San-Tseu-King

Le Livre de phrases de trois mots

Classique de la Chine ancienne. Traduction de Stanislas Julien, Genève, H. Georg, 1873. Texte du domaine public, d'après Wikisource.

Strophe 61

Partant de notre amélioration personnelle et du bon ordre à établir (dans la famille), il arrive aux moyens de pacifier et bien gouverner l’empire.

Notes de Stanislas Julien

Tseng-tseu, nommé Sen et surnommé Tseu-yu, était un disciple de Confucius. Il nous a transmis d’un bout à l’autre la doctrine de Confucius. Les étudiants, pour lui faire honneur, l’appellent Tsong-ching, le successeur du saint homme, c’est-à-dire de Confucius[7]. C’est lui qui a composé le Ta-hio. Par Ta-hio, on entend l’Étude des hommes faits.

Ce livre est le premier et le plus importants dont les étudiants doivent s’occuper. Tchou-tseu l’a divisé en dix parties. C’est ce qui l’a fait appeler la porte par laquelle les jeunes étudiants arrivent à la vertu. Pour ce qui regarde la doctrine de Confucius, Tseng-tseu est le seul qui en ait obtenu les principes fondamentaux. Tseu-sse a puisé son instruction dans les enseignements de Tseng-tseu, et Meng-tseu a étudié sous la direction de Tseu-sse[8].

Dans cet ouvrage, l’auteur parle d’abord de Confucius et de Meng-tseu, et passe ensuite à Tseu-sse. Pourquoi a-t-il mis Tseng-tseu à la dernière place ? Peut-être que dans ce livre on a uniquement suivi la classification qui était établie de son temps.

Quant au Lun-yu et au Meng-tseu, il y en avait déjà des éditions dont le texte était invariablement arrêté.

Le Tchong-yong et le Ta-hio ont été extraits du milieu des chapitres du Li-ki. Le Tchong-yong forme le trente-unième chapitre du Li-ki et le Ta-hio le quarante-deuxième.

Tchou-tseu, après les avoir pris dans le Livre des Rites, les a divisés en chapitres et en phrases, et les a mis au nombre des Sse-chou (des Quatre livres). Ainsi s’explique le classement qu’on a adopté.

Strophe 62

Quand on a bien compris le Hiao-King (le livre de la Piété filiale), et appris par cœur les Quatre livres classiques, on commence à être en état de lire les Cinq king (livres canoniques).

Notes de Stanislas Julien

On indique ici l’ordre qu’on doit suivre dans ses lectures. Le Hiao-king est un des anciens livres appelés Chi-san-king, les Treize King. Tseng-tseu, en rapportant les demandes et les réponses de Confucius, a composé en vingt chapitres le Hiao-king, pour mettre en lumière les principes de la piété filiale.

Dès que les étudiants ont appris par cœur les Quatre livres classiques, ils doivent d’abord lire le Hiao-king, pour apprendre les devoirs imposés aux fils. Après cela, procédant par ordre, ils doivent lire les Six livres canoniques (Lou-king).

Strophe 63

Notes de Stanislas Julien

Le Livre des Vers (Chi-king), le Livre des Annales impériales Chou-king, le Livre des Changements (I-king), les Rituels (Li-ki et Tcheou-li), et la Chronique nommée « le Printemps et l’Automne » (Tch’un-thsieou).

Strophe 64

S’appellent les Six king, ou Livres canoniques qu’il faut expliquer et approfondir.

Notes de Stanislas Julien

Anciennement[9], le Tcheou-li, ou Rituel des Tcheou, avait été mis au nombre des Six king. Maintenant qu’on en a retiré le Tcheou-li, il ne reste plus que Cinq king (Ou-king).

Strophe 65

Il y a le Lien-chan, le Koueï-thsang.

Strophe 66

Et le Tcheou-i. Ces trois genres de I-king doivent être étudiés avec soin.

Notes de Stanislas Julien

[On lit en mandchou : Étudiez minutieusement ces trois genres de I-king. Litt. : le I-king des trois espèces : Ilan khatzin i i ging be narkhôcha.]

Il est singulier qu’on recommande ici l’étude approfondie de ces trois genres de I-king, puisque, suivant le commentaire, les deux premiers ont été brûlés par ordre de Thin-chi-hoang-ti.

L’étude du I-king ou livre des Changements s’applique à trois ouvrages différents. Le premier s’appelle Lieu-chan ; c’est le I-king de l’empereur Fo-hi. Il commence par le mot (le koua) ken, qui est l’image des montagnes.

Le deuxième s’appelle Kouei-thsang ; c’est le I-king de l’empereur Yen-ti. Il commence par kouen (le koua kouen), qui est l’image de la terre.

Le troisième s’appelle Tcheou-i ; c’est le I-king de Wen-wang. Il commence par khien (le koua khien), qui est l’image du ciel. Les deux I-king appelés Lien-chan et Koueï-thsang ont été brûlés par l’ordre de Thsin-chi-hoang-ti, de sorte qu’on n’a plus le moyen de les examiner.

Le I-king dont on fait usage aujourd’hui est le Tcheou-i ou le I-king des Tcheou. Les images des soixante-quatre (figures symboliques) appelées koua, addition, datent du règne de Fo-hi. Les parties appelées Koua-thse, Tchouen-thse, ont été composées par l’empereur Wen-wang.

La partie intitulée Hao-thse a été composée par Tcheou-kong.

Les parties appelées Koua-siang (images des Koua), Hiao-siang (images des Lignes croisées), Wen-yen (paroles littéraires) et les deux livres de la section Hi-thse (explications attachées au texte), ont été composés par Confucius.

Après avoir passé par les mains de ces quatre saints hommes, le I-king a eu toute la perfection désirable. Les lettres qui ont commenté le I-king sont trop nombreux pour qu’on puisse les citer tous. Les éditions dont on fait usage aujourd’hui sont Tching-tseu-i-tch’ouen (le Commentaire de Tching-tseu sur le I-king) et Tchou-tseu-pen-i (le Sens fondamental du I-king, par Tchou-tseu).

Les Thsin ont brûlé le Chi-king et le Chou-king, mais le I-king a échappé à la destruction générale parce qu’il servait à consulter les figures symboliques appelées koua.

Strophe 67

Les lois et les conseils, les instructions et les proclamations.

Strophe 68

Les serments solennels et les décrets sont les parties les plus profondes du Chou-king.

Notes de Stanislas Julien

Il y avait quatre sortes de Chou-king : c’étaient les livres historiques des quatre dynasties des Yu, des Ha, des Chang et des Tcheou.

Les mots tien, mo, hiun, kao, chi, ming, sont tous des noms de chapitres du Chou-king.

Le mot tien, signifie constant, immuable. Il désigne ici un écrit qui renferme les ordres donnés aux empereurs et aux rois ; tels sont le Yao-tien et le Chun-tien (Ier et IIMe chapitres).

Le mot mo, veut dire conseils. Dans certains chapitres, de grands ministres donnent des conseils au souverain, pour l’aider à bien gouverner ; tels sont les chapitres Fa-yu-mo (conseils du grand Yu), I-tsi-mo (conseils de I-tsi).

Le mot hiun, signifie instruire, instructions. De grands ministres instruisent et dirigent leur prince dans les circonstances difficiles ; telles sont les instructions de I-in (I-hiun).

Le mot kao, signifie avertissement. L’empereur publie ses ordres et ses édits et les fait connaître à tout l’empire, pour répandre les nouvelles mesures de l’administration ; tels sont les chapitres Tchong-hoeï-tchi-kao (les Avertissements de Tchong-hoeï) ; Ta-kao (les grands Avertissements) ; Khang-kao (Avertissements donnés à Khang-cho) ; Tchao-kao (Avis donnés par Tchao-kong) ; Thsieou-kao (Avis sur l’usage du vin).

Le mot chi, veut dire sin, fidélité à tenir sa parole (sic). Le prince des hommes voulant infliger avec respect les châtiments prescrits par le ciel, ordonne aux généraux de jurer devant l’armée qu’ils distribueront fidèlement les récompenses et les peines. Tels sont les chapitres Kan-chi, Thang-chi, Thaï-chi, Mi-chi, Thsin-chi.

Le mot ming, signifie ordres. Le prince donne ses ordres à ses grands ministres ; tels sont les chapitres intitulés Fou-youe-ming, Weï-tseu-tchi-ming, Kou-ming, Wen-heou tchi-ming.

Dans l’antiquité, l’historiographe de la gauche notait les faits ou les événements, et celui de la droite notait les paroles ; par exemple les événements racontés dans le Tch’un-thsieou (la Chronique du royaume de Lou), les discours rapportés dans le Chou-king. Ces livres étaient conservés dans le palais. C’est pourquoi on l’appelait encore Chang-chou.

Cette explication du mot Chang-chou n’est pas d’accord avec celle que donne l’ancienne préface du Chou-king : Chang, veut dire ancien. On veut dire que ce livre vient des générations anciennes (Chang-taï), c’est-à-dire de la haute antiquité ; voilà pourquoi on l’appelle Chang-chou (Dictionnaire de Khang-hi).

Confucius abrégea les livres de quatre dynasties, et en forma cent chapitres, mais il nous en reste à peine la moitié. Dans la suite des temps, l’empereur des Thsin fit brûler les livres sacrés (King-chou). Sous le règne de l’empereur Wen-ti, de la dynastie des Han, on ordonna, par un décret impérial, de chercher les livres (qui avaient échappé à l’incendie). Un vieux lettré nommé Fou-seng, qui était âgé de quatre-vingt-dix ans, récita de mémoire cinquante-huit chapitres du Chou-king.

Sous le règne de Wou-ti, Kong-wang, prince de Lou, de la famille impériale, ayant démoli un vieux mur de la maison de Confucius, y trouva le Chang-chou qu’y avait caché ce philosophe. Ce texte ne différait pas de celui qu’avait fourni Fou-seng. Thsaï-tch’in, l’un des disciples de Tchou-tseu, a composé un grand commentaire sur le Chou-king, et, comme on avait extrait ce livre d’un mur de Confucius, on l’appelle aussi Pi-king (le livre du mur).

Strophe 69

Notre Tcheou-kong a composé le Rituel des Tcheou.

Strophe 70

Il a établi six magistrats et a conservé dans ce livre les principes essentiels de l’administration.

Notes de Stanislas Julien

Le Tcheou-li, ou Rituel des Tcheou, a eu pour auteur Tcheou-kong. Son nom de famille était Ki ; c’est pourquoi on l’appelle aussi Ki-kong. Il était fils de Wen-wang. Le Tcheou-li renferme les règlements établis sous la dynastie des Tcheou, pour constituer les magistratures et distribuer les emplois. Il y avait le Thien-kouan, magistrat du ciel, qu’on appelait aussi Tchong-tsaï, ou gouverneur suprême ; le Ti-kouan (magistrat de la terre) ou Sse-tou (aujourd’hui ministre des finances) ; le Tch’un-kouan, magistrat du printemps, ou Tsong-pe, c’était le ministre des Rites ; le Hia-kouan, magistrat de l’été, ou Sse-ma, c’était le ministre de la guerre ; le Thsieou-kouan, magistrat de l’automne, ou Sse-keou, c’était le ministre de la justice ; le Tong-kouan, le magistrat de l’hiver, ou Sse-khon, c’était le ministre des ouvrages publics. C’est pourquoi on les a appelés Lou-kouan, les six magistrats (suprêmes) ; c’était comme six Khing (ministres). L’empereur gouvernait les bras croisés[10] ; les six Khing (ministres) distribuaient les emplois aux inférieurs, et les lois se répandaient en tous lieux. Quand tous les règlements eurent été classés et établis, les affaires publiques furent bien ordonnées, l’administration prit un cours régulier, et l’empire put jouir de la paix.

Les Thsin ayant détruit le Chi-king (livre des vers) et le Chou-king (le livre des Annales impériales), on ne fit plus usage du Rituel des Tcheou. Quand Wen-ti, de la dynastie des Han, eut ordonné de faire chercher les livres, cet ouvrage commença a revoir le jour ; mais, comme le chapitre intitulé Tong-kouan (le magistrat de l’hiver) était perdu, les lettrés des Han l’ont remplacé par le chapitre Khao-kong-ki (Mémoire où l’on examine les différents travaux). Sous la dynastie des Song, on se servit du Tcheou-li dans les concours établis pour choisir les lettrés ; mais, aujourd’hui, on n’en fait plus usage.

Strophe 71

Taï l’aîné et Taï le jeune ont commenté le Livre des Rites.

Strophe 72

Quand on y eut rapporté les paroles des Saints (des Sages), les rites et la musique[11] se trouvèrent complets.

Notes de Stanislas Julien

Si le Li-ki n’est pas appelé King (livre canonique), c’est que les cinq King (les cinq livres canoniques) ont tous été rédigés par de saints hommes eux-mêmes. Ce sont des lettrés des siècles suivants qui ont composé cet ouvrage en y rapportant les paroles des premiers saints, c’est-à-dire des sages les plus éminents de l’antiquité. Voilà pourquoi on l’appelle Ki (mémoire) et non King (livre canonique). Taï l’aîné était un lettré du temps des Han, nommé Taï-te ; Taï le jeune, ou Taï-ching, était le fils du frère aîné de Taï-te. Taï-te ayant rassemblé les anciens livres sur les rites et la musique, qui formaient cent quatre-vingt chapitres, les abrégea et réduisit à quatre-vingt-cinq chapitres. C’est ce qu’on nomme aujourd’hui Ta-taï-li-ki, le Livre des Rites de Taï l’aîné. Taï le jeune les réduisit encore à quarante-neuf chapitres. Le Ta-hio (le livre de la grande école) et le Tchong-yong (l’invariabilité dans le milieu), ont été joints aux chapitres du Li-ki. Tch’in-hao, lettré du siècle des Youen (empereurs mongols de la Chine), a fait sur le Li-ki un grand commentaire intitulé Li-ki-tsi-tchoue. Le Li-ki, de Taï l’aîné n’est plus en usage aujourd’hui ; on ne se sert que du Li-ki de Taï le jeune, que l’on a mis au nombre des cinq King, ou des cinq livres canoniques.

Partager cette page

Qui tient ce site ?

Chine Informations est en ligne depuis 2001. Je l'entretiens bénévolement depuis le début, sur mon temps libre. Marié à une Chinoise, j'ai pour ce pays une curiosité qui ne m'a jamais quitté, et ce site est l'endroit où je la partage : la langue, l'histoire, la cuisine, les voyages, l'actualité.

Tout y est gratuit, et le restera : le dictionnaire, les cours de mandarin, les outils, les prénoms, les archives du forum. Il n'y a derrière ni entreprise ni rédaction, seulement du temps donné, un peu chaque jour.

La publicité couvre une partie des frais, pas la totalité. Si le site vous a rendu service, un don même modeste aide à le garder en ligne et à continuer de l'enrichir. Rien n'est obligatoire : il restera ouvert et complet dans tous les cas.

Soutenir le site

Merci de votre visite. 谢谢 !
David Houstin