Arte propose sur la même page, plusieurs autres reportages sur la Chine et ses dissidents dont Tian'Anmen, 20 ans de tabou et Tian'Anmen 20 ans après.
Je viens de regarder les deux premiers reportages de Tian'Anmen 20 ans de tabou, dont l'interview très émouvante de Liu Xiaobo réalisée en 2008, avant qu'il ne soit plus possible de lui parler. C'est une belle réponse à ceux qui l'accusent d'avoir incité les étudiants à se révolter et de les avoir ensuite abandonnés aux balles de la répression tandis qu'il s'en tirait à bon compte (c'est par exemple ce que disait Kiki il y a quelques jours).
Après les premières fussillades, Liu Xiaobo a au contraire eu le courage d'aller, avec trois de ses camarades, négocier avec les autorités militaires. Grâce à cette intervention, les étudiants ont été autorisés à quitter la place Tian'Anmen de manière pacifique. Son ami ajoute d'ailleurs, dans le reportage suivant, que les massacres n'ont pas eu lieu sur la place mais dans les rues adjacentes où la population faisait tout son possible pour ralentir la progression de l'armée :
Je vous donne ci-desous le verbatim de la traduction de l'interview de Liu Xiaobo.
"Très jeune, j’ai découvert la littérature française, j’ai lu J’accuse de Zola ; quand j’étais encore au lycée, j’étais déjà déterminé, pas tout de suite à m’opposer au gouvernement mais à défendre des choses très évidentes pour moi : être quelqu’un de vrai, de digne, quelqu’un qui se respecte ; si on veut être quelqu’un comme ça en Chine, un intellectuel qui a le courage de ses opinions, c’est inévitable d’entrer en conflit avec le système.
On a été les quatre derniers grévistes de la faim sur la place Tian’Anmen ; on avait commencé le 2 juin, au pied du monument aux Martyrs de la Révolution. Dans la nuit du 4 juin, quand l’armée a encerclé toute la place, on est allé négocier. Vivre en Chine, c’est comme ça, il faut être prêt à payer un prix très lourd. Mais si je n’avais pas choisi cette vie dangereuse et difficile, je devrais payer autrement, je serais obligé de dire des mensonges.
Les gens que je fréquente, j’ai remarqué qu’ils avaient tous fini par apprendre la vérité sur 1989, y compris les jeunes nés dans les années 70 et 80, qui étaient écoliers ou lycéens quand ça s’est passé. Maintenant, avec l’apparition d’Internet, ceux qui connaissent la vérité historique sont de plus en plus nombreux.
La vie matérielle des Chinois s’est beaucoup améliorée depuis le temps de Mao et les années 80. Mais dans toute société, il y a des gens qui ne se contentent pas de la richesse matérielle, des gens qui sont prêts à accepter d’être pauvres, pour ne pas faire l’impasse sur leur vie spirituelle. J’ai des amis d’enfance qui sont devenus riches, ils ont de grands appartements, de belles voitures, mais pourtant c’est difficile de dire qu’ils vivent mieux que moi."
J'ai été particulièrement sensible à cette référence à Zola, un auteur que j'adore. Elle montre que les idées de justice et de liberté n'ont pas de frontière et qu'il n'est pas besoin d'imaginer je ne sais quel complot occidental des "messieurs d'Oslo" pour qu'elles fassent leur chemin en Chine comme ailleurs.