Croisière sur le Yangzi

SOMMAIRE

Le fleuve, vert sombre, s'engage entre deux hautes falaises verticales ; le soleil rasant allume la crête de gauche, et un bateau à coque jaune est amarré près de quelques bâtiments accrochés au promontoire du premier plan.La descente des Trois Gorges du Yangzi est l'une des rares étapes d'un voyage en Chine qui se mesure en nuits de bateau plutôt qu'en visites. Entre Chongqing, en amont, et Yichang, en aval, le fleuve traverse une entaille continue d'environ 119 kilomètres où les falaises calcaires montent parfois à 1 200 mètres au-dessus de l'eau. On y consacre en général trois jours et trois nuits, et c'est le trajet lui-même qui est la destination.

Trois gorges, dans cet ordre

D'amont en aval se succèdent trois défilés très inégaux. La gorge de Qutang est la plus courte, environ huit kilomètres, et la plus spectaculaire : les parois y resserrent le lit du fleuve sur une centaine de mètres de largeur seulement. La gorge de Wu suit sur quarante-cinq kilomètres, dominée par une file de douze pics dont la brume ne découvre presque jamais l'ensemble. La gorge de Xiling, la plus longue avec soixante-six kilomètres, est une série de défilés et de rapides ; c'était historiquement le passage le plus dangereux pour la navigation, et c'est celui qui débouche sur le barrage.

Le parcours commence dans le Sichuan et s'achève dans le Hubei. Il ne faut pas s'attendre à des gorges vierges : le relief est habité, terrassé, ponctué de bourgs et de pylônes, et cela fait partie du paysage depuis très longtemps.

Ce que le barrage a changé

Le barrage des Trois Gorges, construit à Sandouping dans le district de Yiling, près de Yichang, ferme le parcours à son extrémité aval. Sa retenue a atteint pour la première fois sa cote maximale de 175 mètres le 26 octobre 2010 et forme un plan d'eau long d'environ 660 kilomètres. Les gorges n'ont donc pas disparu, mais elles sont partiellement noyées : le fleuve y est plus large, plus calme, et les rapides que redoutaient les bateliers n'existent plus.

Le franchissement de l'ouvrage est un spectacle en soi. Les navires passent soit par les écluses, deux files de cinq bassins successifs qui demandent environ quatre heures, soit par l'ascenseur à bateaux mis en service en 2016, qui hisse en une fois des unités allant jusqu'à 3 000 tonnes sur un dénivelé de 113 mètres. Les grands bateaux de croisière empruntent l'un ou l'autre selon leur gabarit et selon l'heure d'arrivée.

Les escales et les excursions

Une croisière n'est pas qu'une traversée : les navires s'arrêtent, et les excursions à terre occupent une bonne moitié des journées. La plus constante est la remontée de la rivière Daning, affluent qui rejoint le Yangzi à Wushan, à l'entrée occidentale de la gorge de Wu. On y transborde sur de petites embarcations pour parcourir les Petites Trois Gorges, une vingtaine de kilomètres de défilés étroits appelés Longmen, Bawu et Dicui, où l'eau est verte et les parois beaucoup plus proches que sur le fleuve principal. Le site du barrage, côté Yichang, fait l'objet d'une autre visite, avec belvédère sur le mur et sur les écluses.

Dans quel sens, et quand

Le sens de navigation change la nature du voyage. Descendre de Chongqing vers Yichang suit le courant : le trajet est plus rapide et c'est la formule la plus courante. Remonter de Yichang vers Chongqing prend une journée de plus, mais permet d'aborder le barrage dès le premier jour et laisse davantage de temps à quai.

La saison compte autant. Le printemps et l'automne offrent les températures les plus supportables et une lumière qui dégage les crêtes ; l'été est chaud, moite et souvent brumeux dans les gorges, avec des niveaux d'eau élevés ; l'hiver est froid mais très clair, et c'est la période où l'on voit le mieux les parois. La brume, ici, n'est pas un accident du climat : c'est une constante avec laquelle les photographies de ce fleuve composent depuis toujours.

Ce qu'il faut savoir avant d'embarquer

Les bateaux se répartissent en deux familles très différentes. Les navires internationaux, conçus pour la clientèle étrangère, offrent des cabines avec balcon, des conférences à bord et un guide francophone ou anglophone selon les compagnies. Les bateaux dits chinois, souvent plus grands et plus animés, coûtent nettement moins cher, circulent avec une clientèle locale et fonctionnent en chinois. Les deux parcourent le même fleuve et font les mêmes escales.

Enfin, la croisière s'insère presque toujours dans un itinéraire plus large, entre Chongqing et Yichang, d'où l'on repart en train à grande vitesse vers Wuhan, Shanghai ou Xi'an. Compter les trois jours de navigation comme trois jours de voyage, et non comme un transfert, évite la principale déception possible : celle du voyageur pressé qui découvre à bord qu'il ne se passe, précisément, rien d'autre que le fleuve.

Illustration : Tan Wei Liang Byorn, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.

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