San-Tseu-King

Le Livre de phrases de trois mots

Classique de la Chine ancienne. Traduction de Stanislas Julien, Genève, H. Georg, 1873. Texte du domaine public, d'après Wikisource.

Strophe 121

Jadis, Confucius prit pour maitre Hiang-to.

Strophe 122

Les saints et les sages de l’antiquité étudiaient encore avec ardeur.

Notes de Stanislas Julien

Ici et plus loin, on cite les anciens pour encourager ceux qui se livrent à l’étude. Tchong-ni était le nom honorifique de Confucius. La mère de Khong-tseu (Confucius) alla prier sur le mont Ni-khieou, et donna naissance à Khong-tseu (Confucius) ; c’est pourquoi on lui donna le petit nom de Khieou et le nom honorifique de Tehong-ni. Hiang-to était un sage du royaume de Lou ; c’était un saint enfant de l’antiquité ; à l’âge de sept ans, il fut le précepteur de Khong-tseu[52]. Le saint homme (Confucius), bien que possédant des connaissances innées, s’appliquait encore avec ardeur et était passionné pour l’étude. Afin de s’exciter lui-même à l’étude, il avait pris pour maître cet enfant doué de sagesse et de sainteté. Les enfants de notre époque ne devraient-ils pas à plus forte raison montrer le même zèle ?

Strophe 123

Tchao, secrétaire du palais, lisait le Lou-lun (le Lun-yu).

Strophe 124

Quoiqu’il fût en charge, il savait encore s’appliquer à l’étude.

Notes de Stanislas Julien

Ici l’on cite un homme qui, dans un rang élevé, avait conservé l’amour de l’étude. Tchao-pou, qui vivait sous les Song, fut ministre des empereurs Thaï-tsou et Thaï-tsong, et fut nommé Tchong-chou-ling (secrétaire du palais). C’est pour cela qu’on l’appelle ici Tchong-ling. Il disait : Avec la moitié du Lun-yu, j’ai aidé (en qualité de ministre) l’empereur Thaï-tsou ; avec l’autre moitié, j’aide l’empereur actuel. Ce fut grâce à la lecture du Lun-yu que l’empire fut bien gouverné et que le peuple goûta la paix. Lorsqu’il fut en charge et qu’il eut l’honneur d’être ministre, il s’appliquait ainsi à l’étude et à la lecture des auteurs. Les jeunes gens qui ne sont pas encore arrivés aux emplois, ne devraient-ils pas, à plus forte raison, déployer tous leurs efforts ?

Strophe 125

L’un prenait des roseaux pour en tresser (des nattes), l’autre ratissait des tablettes de bambou[53].

Strophe 126

Quoiqu’ils n’eussent point de livres, ils savaient encore montrer de l’ardeur (pour l’étude).

Notes de Stanislas Julien

Ici l’on cite des hommes qui, quoique privés de lire, furent cependant passionnés pour l’étude. Avant la dynastie des Han, à moins d’appartenir à une grande famille, on n’avait pas de livres, l’on ne pouvait s’en procurer qu’en en faisant des copies. De plus, on n’avait point de papier, et, à moins d’avoir de la soie, de la peau ou des tablettes de bambou, on ne pouvait les copier ; de sorte que les hommes pauvres et sans ressources ne pouvaient obtenir des livres. Sous la dynastie des Han, Lou-wen-chou, faisant paître des brebis près d’un grand lac, prenait des joncs, les tressait et en fabriquait des nattes. Il emprunta le Chang-chou (le Chou-king), le copia et le lut.

Kong-yang-hong, à l’âge de cinquante ans, faisait paître des porcs dans une forêt de bambous. Avec son couteau, il ratissa l’écorce. verte des bambous[54], emprunta un Tch’un-tsieou, le copia et le lut. De cette manière, ces deux hommes se rendirent célèbres dans leur temps, furent élevés aux honneurs et devirent ministres. Quoique pauvres et dans une basse condition, ils se passionnèrent pour l’étude ; n’ayant point de livres, ils en copièrent, comme on vient de le voir, avec la plus grande difficulté. Mais, maintenant que les étudiants peuvent aisément se procurer des livres et en acheter, s’ils jettent de côté les ouvrages les plus purs et les meilleurs et ne montrent aucun goût pour l’étude, ne peut-on pas dire qu’ils compromettent leur avenir ?

Strophe 127

Celui-ci suspendait sa tête à une poutre ; celui-là se piquait sa hanche avec une alène.

Strophe 128

Quoique ces hommes ne reçussent point de leçons, ils s’appliquaient rudement à l’étude.

Notes de Stanislas Julien

On cite ici des hommes qui ont beaucoup souffert en s’appliquant à l’étude. Sous les Tsin, vivait Sun-king. Lorsqu’il étudiait jusqu’à une heure avancée de la nuit, il attachait à une poutre sa touffe de cheveux, pour s’empêcher de dormir.

Sous les Tcheou, Sou-thsin revint dans sa famille, faute d’avoir eu un emploi. S’étant vu en butte au mépris de ses proches, il se livra courageusement à l’étude. Toutes les fois qu’il se sentait entraîné à la paresse ou troublé par la fatigue, il se piquait la hanche avec une alène, pour se tenir éveillé. C’est ainsi que ces deux hommes s’exposaient à la douleur pour s’exciter à l’étude, sans être instruits ou sévèrement stimulés par leur père ou leurs frères aînés. Vous, jeunes gens, qui possédez toutes les commodités de la vie, et qui de plus avez des pères et des frères aînés pleins de sagesse pour vous instruire et vous diriger, comment ne songez-vous pas à faire des efforts pour vous exciter vous-mêmes à l’étude ?

Strophe 129

Par exemple : L’un renfermait des vers-luisants dans un filet ; l’autre profitait de la réflexion de la neige.

Notes de Stanislas Julien

Litt. : Dans un sac ; j’ai cru devoir mettre filet, pour faire comprendre l’usage qu’il faisait des vers-luisants qu’un sac aurait complètement cachés.

Strophe 130

Quoiqu’ils fussent pauvres, ils ne s’abstenaient pas pour cela d’étudier.

Notes de Stanislas Julien

On cite comme exemples deux hommes qui, bien que pauvres, n’avaient pas renoncé à l’étude.

Tché-in, qui vivait sous la dynastie des Tsin, était passionné pour l’étude. Il était fort pauvre, et n’ayant point d’huile pour (alimenter sa lampe) et lire pendant la nuit, il prit des vers-luisants, les mit dans un sac (sic) et profitait de leur lumière pour étudier.

Sun-khang, n’avait pas non plus d’huile (pour s’éclairer) et lire pendant les nuits d’hiver. Il sortait et lisait à la lueur de la neige qui couvrait la cour de sa maison. Ces deux hommes ne renoncèrent pas à l’étude parce qu’ils étaient pauvres, et finirent par acquérir une grande réputation. Vous, jeunes gens, que vos pères et vos frères ainés ne laissent manquer de rien, pourriez-vous ne pas montrer du zèle pour l’étude ?

Strophe 131

L’un portait du bois de chauffage ; l’autre suspendait (un livre) aux cornes (d’un bœuf).

Notes de Stanislas Julien

On cite ici deux hommes qui, malgré un travail pénible, restaient passionnés pour l’étude. Tchou-mai-tch’in, qui vivait sous la dynastie des Han, était pauvre, et tout en ramassant du bois, il ne renonçait pas à la lecture. Quand il avait coupé du bois, il posait son livre au bas d’un arbre, et le lisait. Quand il revenait avec le bois, il suspendait son livre au fagot, et lisait chemin faisant. Dans la suite, il obtint une charge sous l’empereur Wou-ti, et devint gouverneur de Hoeï-ki.

Li-mi, qui vivait sous les Souï, était passionné pour l’étude. Monté sur un taureau, il lisait un cahier des Annales des Han, et suspendait les autres aux deux cornes de l’animal. Yang-youe-kong l’ayant vu, ne put s’empêcher de l’admirer. Dans la suite, il obtint, à titre de succession, une haute dignité, et fut nommé duc de P’ou- chan. Comme ces deux hommes, bien que soumis à un pénible travail, se livrèrent cependant à l’étude avec tant d’efforts et de courage, vous, jeunes gens, qui, chaque jour, pouvez manger à satiété, ne ferez-vous donc rien pour vous instruire ?

Strophe 132

Sou-lao-thsiouen, à l’âge de vingt-sept ans, s’enflamma d’ardeur pour l’étude, et commença à lire des livres.

Notes de Stanislas Julien

On cite ici un homme qui, dans l’âge adulte, se sentit passionné pour l’étude.

Lao-thsiouen, avait pour petit nom Siun et pour nom honorifique Ming-yun. Il vivait sous les Song, et était originaire de Meï-chan ; c’était le père de Song-tong-p’o. Dans sa jeunesse, Sou-lao-thsiouen avait négligé l’étude. À l’âge de vingt-sept ans, il commença à comprendre sa faute. Il lut les livres avec ardeur, et acquit une grande réputation. Ces deux hommes, que l’on cite parmi les grands lettrés, furent appelés de leur temps les deux Sou.

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David Houstin