San-Tseu-King

Le Livre de phrases de trois mots

Classique de la Chine ancienne. Traduction de Stanislas Julien, Genève, H. Georg, 1873. Texte du domaine public, d'après Wikisource.

Strophe 37

On dit la joie et la colère, on dit la tristesse et la crainte.

Strophe 38

L’amour, la haine, le désir ; alors les sept affections de l’âme sont complètes (sont complètement énumérées).

Notes de Stanislas Julien

Dès que l’homme est né, il ne tarde pas à avoir de la connaissance ; dès qu’il a de la connaissance, les sept affections de l’âme naissent au fond de son âme. Les hommes prudents et les sots, les sages et les hommes vicieux y sont tous sujets ; les sages et les saints peuvent seuls les gouverner convenablement. Celui qui les emploie d’une manière convenable, devient un sage ; celui qui les emploie dans un but personnel, devient un homme vulgaire ; celui qui les emploie dans un but coupable, devient un homme vicieux. Les hommes doivent suivre la raison et réprimer leurs désirs. Peuvent-ils manquer de veiller sur eux-mêmes ?

Strophe 39

La courge, la terre, le cuir, le bois, la pierre, le métal.

Strophe 40

La soie et le bambou donnent huit sons (différents).

Notes de Stanislas Julien

Littéralement : Sont les huit sons, c’est-à-dire servent à fabriquer les huit instruments de musique. La calebasse p’ao sert à fabriquer les instruments appelés seng et yu…

Le mot thou (terre) désigne un vase ou instrument en terre (cuite). La terre (cuite) sert à fabriquer les instruments appelés yiouen et tch’i.

Le mot ke, désigne la peau de bœuf ; elle sert à fabriquer des tambours.

Le mot mo, désigne les instruments de musique en bois, comme le tchou et le yu.

Le mot chi, pierre, désigne les instruments en pierre de jade, comme le khing.

Le mot kin, désigne les instruments en métal fondu, tels que les cloches.

Le mot sse, désigne les cordes de soie ; on l’emploie pour les instruments appelés kin et se.

Le mot tchou, bambou, désigne les flûtes appelées kouan et yo. On emploie le bambou pour fabriquer les instruments siao (flûte de Pan) et ti. Ces huit instruments de musique (litt. : la musique de ces huit sons) ont été inventés par Yong-youen, l’un des ministres de l’empereur Hoang-ti. Les cinq empereurs et les trois rois avaient chacun une musique particulière, dont on se servait dans les sacrifices offerts au Chang-ti (au suprême maître du ciel) et aux génies, dans les offrandes aux ancêtres, dans les repas donnés aux hôtes distingués. Les festins où les grands se portaient mutuellement des santés ou y faisaient raison, en versant le vin à flots, n’auraient pas eu d’éclat sans la musique ; on ne pouvait monter ou descendre, saluer ou céder le pas sans être guidé par la musique. Les accords alternatifs de la musique répandaient l’harmonie et la joie, inspiraient la sincérité, pénétraient la nature et les sentiments des hommes, contribuaient a la majesté du prince et a la beauté des cérémonies. C’est ce qui fait dire que lorsque les rites et la musique sont complets, ils donnent au gouvernement toute sa perfection. On voit par ce qui précède combien était grand et important l’emploi de la musique. Aussi les anciens disaient que l’on ne peut se passer un seul instant des rites et de la musique (litt. : que les rites et la musique ne doivent pas être éloignés un seul instant de notre personne).

Strophe 41

Du trisaïeul au bisaieul, à l’aïeul, au père et à moi.

Strophe 42

De moi à mon fils ; de mon fils à mon petit-fils.

Notes de Stanislas Julien

On parle ici de l’ordre des neuf générations. Qu’entend-on par les neuf générations ?

1° Kao-tsou, le trisaïeul. Le mot kao veut dire extrêmement élevé ; c’est l’aïeul de l’aïeul. Tous les descendants du trisaïeul sont regardés comme étant de la même famille ; ils se reconnaissent pour parents dans les cinq degrés du deuil.

2° Tseng-tsou, le bisaïeul ; c’est l’aïeul du père.

3° Tsou, l’aïeul, qu’on appelle tantôt Ta-fou (grand père), tantôt Wang-fou (litt. : roi-père) ; c’est le père du père.

4° Fou, le père, qu’on appelle tantôt Kia-kiun (le prince de la famille), tantôt Yen-kiun (le prince respectable) ; ce sont des termes de respect.

Quand le père est défunt, on l’appelle Khao. (Suivant le dictionnaire Chi-ming, « Khao » signifie celui qui a achevé, fini sa tchong-ming).

La mère défunte s’appelle Pi (semblable, comparable). On veut dire que sa vertu est comparable à la vertu parfaite du père défunt.

5° La cinquième génération, c’est « moi » ; ma compagne s’appelle Thsi, femme légitime ; les femmes de second rang s’appellent Tsie (concubines).

6° Tseu, le fils, né d’une femme légitime ou concubine. Le fils de la femme légitime s’appelle Ti (fils légitime) ; les fils nés d’une femme de second rang s’appellent Chou-tseu (en mandchou : Dalbaï dchoui, fils d’une branche latérale).

7° Sun, le petit-fils, c’est le fils du fils.

Suivant le dictionnaire Choue-wen, le mot Sun se compose du mot tseu fils, et du mot hi, continuer. On veut dire par là que le petit-fils continue la descendance du chef de la famille.

Strophe 43

Du fils au fils, jusqu’à l’arrière-petit-fils et à son fils[2].

Strophe 44

Notes de Stanislas Julien

Ceux qui descendent de moi, sont mon fils et mon petit-fils ; les descendants de mon fils et de mon petit-fils, sont mon arrière-petit-fils et le fils de ce dernier.

8° La huitième génération s’appelle Tseng-sun, l’arrière-petit-fils ou le fils du petit-fils.

9° La neuvième génération s’appelle Hiouen-sun, c’est le petit-fils du petit-fils.

Depuis le Kao-tsou, le trisaïeul, jusqu’au Hiouen-sun (le fils du petit-fils), on compte neuf générations. Les personnes, issues de ces neuf générations, s’appellent Khieou-tso. Le mot tso veut dire « multitude » (tchong). Les enfants qui naissent dans l’intervalle de ces neuf générations étant fort nombreux, se distinguent entre eux par la proximité ou l’éloignement de la parenté.

Le mot lun signifie ordre, rang. Les rangs des personnes nobles ou de basse condition sont nettement déterminés et ne peuvent être confondus. Comme tous les proches parents, les frères aînés et cadets, du père (les oncles), les neveux, les fils, les petits-fils, procèdent tous, comme d’une même source, de l’ordre social établi par le ciel ; on doit estimer, fortifier (cet ordre social) et point le laisser s’affaiblir.

Strophe 45

L’affection du père pour le fils, la soumission de la femme à son mari.

Strophe 46

L’amitié de l’aîné pour le cadet, le respect du cadet pour l’ainé.

Strophe 47

La subordination des jeunes aux personnes plus âgées, (l’affection) des amis pour les camarades.

Strophe 48

La gravité imposante du prince, la droiture du ministre.

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