San-Tseu-King
Le Livre de phrases de trois mots
Classique de la Chine ancienne. Traduction de Stanislas Julien, Genève, H. Georg, 1873. Texte du domaine public, d'après Wikisource.
Strophe 109
二十傳,三百載
Après une succession de vingt règnes qui durèrent trois cents ans.
Strophe 110
梁滅之,國乃改
Les Liang renversèrent les Thang, et l’empire changea de nom.
Notes de Stanislas Julien
Si les Thang obtinrent la possession de l’empire, si Kao-tsou jeta les fondements de cette dynastie, ce fut l’œuvre de son fils Thaï-tsong, qui apaisa les troubles, mit fin aux malheurs publics et extermina ceux qui voulaient usurper le pouvoir. Après lui régnèrent son fils Kao-tsong et Tchong-tsong fils de Kao-tsong, que sa mère Wou-chi détrôna, en s’emparant du pouvoir qu’elle conserva pendant vingt ans. Ensuite il reprit le sceptre qu’il laissa à Jouï-tsong, frère cadet de Tchang-tsong. Ming-hoang, fils de Jouï-tsong, s’étant épris de la princesse Feï-ki, l’empire fut exposé à de grands troubles. ’An-lo-chan attaqua la capitale. L’empereur se retira dans la partie occidentale de Chou, et il fut sur le point de perdre l’empire[46].
Après lui régnèrent Sou-tsong fils de Ming-hoang, Taï-tsong fils de Sou-tsong, Te-tsong fils de Taï-tsong, Chun-tsong fils de Te-tsong, Hien-tsong fils de Chun-tsong, Mou-tsong fils de Hien-tsong, King-tsong, Wen-tsong, Wou-tsong fils de Mou-tsong, Siouen-tsong frère cadet de Mou-tsong, I-tsong fils de Siouen-tsong, Hi-tsong, Tchao-tsong fils de I-tsong et Tchao-siouen fils de Tchao-tsong. Cette dynastie compte vingt générations successives qui ont régné deux cent quatre-vingt-dix-neuf ans ; elle a été détruite par les Liang. L’empire des Thang changea aussitôt de maîtres ; il passa aux mains des Liang.
Strophe 111
梁唐晉,及漢周
Les Liang, les Thang et les Tcheou.
Strophe 112
稱五代,皆有由
S’appellent les cinq dynasties ; toutes eurent leur raison d’être.
Notes de Stanislas Julien
Les maisons des Liang, des Thang, des Tsin, des Han et des Tcheou, qui succédèrent aux Thang, s’appellent les Cinq générations (ou-taï), c’est-à-dire, les cinq dynasties. L’historien officiel a réuni en un seul corps d’ouvrage l’histoire de ces cinq dynasties.
La première de ces maisons s’appelle Liang. Thaï-tsou, nommé Tchou-wen, avait été dans l’origine un chef de brigands[47] (un chef de révoltés). Il se soumit aux Thang et fut nommé Tsie-tchin (gouverneur de province). Bientôt après, il usurpa l’empire des Thang, et établit sa cour à Pien-liang. C’était un homme débauché et sans principes ; il fut tué par son fils Yeou-koueï. Un autre fils de Thaï-tsou, Sun-wang, tua Yeou-koueï et s’empara du trône. Cette dynastie, qui compte deux générations, régna dix-sept ans, et fut détruite par les Thang postérieurs (Heou-thang).
La deuxième s’appelle la dynastie des Thang postérieurs (Heou-thang). Tchoang-tsong, nommé Li-t’sun-tsouï, dont le nom de famille est Tchou-sie, était originaire du pays de Cha-t’o. Un de ses ancêtres, ayant rendu des services à la maison des Thang, avait reçu d’elle le nom de famille Li (surnom des Thang) et avait été nommé prince de Tsin. Tchou-chi, qui avait usurpé le trône des Thang, avait une haine héréditaire contre les Tsin. Il détruisit la dynastie des Liang et devint maître de l’empire. Mais, comme il était adonné au plaisir, il perdit bientôt le pouvoir suprême. Li-sse-youen, qui avait été élevé par son père, le remplaça sur le trône ; il régna sous le nom de Ming-tsong. Celui-ci eut pour successeur son fils Min-ti ; mais Wang-ts’ong-kho son fils, qu’il avait élevé, lui enleva son trône.
Cette dynastie, qui compte quatre générations, régna quinze ans, et fut détruite par les Tsin postérieurs (Heou-tsin).
La troisième dynastie est celle des Tsin postérieurs (Heou-tsin). Kao-tsou, nommé Chi-king-thang, gendre de l’empereur Ming tsong, emprunta les troupes des Liao et détruisit les Thang. Il eut pour successeur son fils Thsi-wang, qui fut renversé par les Liao. Cette dynastie, qui compte deux générations, n’eut que dix ans de règne.
La quatrième est celle des Han postérieurs (Heou-han). Kao-tsou, nommé Lie-tchi-youen, chassa les Liao et remplaça les Tsin. Il eut pour successeur son fils, Yu-ti, qui, après avoir fait périr les grands de son royaume, périt lui-même dans une sédition de l’armée. Cette dynastie, qui compte deux générations, ne régna que quatre ans.
La cinquième dynastie est celle des Tcheou postérieurs (Heou tcheou). Thaï-tsou, nommé Kouo-weï, fut au service des Han, en qualité de gouverneur du pays de Ye. Une sédition ayant renversé l’empereur des Han, il le remplaça sur le trône qu’il transmit à Chi-tsong et Tchaï-yong ses fils qu’il avait élévés. Ce dernier, par la puissance de ses armes, pacifia le Midi et le Nord. Il eut pour successeur son fils Kong-ti, qui céda l’empire aux Song. Cette dynastie, qui compte trois générations, ne régna que dix ans.
Les cinq dynasties dont nous venons de parler, comptent ensemble treize princes, qui ont régné cinquante-trois ans. Dans le même espace de temps, leurs annales ajoutent les années de dix princes, qui, pendant trois générations, se sont chacun rendus maîtres d’un pays particulier, d’une région particulière, savoir : Yang-hing-mi, roi de Wou ; Li-ching, de la maison des Thang du Midi ; Kien, roi de Chou ; Meng-chi-thsiang, de la maison des Chou postérieurs ; Chin-tch’i, roi de Min ; Ma-in, du royaume de Thsou ; Tsien-lieou, du royaume de Wou-youeï ; Lieou-yen, de la maison des Han du Midi, Lieou-tsong, de la maison des Han du Nord ; Kao-ki-hing, du pays de King-nan. Dans les premières années des Song, les Han, les Thang, les Chou, les King et Wou-youeï du Midi, se soumirent tous à la dynastie des Song ; seulement les Khi-tan régnèrent simultanément avec les Song.
Strophe 113
炎宋興,受周禪
Les Song étant montés sur le trône par la vertu du feu[48], reçurent l’empire que leur avaient cédé les Tcheou.
Strophe 114
十八傳,南北混
Après dix-huit successions d’empereurs, le Midi et le Nord furent réunis ensemble.
Notes de Stanislas Julien
C’est-à-dire : Le midi et le nord de la Chine furent réunis ensemble.
Ce furent les Song qui succédèrent aux cinq (petites) dynasties. Les Song s’élevèrent par la vertu (de l’élément) du feu ; c’est pourquoi on les appelle Yen-song (les Song ignés)[49]. Thaï-tsou, dont le nom de famille était Tchao et le petit nom Kouang-yen, reçut le trône que lui avaient cédé les Tcheou, et établit sa cour à Pien- liang. Il eut pour successeurs son frère cadet Thaï-tsong, Tching- tsong fils de Thaï-tsong, Jin-tsong fils de Tchin-tsong, Ing-tsong arrière-petit-fils de Thaï-tsong, Chin-tsong fils de Ing-tsong, Tchetsong et Hoeï-tsong fils de Chin-tsong et Khin-tsong fils de Hoeï-tsong ; en tout, neuf empereurs.
Les Kin, s’étant emparés de la ville de Pien-liang, virent Hoeï-tsong et son fils se soumettre à eux.
Kao-tsong, de la branche des Song du Sud, fils de Hoeï-tsong, établit sa cour à Hang-tcheou. Comme il n’avait point de fils, il transmit le trône à Hiao-tsong neveu au huitième degré de l’empereur Thaï-tsou (fondateur de la dynastie de Song), à Kouang-tsong fils de Hiao-tsong et à son neveu Ning-tsong. Celui-ci n’ayant point de fils, transmit le trône à Li-tsong, descendant de Thaï-tsou à la onzième génération. Après ce dernier, régnèrent Tou-tsong fils de Li-tsong, les fils de Tou-tsong, Kong-ti et Touan-tsong, enfin Ping frère cadet de ce dernier. Cette dynastie, qui compte neuf générations de princes, fut détruite par les Youen (Mongols). Les deux branches des Song comptent dix-huit générations qui ont régné trois cent vingt ans.
Parmi les états du nord, il y en avait un qui avait une origine plus ancienne que les Song, c’était celui des Liao. Son fondateur, Thaï-tsou, eut pour nom de famille Ye-liu et pour nom A-pao-ki. Après lui régnèrent Thaï-tsong, Chi-tsong, Mou-tsong, King-tsong, Ching-tsong, Hing-tsong, Tao-tsong et Thien-tso. Cette dynastie fut détruite par les Kin.
Te-tsong étant monté sur le trône, donna à sa dynastie le nom de Si-liao (les Liao de l’Ouest). Il transmit l’empire à Jin-tsong et Mo-tchou.
Les Liao, qui comptent douze générations de princes, ont régné environ cent soixante-dix ans. Ils furent détruits par les Naï-man.
Après les Liao, régnèrent les Kin, dont le nom de famille était Wan-yen. Thaï-tsou (fondateur de cette dynastie) et dont le nom était Min, détruisit les Liao et établit sa cour à Yen. Il eut pour successeurs Thaï-tsong, Hi-tsong, Tchang-tsong, Weï-wang, Siouen-tsong et Mo-tchou. Cette dynastie, qui compte dix générations, régna cent vingt ans, et fut détruite par les Youen.
Thaï-tsou, fondateur de la dynastie des Youen, avait pour nom de famille Ki-ou-wen ; son nom était Thie-mou-tchin. Il était d’origine mongole. Il eut pour successeur Thaï-tsong, qui, après avoir détruit les Kin, établit sa capitale à Yen. Après lui régnèrent Thaï-tsong son fils, Hien-tsong petit-fils de Thaï-tsou, le frère cadet de Hien-tsong, Chi-tsou, lequel détruisit les Song et réunit ensemble le midi et le nord de la Chine. Il eut pour successeurs son fils Tch’ing-tsong et les neveux de Tch’ing-tsong (Wou-tsong et Jin-tsong), Ing-tsong fils de Jin-tsong, Thaï-tsong neveu de Teh’ing-tsong, les fils de Wou-tsong (Ming-tsong et Wen-tsong) et les fils de Ming-tsong : Ning-tsong et Chun-ti. Cette dynastie, qui compte quatorze générations de princes, régna cent soixante-cinq ans, et fut détruite par les Ming.
Strophe 115
十七史,全在茲
Ce livre embrasse le résumé complet des Dix-sept annales[50].
Notes de Stanislas Julien
Littéralement : Les Dix-sept histoires, complètement, sont dans ceci.
C’est le nombre des histoires officielles qui existaient à cette époque (c’est-à-dire, du temps de Wang-pe-heou, l’auteur du San-tseu-king). :
La première s’appelle Sse-ki ou Mémoires historiques. C’est l’histoire des trois augustes souverains (san-hoang), des cinq empereurs (ou-ti), des trois rois (san-wang)[51] des royaumes de Thsin, de Thsou, jusqu’à l’empereur Wou-ti, de la dynastie des Han. Cet ouvrage a été composé par Sse-ma-thsien, qui vivait sous la dynastie des Han.
La seconde s’appelle Thsien-han-chou (l’Histoire des premiers Han) ; l’auteur est Pan-kou, qui vivait sous les Han.
La troisième s’appelle Heou-han-chou (l’Histoire des Han postérieurs) ; l’auteur est Fan-weï-song, qui vivait sous les Song.
La quatrième s’appelle San-koue-tchi (l’Histoire des trois royaumes) ; l’auteur est Tch’in-cheou, qui vivait sous les Tsin.
La cinquième s’appelle Tsin-chou (l’Histoire des Tsin) ; l’auteur est (l’empereur) Thaï-tsong, de la dynastie des Thang.
La sixième s’appelle Song-chou (l’Histoire des Song) ; l’auteur est Chin-yo, qui vivait sous les Liang.
La septième s’appelle Thsi-chou (l’Histoire des Thsi) ; l’auteur est Siao-tseu-hien, qui vivait sous les Liang.
La huitième s’appelle Liang-chou (l’Histoire des Liang).
La neuvième s’appelle Tch’in-chou (l’Histoire des Tch’in). Ces deux ouvrages ont été composés par Yao-sse-lien, qui vivait sous les Thang.
La dixième s’appelle Pe-weï-chou (l’Histoire des Weï du Nord) ; l’auteur est Weï-cheou, qui vivait sous les Thsi du Nord.
La onzième s’appelle Pe-thsi-chou (l’Histoire des Thsi du Nord) ; l’auteur est Li-pe-yo, qui vivait sous les Thang.
La douzième s’appelle Pe-tcheou-chou (l’Histoire des Tcheou du Nord) ; l’auteur est Ling-hou-te-fen.
La treizième s’appelle Souï-chou (l’Histoire des Souï) ; l’auteur est Weï-tching, qui vivait sous les Thang.
La quatorzième s’appelle Song-thsi-liang-tch’in-nan-chi (l’Histoire de la Chine du midi, pendant les règnes des Song, des Thsi, des Liang et des Tchin).
La quinzième est l’Histoire de la Chine du nord, pendant les règnes des Weï, des Tcheou, des Thsi et des Souï. Ces deux ouvrages ont été composés par Li-yen-cheou, qui vivait sous les Thang.
La seizième s’appelle Thang-chou ; elle a pour auteurs Song-ki et ’Eou-yang-sieou.
La dix-septième s’appelle Ou-taï-chi (l’Histoire des cinq petites dynasties) ; l’auteur est ’Eou-yang-sieou.
L’auteur a donné le résumé des Dix-sept histoires. On le trouve complètement dans ce livre (le San-tseu-king). À la suite de ces Dix-sept histoires, on a publié encore celles des Song, des Liao et des Kin. Leurs auteurs sont To-to, ’Eou-yang-youen et Kie-hi-sse, qui vivaient sous les Youen. On les appelle ensemble Eul-chi ou Nien-i-chi, les Vingt et une histoires. Jusqu’à ce jour, la rédaction de l’Histoire des Ming (Ming-chi) n’est pas encore arrêtée.
Strophe 116
載治亂,知興衰
(Ces histoires) racontent la paix et les troubles civils ; on y apprend l’élévation et la chute des empires.
Notes de Stanislas Julien
L’histoire est la grande règle qui sert à gouverner. Elle présente les causes d’où naissent le bon ordre ou les désordres des États, et elle explique l’élévation ou la chute des dynasties. La paix règne lorsque le souverain suit les bons principes, et le désordre éclate lorsqu’il s’en écarte. C’est ce qui s’est vu constamment depuis la plus haute antiquité.
Strophe 117
讀史書,考實錄
Celui qui lit les annales, doit examiner la vérité des récits.
Strophe 118
通古今,若親目
Il pénètre alors les choses anciennes et modernes, comme (s’il les voyait) de ses propres yeux.
Notes de Stanislas Julien
Quiconque lit les annales, doit les examiner avec l’attention la plus scrupuleuse. Les documents authentiques relatifs à la biographie des souverains et des personnages éminents, diffèrent beaucoup sous le rapport du vrai et du faux, des historiettes et des livres de contes. Alors les sages et les scélérats, la paix et le désordre paraissent au grand jour. Dès qu’on a pénétré les choses anciennes et modernes, comme si on les voyait de ses propres yeux, on est capable de comprendre clairement les expressions subtiles et les idées profondes, et de distribuer à propos l’éloge et le blâme.
Strophe 119
口而誦,心而惟
Lisez-les de bouche, et méditez-les dans votre esprit.
Notes de Stanislas Julien
[En mandchou : Gravez-les dans votre cœur.]
Strophe 120
朝於斯,夕於斯
Occupez-vous-en le matin, occupez-vous-en le soir.
Notes de Stanislas Julien
Plus bas, on enseigne d’une manière générale la manière de lire les livres. Toutes les fois qu’on lit les livres canoniques, les historiens, les philosophes et les recueils littéraires, l’esprit et la bouche doivent être en correspondance parfaite. Si on lit de bouche et qu’on ne grave rien dans son esprit, alors on ne pourra profiter de sa lecture. Si on lit du cœur, sans le secours des lèvres, l’esprit et la volonté ne concourront pas au même but. Si par hasard l’on s’occupe le matin à lire un livre, et que le soir on ne s’en occupe plus, il viendra un temps où l’on négligera ce qu’on a étudié, où l’on perdra ce qu’on avait acquis. Ce n’est pas la manière d’étudier constamment.