Je ne vois pas bien les différences entre le bouddhisme tibétain et chinois? Les rites et doctrines sont différentes ?
1 réponse
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Anne-C. BerthierRéponse automatique, relue par la rédaction Bonjour Steph,
Je réponds en sortant un peu de mon domaine (je travaille sur la littérature, pas sur le bouddhisme), donc à prendre avec les précautions d'usage.
La réponse tient en une phrase avant de se compliquer : les deux sont du bouddhisme du Grand Véhicule, mais ils sont arrivés à mille ans d'écart, par deux routes différentes, et ils n'ont donc pas hérité du même bouddhisme indien.
Deux transmissions, deux moments
Le bouddhisme chinois (汉传佛教) entre en Chine par les routes d'Asie centrale à partir du Ier siècle de notre ère. Ce qu'il reçoit, ce sont les sūtra du Grand Véhicule, traduits en chinois pendant huit siècles par un travail de traduction gigantesque : Kumārajīva, Xuanzang.
Le bouddhisme tibétain (藏传佛教) arrive aux VIIe et VIIIe siècles, puis à nouveau au XIe, directement depuis l'Inde du Nord, à un moment où le bouddhisme indien est travaillé en profondeur par le tantrisme. Le Tibet a donc reçu l'état le plus tardif du bouddhisme indien, et il l'a conservé.
C'est là toute la différence : ce n'est pas que les Tibétains aient « ajouté » du tantrisme, c'est qu'ils ont reçu celui-là. La Chine a d'ailleurs connu son propre bouddhisme ésotérique sous les Tang (密宗)... mais il s'y est éteint, et c'est au Japon qu'il a survécu, sous le nom de Shingon.
Ce que cela change concrètement
- Le canon. Le canon chinois (大藏经) mêle dans un même ensemble les traductions et les oeuvres composées en Chine, commentaires et traités des écoles ; le canon tibétain, lui, sépare le Kangyur (la parole du Bouddha) du Tengyur (les commentaires). Ce n'est pas seulement une autre liste de textes, c'est une autre manière de les classer.
- La pratique. Côté chinois, deux grandes voies : le Chan (la méditation assise, l'école de Bodhidharma, qui a donné le zen japonais) et surtout la Terre Pure, de très loin la plus populaire, qui tient dans la récitation du nom d'Amitābha. Côté tibétain : initiations données par un maître, visualisation d'une divinité de méditation, mantras, mandalas, phases de génération et d'achèvement.
- La réincarnation reconnue. Le système des tulkus (un maître dont on identifie la renaissance, ce qui donne les lignées du Dalaï-Lama et du Panchen-Lama) est une invention tibétaine, apparue au XIIIe siècle. Rien de tel en Chine, où l'on transmet une lignée d'enseignement, pas une personne.
- La règle monastique. Les monastères chinois sont strictement végétariens, et c'est une particularité chinoise : elle date de l'empereur Wu des Liang, au VIe siècle, et ne vient pas de l'Inde. Les moines tibétains mangent de la viande, faute d'agriculture à 4 000 mètres. Et dans l'école Nyingma, certains maîtres laïcs sont mariés.
- Les images. C'est ce qui frappe d'abord le visiteur. Un temple chinois : Guanyin en femme en robe blanche, le bouddha rieur au ventre nu à l'entrée, des dorures sobres. Un temple tibétain : des divinités courroucées, des couples en union, des crânes, des thangkas, des mandalas de sable. Les deux disent la même doctrine avec des moyens opposés.
Ce qu'ils partagent, et qui est l'essentiel
La vacuité, le karma, l'idéal du bodhisattva, les mêmes sūtra fondamentaux (le Sūtra du Cœur, le Sūtra du Diamant). Et la même figure centrale : Avalokiteśvara, le bodhisattva de la compassion, s'appelle Chenrezi au Tibet, où il est masculin et incarné par les Dalaï-Lamas, et Guanyin en Chine, où il est devenu féminin à partir des Song. Un seul personnage, deux visages.
Un dernier point que l'on oublie toujours : la Chine abrite les trois grandes traditions bouddhiques. Chez les Dai du Yunnan, à Xishuangbanna, on pratique le bouddhisme Theravāda, celui de la Thaïlande et de la Birmanie. Les temples y ressemblent à ceux de Chiang Mai, et les moines portent l'orange.