San-Tseu-King

Le Livre de phrases de trois mots

Classique de la Chine ancienne. Traduction de Stanislas Julien, Genève, H. Georg, 1873. Texte du domaine public, d'après Wikisource.

Strophe 49

Voilà les dix devoirs qui obligent tous les hommes.

Notes de Stanislas Julien

Les cinq paragraphes ci-dessus ne présentent aucune difficulté ; je m’abstiendrai de traduire les gloses chinoises qui s’y rapportent. Je ferai observer qu’il n’y a ici que huit devoirs ; l’auteur a omis la piété filiale et le bon accord du mari avec sa femme.

Le Livre des Rites, au chapitre Li-yun, donne exactement les dix devoirs, mais en termes quelquefois différents : 1° L’affection du père pour son fils ; 2° la piété filiale du fils ; 3° l’amitié du frère aîné pour le frère cadet ; 4° le respect du frère cadet pour le frère aîné ; la justice du mari ; 5° l’obéissance de l’épouse ; 7° la bonté des personnes âgées pour les jeunes ; 8° la soumission des jeunes aux personnes âgées ; 9° l’humanité du prince ; 10° la droiture du ministre.

Le mot « King » vulgo respect (309) pouvait laisser des doutes. J’en ai tiré le sens de cette phrase du commentaire : Le prince doit siéger sur son trône d’un air grave, sévère, imposant et redoutable (en mandchou : Senggouwe tchouke).

Dans le paragraphe (304-306), litt. : « Amis avec camarades, » l’auteur a omis le sentiment qui unit les amis à leurs camarades. La traduction mandchoue a suppléé le mot sain, qui, comme le mot chen, par lequel on le traduit, signifie ici, attachement, bon accord. Nous voyons dans le dictionnaire King-tsie-tsouan-kou, liv. 46, f. 1, que chen (vulgo bonus) signifie aussi ho, vivre en bonne harmonie avec quelqu’un, et thsin, aimer quelqu’un.

Strophe 50

Tous ceux qui instruisent les enfants doivent expliquer les caractères et en approfondir le sens.

Strophe 51

Examiner l’étymologie des mots expliqués, et marquer clairement les membres de phrases et la ponctuation.

Strophe 52

Ceux qui étudient doivent avoir un commencement.

Notes de Stanislas Julien

C’est-à-dire un premier objet d’étude. Ils doivent commencer par un livre facile, pour arriver plus tard à comprendre les livres plus difficiles et plus profonds. Ce premier livre est le Siao-hio, le livre de la petite école (litt. : la petite école ; en mandchou, adsige tatchikô).

Strophe 53

Quand le Siao-hio (le livre de la petite école) est fini, ils arrivent (passent) aux Sse-chou (les Quatre livres classiques.)

Notes de Stanislas Julien

Dans l’antiquité, quand un garçon avait huit ans, il entrait alors dans la petite école (Siao-hio) ; on lui enseignait la manière d’arroser la chambre et de la balayer, de répondre, de s’avancer et de se retirer, les rites, la musique, le tir de l’arc, la conduite d’un char, l’écriture et le calcul, on leur expliquait le sens (des textes qui se rapportaient à ces six arts), afin qu’ils le gravassent dans leur mémoire. C’est pourquoi lorsque Tchou-hi a composé le livre appelé Siao-hio, son objet principal a été de poser les fondements de l’éducation.

L’exposition lucide des relations sociales et le respect de soi-même forment la partie principale de l’ouvrage ; l’examen des belles actions des anciens en sont la partie accessoire.

Dès que les jeunes étudiants ont expliqué clairement le livre siao-hio de Tchou-hi, ils peuvent aborder sans difficulté les Sse-chou, (les Quatre livres classiques). Les Sse-chou sont le Lun-yu (le livre des entretiens), l’ouvrage du philosophe Meng-tseu, le Ta-hio (la grande étude) et le Tchong-yong (l’invariabilité dans le milieu). Ces livres existent depuis l’antiquité ; Tchou-tseu a réuni des commentaires et a formé l’édition des Sse-chou.

Depuis la dynastie des Thang et des Song, le Lun-yu et le Meng-tseu, le dictionnaire Eul-ya, les deux commentaires historiques de Kong-yang et de Kou-liang (sur le Tchun-thsieou, de Confucius), le Tcheou-li (le Rituel des Tcheou), le Li-ki (le livre des Rites) avec « les cinq King » ou les King furent réunis ensemble sous le titre de Chi-san-king (les Treize King). À cette époque, il y avait peu de personnes qui fissent une étude spéciale du Lun-yu et du Meng-tseu. Le Tchong-yong et le Ta-hio avaient été insérés dans le Li-ki[3]. C’est la que Tchou-hi les a pris ; il les a divisés en chapitres, et les a expliqués phrase à phrase. Il les joints au Lun-yu et au Meng-tseu, et a donné à ces quatre ouvrages le nom général de Sse-chou, les Quatre livres. Depuis qu’ils ont reçu le nom de Sse-chou, les étudiants ont commencé à les étudier d’une manière spéciale, et à connaître la source des principes transmis par les quatre saints hommes Khong-tseu, Yen-tseu, Tsen-sse et Meng-tseu.

Strophe 54

Le Lun-yu (le Livre des Entretiens) contient vingt chapitres.

Notes de Stanislas Julien

Le Lun-yu est un ouvrage dans lequel ont été transmis les principes de l’école de Confucius. Il y avait le Lun-yu de la principauté de Thsi (Thsi-lun) et celui de la principauté de Lou (Lou-lun). Le premier n’est pas parvenu jusqu’à nous. Celui dont l’on fait usage aujourd’hui (litt. : qu’on fait circuler ; en mandchou, yaboubourengge) est le Lun-yu de Lou. Il se compose de deux parties qui renferment ensemble vingt chapitres.

Strophe 55

Les disciples (de Confucius) y ont rapporté ses excellentes paroles.

Notes de Stanislas Julien

Le Lun-yu est un ouvrage où les principaux disciples de Confucius, Tseu-hia, Tseu-tchang, Tseu-yeou, Tseng-tseu, Min-tseu, ont rapporté les paroles et les actions de ce saint homme, ses instructions et ses réponses.

Tchou-tse a fait un commentaire sur cet ouvrage qu’il a placé en tête des Quatre livres classiques[4].

Strophe 56

L’ouvrage de Meng-tseu n’a que sept chapitres.

Notes de Stanislas Julien

Mot à mot : Sept — chapitres — s’arrête ; c’est-à-dire : « Est fini après le septième chapitre. »

Strophe 57

Il raisonne sur la (droite) voie et la vertu ; il parle de l’humanité et de la justice.

Notes de Stanislas Julien

Meng-tseu, à l’époque appelée Tchen-koue (l’époque où les différentes principautés étaient en guerre), voyagea dans les royaumes de Thsi et de Liang, pour donner des conseils aux princes feudataires[5]. Comme ses principes n’étaient point mis en pratique, il se retira et alla s’établir dans le royaume de Tseou. Ses disciples Kong-sun-tch’eou et Wan-tchang ont publié l’ouvrage de Meng-tseu, dont la première et la seconde partie se composent ensemble de sept chapitres.

Le mot tao (la voie) désigne la grande voie (de la morale) que tout l’empire a suivie depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Le mot te (vertu) signifie la vertu du cœur que pratiquent les sages et les saints.

L’humanité voit l’empire se soumettre, sans qu’elle s’en attribue le mérite.

La justice voit l’empire accourir vers elle, sans chercher à en profiter personnellement. Meng-tseu respecte les rois et méprise les chefs des princes feudataires ; il conserve la raison qui émane du ciel, et étouffe les passions humaines ; il honore les dignités établies par le ciel, et il méprise les grands. Il ne propose aux princes que les exemples des empereurs Yao et Chun ; dans ses discussions, il n’admet que les paroles qui ont trait à l’humanité et à la justice.

Strophe 58

L’auteur du Tchong-yong (l’Invariabilite dans le milieu) se nommait Khong-ki.

Strophe 59

Ce qui est au milieu n’incline d’aucun côté ; ce qui est invariable ne change pas.

Notes de Stanislas Julien

Khong-ki était le petit-fils de Confucius : il était fils de Pe-yu, et était surnommé Tseu-sse. Les lettrés de notre époque l’honorent comme étant successeur du saint homme (de Confucius). Il a composé l’ouvrage appelé Tchong-yong (l’invariabilité dans le milieu), qui se compose de trente-trois chapitres.

Observer le juste milieu, c’est ne pécher ni par excès ni par défaut.

Le mot yong signifie ce qui est constant, invariable. L’auteur enseigne la conduite morale que l’homme doit observer tous les jours de sa vie, et dont il ne doit pas s’écarter un seul instant. Sa doctrine est vaste et ses principes sont très-subtils. C’est ce qui a fait dire : La voie du sage est à la fois large et cachée[6].

Strophe 60

L’auteur du Ta-hio s’appelait Tseng-tseu.

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