Le Roi des singes (Havoc in Heaven)
Le Roi des singes (Havoc in Heaven) 大闹天宫 (Dà nào tiān gōng) est un long métrage d'animation chinois de Wan Laiming, produit par le studio d'animation de Shanghai et sorti en deux parties, en 1961 puis en 1964. Il compte parmi les œuvres les plus connues de l'animation chinoise.

Les frères Wan, Wan Guchan, Wan Laiming et Wan Chaochen, photographiés en 1962.
SYNOPSIS
Le singe de pierre Sun Wukong, roi de la montagne des Fleurs et des Fruits, défie tour à tour le roi-dragon et l'empereur de Jade, jusqu'à mettre le ciel à sac.
Le film reprend les premiers chapitres de La Pérégrination vers l'Ouest, le roman de Wu Cheng'en. Sun Wukong, qui règne sur un peuple de singes, cherche une arme à sa mesure. Il descend au palais du roi-dragon de la mer de l'Est et emporte le pilier qui sert à mesurer les eaux : un bâton d'or cerclé qu'il sait réduire à la taille d'une aiguille. Le dragon porte plainte au ciel.
Sur le conseil de Taibai Jinxing, l'étoile d'or, l'empereur de Jade préfère la ruse à la force : il convoque le singe et lui confie la garde des écuries célestes, charge dérisoire. Quand Sun Wukong comprend qu'on s'est moqué de lui, il redescend dans sa montagne et se proclame « Grand Sage égal du Ciel ». Les armées célestes envoyées contre lui sont mises en déroute.
Rappelé au ciel avec ce titre pour mieux le neutraliser, il est chargé de garder le verger de la Reine mère d'Occident, dont il dévore les pêches d'immortalité. Apprenant qu'on l'a écarté du banquet, il saccage la fête, boit le vin des immortels et avale les pilules de longue vie de Laozi.
Le ciel lance alors contre lui Erlang Shen : le combat reste indécis jusqu'à ce que Laozi assomme le singe par surprise de son bracelet de diamant. Capturé, il résiste au bûcher et au sabre, puis sort indemne du fourneau des huit trigrammes, les yeux devenus d'or. Il ravage le palais céleste, renverse le trône de l'empereur de Jade et rentre en triomphe dans sa montagne.
VOIX
- Qiu Yuefeng : Sun Wukong
- Fu Runsheng : l'empereur de Jade (première partie)
- Bi Ke : l'empereur de Jade (seconde partie) et le roi-dragon de la mer de l'Est
- Shang Hua : Taibai Jinxing, l'étoile d'or
FICHE TECHNIQUE
- Titre : Le Roi des singes
- Titre original : 大闹天宫 (Dà nào tiān gōng)
- Titre anglais : Havoc in Heaven
- Réalisation : Wan Laiming
- Réalisation adjointe : Tang Cheng
- Scénario : Li Keruo et Wan Laiming, d'après La Pérégrination vers l'Ouest de Wu Cheng'en
- Direction artistique : Zhang Guangyu et Zhang Zhengyu
- Animation : Yan Dingxian, Duan Jun, Pu Jiaxiang
- Musique : Wu Yingju
- Société de production : studio d'animation de Shanghai (上海美术电影制片厂)
- Pays d'origine : Chine
- Langue : mandarin
- Format : couleurs - 35 mm
- Genre : animation
- Durée : environ deux heures pour les deux parties réunies
- Dates de sortie : 1961 pour la première partie, 1964 pour la seconde ; version intégrale projetée en Chine à partir de 1978
RÉCOMPENSES
- Prix spécial du court métrage au Festival international du film de Karlovy Vary, en Tchécoslovaquie, en 1962.
- Prix des Cent Fleurs du meilleur film d'animation, en 1963.
- Premier prix du deuxième concours national de création littéraire et artistique pour la jeunesse, en 1980.
- Troisième prix au Festival international du film pour enfants de Quito, en Équateur, en 1982.
- Prix du jury au Festival international du film de Figueira da Foz, au Portugal, en 1983.
AUTOUR DU FILM
Les quatre frères Wan, Wan Laiming (1900-1997), son jumeau Wan Guchan, Wan Chaochen et Wan Dihuan, sont les pionniers du dessin animé chinois depuis les années 1920. En 1941, dans le Shanghai des concessions cerné par l'occupation japonaise, Wan Laiming et Wan Guchan réalisent La Princesse à l'éventail de fer, premier long métrage d'animation chinois, déjà tiré de La Pérégrination vers l'Ouest.
Le film voit le jour au studio d'animation de Shanghai, fondé en avril 1957 et dirigé par Te Wei, qui cherche alors à donner à l'animation chinoise une identité propre. C'est ce que la critique appellera l'« école chinoise » : des techniques venues des arts traditionnels, comme le papier découpé ou l'animation au lavis d'encre inaugurée en 1960 par Les Têtards à la recherche de leur maman. Ici, le peintre et caricaturiste Zhang Guangyu dessine une vingtaine de personnages inspirés des maquillages de l'opéra de Pékin, des estampes du Nouvel An et des peintures murales des temples ; le modèle définitif de Sun Wukong revient, lui, à l'animateur Yan Dingxian. Les combats reprennent l'acrobatie de la scène, et la musique de Wu Yingju emprunte aux gongs et aux tambours de l'orchestre d'opéra. Wan Laiming a évalué à plus de soixante-dix mille le nombre de dessins-clés exécutés pour les deux parties : les archives de production ayant été détruites, aucun décompte précis n'est vérifiable.

« Le grand tumulte au palais céleste » à l'opéra de Pékin : c'est de cette tradition scénique que le film tire ses masques et ses mouvements.
La seconde partie est achevée en 1964, mais le durcissement de la politique culturelle empêche la sortie de la version complète. Pendant la Révolution culturelle, le film est accusé de « se servir du passé pour railler le présent » : les dessins originaux et les celluloïds sont détruits ou dispersés, Wan Laiming est mis à l'écart, Tang Cheng et l'animateur Yan Dingxian sont envoyés en camp de rééducation, et le studio cesse pratiquement de produire. Ce n'est qu'en 1978 que la version intégrale est enfin projetée en Chine, avant de circuler à l'étranger. Le studio en a tiré une version remontée en écran large et en relief, sortie dans les salles chinoises le 11 janvier 2012.
Illustrations : 《人民画报》, Public domain ; 陈文 https://www.flickr.com/people/univers-finder/, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
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