A lire absolument : Liu Xiaobo traduit en français

Jean-Philippe Béja vient de publier un choix d'articles de Liu Xiaobo sous le titre La philosophie du porc et autres essais (Gallimard, Coll. Bleu de Chine Date de parution : 21/03/2011 EAN13 : 9782070132508).

Voici la présentation de l'éditeur :

Liu Xiaobo n’a pas écrit de livre présentant l’essentiel de ses idées. Il s’est exprimé par des articles publiés soit dans la presse de Hong Kong, soit sur le net. Le présent recueil comporte une introduction retraçant sa biographie, puis une quinzaine d’articles répartis dans les cinq parties présentées ci-dessous. Une bibliographie et une chronologie le complètent pour en faire l’ouvrage de référence sur le plus important dissident chinois. Réflexions sur la littérature : dans « La crise », l’article qui l’a fait connaître en 1986, Liu Xiaobo dénonce la littérature de cicatrices, alors glorifiée par le régime. Cet article contient ses idées fondamentales sur la littérature. Le mouvement pour la démocratie de 1989 : il a profondément bouleversé les conceptions politiques et philosophiques de Liu Xiaobo. Nous présentons ses réflexions sur ce mouvement, notamment sur le rôle des simples citoyens dans la politique. Cette expérience l’a conduit à entreprendre une réflexion critique sur les formes de la résistance au totalitarisme. Vivre dans la vérité et la « philosophie du porc » : c’est surtout pour ses réflexions sur la nature du régime post totalitaire que Liu s’est fait connaître depuis 2000. Nous présentons ses articles sur l’idéologie du régime, sa description de la schizophrénie qui s’empare des cadres du régime autant que des intellectuels, et sa critique de ce qu’il qualifie de « philosophie du porc », cette vision du monde qui a conduit les intellectuels à se laisser « acheter » par le parti communiste. La société civile : si Liu Xiaobo est très critique de l’attitude des intellectuels, il ne perd cependant pas espoir car il estime que la société chinoise a montré sa capacité de résistance au post totalitarisme. Même si elle ne correspond pas aux critères définis par les politologues, une forme de société civile est apparue en Chine qui, par sa pression informelle, a conduit le pouvoir à accorder un certain nombre de droits aux citoyens. La Charte 08 et les 6 articles qui ont conduit Liu à la prison, ainsi que sa plaidoirie devant le tribunal.

France Culture recevait ce matin, Jean-Philippe Béja, ami et traducteur de Liu Xiabao.

Vous pouvez écouter Jean-Philippe Béja, dans l'Invité du jour, sur France Culture

Vous pouvez lire l'entretien qu'il avait accordé au Monde avant l'attribution du Nobel à Liu Xiaobo au Monde et son bel article sur le silence assourdissant des dirigeants occidentaux concernant le Prix Nobel de la Paix 2010.

Vous pouvez lire, enfin, toujours de Jean-Philippe Béja son blog, dont l'essentiel est consacré à Liu Xiaobo

autre article intéressant sur le site du Congrès mondial Ouïghour

Je vous rappelle enfin que nous avons déjà débattu de la question du Nobel, de Liu Xiaobo et de la question des Droits de l'Homme en Chine sur le forum :

La journée internationale des Droits de l'homme

Reportage Arte

La Chine va créé son propre "prix Nobel de la paix" : le prix Confucius‎

Rencontre entre les Présidents Obama et Hu Jintao

11 réponses

  1. laoshi
  2. laoshi

    J'ai mis ces vacances à profit pour lire le livre de Liu Xiaobo, que je vous recommandais plus haut. Liu Xiaobo est un esprit pénétrant, plein de finesse, vous ne serez pas déçus.

    Vous y trouverez aussi bien des articles de fond sur l'évolution de la littérature et du cinéma chinois que des critiques des séries TV (eh oui, cela recoupe ce que nous faisons sur le forum), des analyses de l'idéologie du PCC, des comptes-rendus bouleversants de faits divers impliquant des paysans défenseurs de leurs terres, dénonçant les dérives maffieuses du régime ou les campagnes de répression touchant telle ou telle catégorie de citoyens.

    Vous y trouverez aussi une lettre magnifique envoyée par Liu Xiaobo au directeur de Yahoo à Hong-Kong, les textes qui ont été versés à son dossier judiciaire, le texte intégral de la Charte 08 et la très belle lettre écrite à sa femme lors de sa dernière arrestation dont Michelem nous avait déjà révélé l'existence ici même.

    Si j'ai le temps, je vous ferai un résumé de ce beau florilège des articles de Liu Xiaobo traduits par Ph. Béja mais.... rien n'est moins sûr, le troisième trimestre sera intense !....

  3. michel

    Avec bonheur Laoshi.:)

  4. lulu.t

    moi aussi , je suis en cours de lecture .....
    dommage que son livre soit un petit peu :26 e à la FNAC

  5. lulu.t
    lulu.tmoi aussi , je suis en cours de lecture ..... dommage que son livre soit un petit peu CHER :26 e à la FNAC
  6. laoshi
    Luludommage que son livre soit un petit peu CHER :26 e à la FNAC

    Oui et non, Lulu ! il est vrai que, dans l'absolu, les livres sont très chers en France et 26 €, en effet, ce n'est pas donné mais j'ai eu la curiosité de comparer le prix de ce livre de 520 pages, dont la diffusion restera nécessairement confidentielle, au dernier best-seller de Musso : plus de 20 €...

    Quoi qu'il en soit, vous nous donnerez votre point de vue, n'est-ce pas ?

  7. laoshi

    Comme promis, je commence aujourd’hui à vous donner un aperçu des articles regroupés dans le recueil La Philosophie au porc et autres essais de Liu Xiaobo.

    Le premier article, Un épisode biographique, date de 1996. Il a été écrit pour le colloque international Le Goulag soviétique et le laogai chinois. Liu Xiaobo y raconte comment sa vie a basculé, en 19 minutes, de la liberté à l’envoi en « rééducation par le travail » (laojiao) pour « fabrication de rumeurs » et « trouble de l’ordre social » à la suite de la publication, à l’étranger, de deux articles, dont l’un demandait la réconciliation entre le PCC et le Guomindang.

    L’article nous montre que les tracasseries policières sont constantes pour les dissidents, emmenés au poste pour un oui pour un non, en vue d’une « conversation » (y compris en pleine nuit après un dîner au restaurant, comme en témoigne Ph. Béja dans l’introduction) ! De curieuses relations se tissent ainsi entre les agents de la sécurité et ceux dont ils assurent le contrôle permanent : Liu Xiaobo, parlant à sa femme de Ju Xiaofei, le policier qui vient l’arrêter, l’appelle ainsi « xiao Ju », « petit Ju », comme s’il s’agissait d’un vieil ami !
    Mais il ne faut pas s’y tromper, le policier en question a été puni pour avoir révélé à Liu Xia, la femme de Liu Xiaobo, la nature et la durée de la peine (3 ans !) qui venait d’être infligée à son mari : elle avait cru, naïvement, que cette révélation était l’annonce officielle d’un verdict et avait répercuté l’information aux médias ; ce n’était qu’un témoignage d’humanité du policier, éventant le secret qu’il devait à l’institution. N’ayant pas été autorisé à épouser Liu Xia, avec laquelle il vivait alors depuis près de deux ans, parce qu’il n’avait pas de hukou (sorte de passeport dépendant de l'unité de travail à laquelle chacun est assigné), Liu Xiaobo n’aura pas droit non plus de recevoir les visites de sa compagne jusqu’à ce que son avocat obtienne pour elle le droit d’aller l’épouser dans son camp de travail, en 98, au bout de deux ans de détention.

    « C’est cela, le système de rééducation par le travail aux couleurs de la Chine, écrit Liu Xiaobo : une punition aussi sévère que la privation de liberté d’un citoyen, sans arrestation officielle, sans instruction, sans accusation et sans procès est décidée en quelques dizaines de minutes, un coût minime pour piétiner les droits de l’homme ».

    Liu Xiaobo demande évidemment l’abolition de cette « loi barbare » datant de 1957 et manifestement contraire à la constitution chinoise actuelle dont l’article 37 stipule que « la liberté des citoyens ne sautait être violée » sans une « autorisation du parquet ». Bien que son abolition ait été demandée par maints juristes et même par des députés, elle a été maintenue « pour les besoins de la répression de la Falungong ». En 2006, année de la rédaction de l’article, le système du laojiao, « adoré par le pouvoir despotique et les organes de la dictature », restait en vigueur et l’est sans doute toujours : la disparition d’Ai Weiwei a sans doute quelque chose à voir avec cette loi anticonstitutionnelle mais tellement pratique….

  8. michel

    Merci beaucoup pour ce premier aperçu, très factuel, Laoshi.(y)

  9. Anonyme

    merci pour le partage!
    le livre de Liu Xiaobo est très intéressant.

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    Voyage au Vietnam-Jonque Bai Tho-Jonque Cai Be Princess

  10. laoshi

    Publié en 1986, le deuxième article, Crise ! la littérature de la nouvelle époque est entrée en crise, tient tant du réquisitoire que du plaidoyer :

    - réquisitoire contre le repli nationaliste et la régression traditionaliste qui sont pour Liu Xiaobo les tares de la littérature chinoise telle qu’elle s’est développée après la chute du maoïsme
    - plaidoyer pour la modernité, l’ouverture internationale, les leçons des sciences humaines et pour l’individualité

    Je ne vous donnerai pas toutes les références bibliographiques qui me permettront peut-être de jouir intelligemment de ma retraite, l’année prochaine (je vous renvoie, pour cela, au livre de Liu Xiaobo), mais je vous résume l’essentiel.

    Alors que toute l’intelligentzia chinoise sombrait dans l’autosatisfaction, Liu Xiaobo, ici comme ailleurs, faisait entendre une voix dissonante et empruntait une voie dissidente !...

    C’est que, après la « littérature des cicatrices », qui explorait les souffrances de la Révolution culturelle et dont Liu Xinwu et Lu Xinhua donnaient le coup d’envoi respectivement avec Le Professeur principal (Ban Zhuren, 1977) et La Cicatrice (Shanghen, 1978), les auteurs convenus revenaient en arrière avec la « littérature des racines ». Or, après avoir « tressé des éloges sincères » à cette littérature, tant il est vrai qu’il n’y a pas de pensée du présent possible sans une conscience historique et une mémoire culturelle ancrée dans les traditions du passé, Liu Xiaobo fustige les nostalgies « féodales » et « traditionalistes » qui entravent, selon lui, la marche en avant de la littérature chinoise vers la modernité.

    Certes, il faut se réjouir que la littérature contemporaine ait échappé au « néant absolu » de la Révolution culturelle mais cette « littérature des racines » n’arrive pas à la cheville de la « littérature du 4 mai » dont Lu Xun avait jeté les bases en 1918 avec son Journal d’un fou. La littérature du 4 mai, « née, comme nous l’apprend Ph. Béjà, des manifestations du 4 mai 1919 contre le traité de Versailles, […] attaqu[ait] frontalement la culture hiérarchique confucéenne ». Elle allait résolument de l’avant ! La « littérature des racines », au contraire, se tourne vers le passé, elle regarde vers les années 50, vers la tradition classique, voire vers les « idylles pastorales d’un laboureur et d’une tisserande » et le légendaire de la Chine éternelle ! A la lutte des classes, La Cicatrice, par exemple, oppose « l’éthique des liens du sang » et l’on voit d’ex-« jeunes instruits », dont la vie a été brisée par l’envoi à la campagne, chanter les bonheurs simples du retour à la terre ! Dans Les Trois rois (éd. de L’Aube, 1994), A Cheng se prosterne même devant le confucianisme et « la doctrine bouddhiste et taoïste du « non-agir » qui a instillé un poison si profond dans le cœur des Chinois ». Tout ce qu'il y avait de subversif dans le taoïsme ( «la critique radicale de la réalité, le scepticisme, le relativisme et l'esprit de résistance») est en effet oblitéré dans la réinterprétation confucéenne dominante que critique Liu Xiaobo.

    Voilà donc, contre toute attente, le féodalisme et la résignation ancestrale réhabilités au nom de la critique nécessaire du maoïsme !

    Pour Liu Xiaobo, faire revivre le passé ne doit donc pas empêcher les auteurs chinois de le faire de manière anti-traditionaliste, comme l’a fait la Renaissance en Occident ! Au lieu de « se vautrer dans la culture traditionnelle », de vanter les valeurs de la culture féodale et de « remettre à l’honneur le confucianisme » qui prône l’abnégation et le sacrifice de soi, la littérature chinoise devrait selon lui s’inspirer des acquis des sciences humaines pour promouvoir « la libération de l’individu et la valeur du moi ».

    C’est en se confrontant aux autres cultures au lieu de s’enfermer dans un conformisme et un nationalisme esthétiques affligeants que la littérature chinoise redeviendra vivante ! Au lieu de répéter indéfiniment les clichés éculés qui font du saule le symbole de la séparation, du pin, du chrysanthème et du prunier « trois amis pour la vie » et d’enfermer leurs personnages dans des rôles stéréotypés dignes de la Révolution culturelle, les auteurs chinois devraient s’inspirer de leur expérience personnelle.

    Au lieu de puiser leurs idées dans le « discours social, rationaliste ou moralisateur », ils devraient renouveler leurs sujets et leur langue en puisant aux sources de la sensualité et de la sensibilité individuelles, quitte à introduire dans leur texte ces objets scandaleux que sont l’argent et la sexualité. C’est à cette condition qu’elle échappera à « l’ossification » qui la guette.

    Cette analyse, faite en 1986, est d'une formidable modernité ! le confucianisme est en effet devenu, comme nous le montre le feuilleton récemment programmé sur CCTV et diffusé en 2007 en Chine, le meilleur auxiliaire de la politique de Hu Jintao, quant au nationalisme, il est le bouclier idéal de la Chine contre l'esprit critique, rebaptisé, pour les besoins de la cause, « insupportable ingérence » de l'étranger dans les affaires intérieures de la Chine ! Le déboulonnement de la statue de Confucius, dont nous ne connaissons pas encore le dernier mot, s'inscrit aussi dans cette histoire récente. Je crains, malheureusement, que Confucius, dont Liu Xiaobo fustigeait la résignation, ne soit encore trop subversif pour le pouvoir actuel.

  11. laoshi

    En hommage à Liu Xiaobo, qui croupit en prison un an après avoir reçu le prix Nobel de la Paix, une nouvelle fiche de lecture :

    la fierté nationaliste de l'esclave

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