, les actions brillantes de Wou-wang, l’époque florissante de Tch’ing-wang et de Khang-wang, les grands exploits de Tcheou-kong et de Chao-kong, jusqu’à la fondation de l’empire, qui commence avec la section appelée Pin-fong (Mœurs de la principauté de Pin), et l’élévation de Siouen-wang au trône impérial, tous ces événements sont exposés dans les quatre parties du Chi-king ou Livre des vers. Ces traces (actions) des empereurs ont été conservées au moyen des vers. Dès le moment que l’empereur (P’ing-wang) se fut transporté dans la partie orientale de la Chine, les intendants de la musique ne présentèrent plus de poésies au souverain, et l’on vit disparaître les chants populaires qui dépeignaient les mœurs des royaumes (Koue-fong)[13]. Les princes feudataires ne venaient plus rendre hommage à l’empereur. Alors les poésies appelées Siao-ya périrent (cessèrent d’être en usage) ; les princes feudataires ne secondaient plus l’empereur dans les sacrifices, et alors les chants appelés Song périrent (furent mis en oubli).
Quand les vers eurent péri (eurent cessé d’être en usage), les traces des empereurs s’effacèrent.
Confucius, qui était né sur la fin des Tcheou orientaux, s’affligeait de voir que l’administration des empereurs ne s’exerçait plus et que les princes feudataires n’écoutaient que leur volonté. Alors il quitta le royaume de Weï et retourna dans celui de Lou, et composa le Tch’un-thsieou (le Printemps et l’Automne) pour rétablir l’influence des empereurs. Les mots Tch’un-thsieou sont l’ancien nom de la chronique du royaume de Lou. Elle comprend les faits qui se sont passés dans les quatre saisons (de chaque année).
Le Tch’un-thsieou commence à la première année de In-kong, roi de Lou. Cette année correspond à la fin du règne de l’empereur P’ing-wang et à l’époque où les Tcheou ont commencé a s’établir dans l’orient de la Chine. Dans cette chronique, Confucius a parcouru les règnes de In-kong, Hoan-kong, Tchoang-wang, Min-kong, Hi-kong, Wen-kong, Siouen-kong, Tch’ing-kong, Siang-kong, Tchao-kong, Ting-kong, Aï-kong, et, arrivé a la prise du Ki-lin[14], il a cessé d’écrire. Le Tch’un-thsieou embrasse les événements qui se sont passés dans l’espace de deux cent cinquante-deux ans. Là, un seul mot d’éloge est plus pompeux qu’un vêtement impérial ; un mot de blâme est plus terrible qu’un coup de hache.
Meng-tseu a dit : Quand Confucius eut composé le Tchun-thsieou, les sujets turbulents et les brigands furent remplis de crainte. On veut dire que lorsque les récompenses et les châtiments eurent été exposés au grand jour, et que le bien et le mal eurent été mis en lumière, les sujets turbulents et les brigands n’eurent plus aucun moyen d’échapper aux peines qu’ils avaient méritées.
Strophe 75
三傳者,有公羊。有左氏,有彀梁
Les trois commentaires (de cet ouvrage) sont ceux de Kong-yang, de Tso-chi et de Kou-liang
Notes de Stanislas Julien
Ces commentaires sont destinés à expliquer le sens du Tch’un-thsieou. Cet ouvrage a eu de nombreux commentaires. Les plus célèbres commentaires sont :
1° Celui de Tso-chï ou Tso-khieou-ming était un savant lettré du royaume de Lou. En commentant le Tch’un-thsieou, il a adopté la forme des annales disposées dans l’ordre chronologique, et a raconté soigneusement tous les faits à la suite de chaque année. On y voit les faits et gestes des empereurs et des princes feudataires, les guerres, les alliances, les causes de la splendeur ou de la décadence des États, de leur conservation ou de leur ruine. Sans l’ouvrage de Tso-khieou-ming, il serait impossible de distinguer clairement les sages des fourbes, et les bons des méchants.
2° Le commentaire de Kong-yang ou Kong-yang-kao, qui était originaire du royaume de Lou.
3° Le commentaire de Kou-liang ou Kou-liang-tch’i, qui était un lettré du temps des Han. (Ces deux derniers commentaires ont leurs qualités et leurs défauts, et tantôt ils se ressemblent, tantôt ils diffèrent.) Les deux auteurs examinent et jugent l’esprit général du Tch’un-thsieou, et mettent en lumière les nuances les plus délicates du bien et du mal. Le Tso-tch’ouen a été expliqué par Thou-yu qui vivait sous les Tsin ; Kong-yang a été commenté par Ho-hieou, du temps des Han, et Kou-liang par Fan-ing, lettré de la dynastie des Tsin. Le style du Tch’un-thsieou est concis, et les pensées en sont profondes. Il manquerait de clarté sans ces trois commentaires ; c’est pourquoi on les a conservés tous et on les a mis au nombre des treize King. Maintenant, lorsqu’il s’agit d’examiner les temps, et de noter les faits, on se décide d’après les trois commentaires ; mais pour prendre une décision et suivre un modèle, on doit faire usage du commentaire de Hou-’an-koue, qui était un lettré de la dynastie des Song.
Strophe 76
經既明,方讀子
Quand les King ont été bien compris, il faut alors lire les philosophes.
Strophe 77
撮其要,記其事
Recueillez ce qu’ils ont d’important, et gravez dans votre mémoire les faits qui s’y trouvent.
Notes de Stanislas Julien
Par le mot King, on entend ici les quatre livres classiques et les six livres canoniques. Il faut les lire avec soin et en examiner les idées subtiles et profondes. Quand on a bien compris les King, il faut se procurer les livres des philosophes et les lire. Seulement, comme on y remarque du bon et du mauvais, il est nécessaire d’en extraire le résumé, pour compléter ses études, et de graver dans sa mémoire les faits qui y sont rapportés, pour acquérir de l’érudition. Alors notre instruction se développe et s’étend de jour en jour, et l’on n’est pas exposé à faire fausse route.
Strophe 78
五子者,有荀楊。文中子,及老莊
Les cinq philosophes sont Sun-tseu, Yang-tseu, Wen-tchong-tseu avec Lao-tseu et Tchoang-tseu.
Notes de Stanislas Julien
Le nombre des philosophes est fort considérable et il serait impossible de les citer ici tous. Il faut choisir les plus renommés et les lire. Nous en nommerons cinq, savoir : Lao-tseu, dont le nom de famille était Li, le petit nom Eul et le nom honorifique Pe-yang. Il était né dans la ville de Po, dont la fondation remontait aux premiers des Tcheou. Sous la dynastie des Tcheou orientaux, il avait la charge d’historiographe. Il est l’auteur du Tao-te-king (le Livre de la Voie et de la Vertu) qui se compose de cinq mille mots.
Tchoang-tseu, dont le petit nom était Tcheou et le nom honorifique Tseu-hieou ; il était originaire de la ville de Mong, dans le royaume de Thsou. Il était le gardien des jardins d’arbres à vernis. Il a composé le Wan-hoa-king (le Livre sacré de la montagne Wan-hoa-chan).
Le troisième est Sun-tseu, dont le petit nom était Khing ; il était né à Lan-ling, dans le royaume de Thsou. Il a composé l’ouvrage intitulé Sun-tseu, en deux livres.
Le quatrième est Yang-tseu, dont le petit nom était Hiong ; il était né dans le pays de Tch’ing-tou, qui fit partie de l’empire des Han (ce fut la résidence des Han de Chou). Il a composé deux ouvrages, le Tha’i-hiouen-king et le Fa-yen.
Le cinquième est Wen-tchong-tseu, dont le nom de famille était Wang, le petit nom Thong et le nom honorifique Tchong-yen ; il était originaire de Long-men, qui faisait partie de l’empire des Souï. Il acomposé deux ouvrages, le Youen-king et le Tchong-choue ; son nom posthume était Wen-tchong-tseu. — Voici l’idée dominante des cinq philosophes : Lao-tseu méprise la gloire et ne se vante pas de sa vertu. Il place au premier rang le calme, le repos, le non-agir.
Tchoang-tseu, dans un style figuré, méprise le siècle et met au-dessus de tout la retraite et l’abandon du monde.
Sun-tseu étudie la nature de l’homme et sa destinée. Son style est soigné, mais il manque de profondeur.
Yang-tseu imite le I-king ; son style est excellent, mais il n’est pas exempt de défauts.
Wen-tchong-tseu, dans son livre intitulé Tchong-choue, imite le Lun-yu, mais on juge qu’il est loin d’en approcher. On compare au Tch’un-thsieou son ouvrage appelé Youen-king, mais l’auteur y exalte les Weï du nord qui ont usurpé le trône des Tsin, ce qui est contraire à l’esprit du Tch’un-thsieou. Les étudiants doivent en examiner le style et en emprunter les idées, mais il ne faut pas qu’ils s’attachent aux expressions.
Strophe 79
經子通,讀諸史
Quand vous connaissez à fond les livres canoniques et les philosophes, lisez les historiens.
Strophe 80
考世系,知終始
Examinez la suite des générations ; apprenez à connaître leur commencement et leur fin.
Notes de Stanislas Julien
Quand on connaît a fond les King (les Livres classiques et canoniques) et les philosophes, on peut lire les historiens. Les livres d’histoire racontent la paix et les désordres d’un royaume, sa splendeur et sa décadence. C’est là qu’on peut voir la prudence ou la folie des princes, le tableau des dynasties successives, les dates de leur commencement et de leur fin.
Les histoires sont de deux genres. Tantôt elles sont générales, tantôt particulières. Les histoires particulières racontent les faits qui se rapportent à une seule dynastie, comme l’histoire des Han, des Tsin, etc. Les histoires générales rapportent les événements anciens et modernes, comme le Thong-kien-kang-mou, etc.
Dans les histoires particulières, on trouve la biographie des princes et des notices historiques sur les personnages remarquables. Pour ce qui regarde l’administration, on y voit des mémoires (tchi) et des tables (piao). Le Thong-kien (le Miroir général de l’Histoire) rapporte les faits dans un ordre chronologique, et il puise les événements dans les histoires particulières.
Strophe 81
自羲農,至黃帝。號三皇,居上世
Fo-hi, Chin-nong et Hoang-ti s’appellent les trois Hoang ou les trois rois-honorables ; ils ont vécu dans la haute antiquité.
Notes de Stanislas Julien
Littéralement : Depuis Hi, Nong, jusqu’à Hoang-ti, s’appellent les trois Hoang.
Quoiqu’il y eût déjà des princes et des chefs dans les premiers âges du monde, il n’est pas possible de les faire connaître en détail. C’est pourquoi Sse-ma-thsien, lorsqu’il a composé le Sse-ki (ses Mémoires historiques), a commencé par Fo-hi. Thaï-hao, surnommé Fo-hi, inventa les caractères, et commença par tracer les huit figures symboliques appelées les Koua. On le regarde comme le père des connaissances humaines.
Yen-ti, surnommé Chin-nong, inventa la houe et la herse ; il apprit aux hommes a cultiver les cinq espèces de grains, et leur fournit les moyens de se nourrir.
Hoang-ti, surnommé Yeou-hiong-chi, fabriqua des vêtements et forma les hommes aux rites et à la politesse ; la civilisation fit des progrès remarquables, et il y eut une grande abondance de toutes choses. Ils sont considérés comme les modèles de tous les âges. Les générations suivantes les ont honorés par-dessus tous, et, dans les règlements qui concernent les sacrifices, on donne à Fo-hi, à Chin-nong et à Hoang-ti le nom de San-hoang (les trois augustes souverains). Sse-ma-thsien les a placés dans la première partie de ses mémoires, et ils figurent ainsi en tête des empereurs et des rois de la haute antiquité.
Strophe 82
唐有虞,號二帝。相揖遜,稱盛世
Thang (Yao) et Yeou-yu (Chun) sont appelés les deux Ti ou les deux empereurs.L’un céda l’empire à l’autre en le saluant ; on les a qualifiés d’illustre génération.
Notes de Stanislas Julien
[En mandchou : Wesikhoun-dchalan seme toukiekhebi : On les loue en disant que c’était une illustre génération.]
Le fils de Hoang-ti, Chao-hao, surnommé Kin-thien-chi, régna quatre-vingt-quatre ans.
Le petit-fils de Hoang-ti, Tehouen-hio, surnommé Kao-yang-chi, régna soixante-quinze ans.
Ti-ko, surnommé Kao-sin-chi, régna soixante-dix ans. En les joignant à Yao et Chun, on les appelle Ou-ti (les cinq empereurs). Si l’auteur ne nomme ici que Yao et Chun, c’est qu’ils l’ont emporté sur les autres par leurs mérites et leur vertu. L’empereur Yao, surnommé Thao-thang-chi, dont le nom honorifique était Fang-hiun (l’homme aux mérites immenses), était le fils cadet de Kao-sin. Comme Ti-tch’i, son frère aîné, était un homme sans principes, les princes feudataires le destituèrent et mirent sur le trône Yao. Il devint empereur après avoir été prince du Thang. Dans l’origine, il avait obtenu la principauté de Thao ; c’est pour cette raison qu’on le surnomma Thao-thang-chi. Yao était un prince humain comme le ciel et intelligent comme les Esprits. Il avait un mérite si éminent, si sublime que le peuple ne put lui donner un nom digne de lui. Il régna soixante-douze ans. Comme il avait un fils dégénéré, il chercha un sage et céda l’empire a Yu-chi, connu sous le nom de Ti-chun (l’empereur Chun). Yeou-yu-chi, nommé Tchong-hoa, descendait de l’empereur Hoang-ti. Quoique son père fût stupide et sa mère acariâtre, par sa piété filiale, il put les amener à la concorde. Il se livra à l’agriculture, à la fabrication de la poterie et à la pêche. Sa vertu étant devenue plus brillante de jour en jour, le Sse-yo (l’intendant des quatre montagnes sacrées) le présenta à Yao qui lui donna ses deux filles en mariage et le mit à la tête de tous les magistrats ; ensuite, il lui céda son trône. Il choisit des sages qu’il éleva aux emplois, sous les titres de Kieou-kouan (les neuf magistrats), Chi-eul-mou (les douze surintendants), Pa-youen (les huit chefs), Pa-khaï (les huit hommes d’un caractère doux). Il mit à mort quatre grands criminels[15]. Il ordonna à Yu de régler le cours des eaux et mit le comble à ses mérites. Après avoir régné soixante et un ans, il céda l’empire à Yu. Sous le règne de Thang et de Yu (de Yao et de Chun), tout le peuple vécut dans la paix et la bonne harmonie. L’un céda l’empire a l’autre, en le saluant. On peut les qualifier d’illustre génération.
À partir du règne de Hoang-ti, on commença à pouvoir compter les années. Depuis Hoang-ti jusqu’à l’empereur Chun, il y a eu six générations dont la durée embrasse un espace de quatre cent quatre-vingts ans.
Strophe 83
夏有禹,商有湯。周文王,稱三王
Yu, de la dynastie des Hia ; Thang, de la dynastie des Chang ; Wen et Wou[16], de la dynastie des Tcheou, sont appelés les Trois Wang (rois).
Notes de Stanislas Julien
Les deux Ti (les deux empereurs Yao et Chun) régnèrent avec gloire et furent les modèles des souverains. Ceux qui continuèrent leur règne glorieux furent les Trois rois.
Yu fut le premier prince des Hia à qui l’on décerna le titre de Wang (roi). Le mot Yu veut dire « celui qui a reçu la cession du trône et qui a accompli de grandes choses. »
Les Hia eurent pour successeurs les Chang, dont le premier roi fut Thang (Tch’ing-thang). Le mot Thang veut dire « celui qui a expulsé tous les criminels et fait cesser la tyrannie. »
Les Chang eurent pour successeurs les Tcheou, qui eurent deux grands rois Wen et Wou (Wen-wang[17] et Wou-wang). Wen était le père de Wou. Celui qui a pénétré la nature s’appelle Wen[18]. Wen-wang était le fils de Wen-wang. Celui qui attaque les hommes cruels et délivre le peuple s’appelle Wou. Ces trois hommes ont été les fondateurs de trois maisons régnantes ; c’est pourquoi on les appelle (par excellence) les Trois rois (San-wang) Yao et Chun, Yu, Thang, Wen et Wou, ces deux Ti (empereurs) et ces trois Wang (rois) ont succédé au Ciel, et ont fondé le pouvoir suprême. Aussi sont-ils considérés comme les précepteurs des princes de toutes les générations.
Strophe 84
夏傳子,家天下
Les Hia transmirent (le trône) à leurs fils, et considèrèrent l’empire comme un bien de famille.