Jiankou

SOMMAIRE

Un ruban de muraille aux pierres claires dévale une crête noyée sous la forêt d'été ; une tour éventrée s'accroche au sommet et les créneaux se perdent peu à peu dans la végétation.
La muraille de Jiankou, ses pierres blanches et ses tours laissées en ruine.

Jiankou est un tronçon de la Grande Muraille situé dans le district de Huairou, au nord de Pékin, à environ soixante-quinze kilomètres du centre-ville. Il court sur une vingtaine de kilomètres le long d'une crête très raide, entre les tronçons de Mutianyu et de Moshikou. C'est la portion la plus photographiée de toute la muraille, et la moins sûre : elle n'a jamais été restaurée pour le tourisme.

Ce qui le distingue des tronçons voisins

Les visiteurs qui arrivent de Pékin connaissent surtout Badaling et Mutianyu, remis en état et équipés. Jiankou est l'inverse : pas de billetterie officielle, pas de garde-corps, pas de marches refaites. La muraille y est bâtie en dolomite, une roche claire qui donne à ce tronçon sa couleur blanche, très reconnaissable au milieu de la forêt.

Le terrain fait le reste. Certaines rampes atteignent des pentes de soixante-dix à quatre-vingt-dix degrés. Les passages les plus connus portent des noms qui disent leur profil : l'Échelle du ciel, dont la pente approche les soixante-dix degrés, l'Aigle qui monte à la verticale, un peu plus raide encore, l'Arête de la corne de bœuf, et le Nœud de Pékin, point de jonction de plusieurs branches de muraille. La tour aux neuf yeux, la plus grande du tronçon, doit son nom aux neuf ouvertures percées sur chacune de ses faces ; elle se dresse entre 1 140 et 1 200 mètres d'altitude selon les relevés, et a été consolidée en 2014.

Une muraille des Ming, et une fouille récente

La construction remonte au début des Ming et se poursuit par reprises successives jusqu'à la chute de la dynastie. Les inscriptions relevées sur les tours du tronçon s'échelonnent de 1573 à 1617, ce qui donne plus de quarante ans de chantier pour cette seule portion. La dernière grande remise en état est attribuée au général Qi Jiguang, qui a réorganisé la défense de la frontière nord au seizième siècle.

De mars à octobre 2025, l'Institut d'archéologie de Pékin a mené la cinquième campagne de fouilles sur le segment est, du côté du village de Xizhazi, entre les tours 117 et 122. Elle a livré une stèle de 1573, une brique gravée portant un poème, un canon en fonte daté de 1632 et plus de trois cents objets : armes, éléments d'architecture, ustensiles, restes carbonisés. La doctrine appliquée à Jiankou est celle de la conservation et non de la reconstruction : tant que la ruine ne menace pas la structure, elle est laissée en l'état.

Ce qu'il faut savoir avant d'y aller

Jiankou n'est pas officiellement ouvert au public. Les excursions organisées y sont interdites, sans que la marche individuelle soit pour autant explicitement prohibée : le statut est ambigu, et des fermetures temporaires sont prononcées, parfois pour plusieurs mois, au titre de la protection du site. Il n'y a ni sanitaires, ni ravitaillement, et la couverture du réseau mobile est irrégulière.

Le tronçon est réservé aux marcheurs expérimentés et bien chaussés. Les guides déconseillent d'y aller seul, comme d'y emmener des enfants ou des personnes âgées, et recommandent de vérifier la météo : la pierre devient glissante à la moindre pluie. Un itinéraire répandu consiste à parcourir Jiankou puis à basculer sur Mutianyu, où la muraille est restaurée et la descente aménagée.

Y aller

Le point de départ habituel est le village de Xizhazi, au nord. En transport public, on prend le bus express 916 à Dongzhimen jusqu'à Huairou, puis la ligne locale H25 vers Xizhazi, qui ne compte que deux départs par jour : l'aller-retour dans la journée demande de les avoir vérifiés. En voiture, comptez deux heures à deux heures et demie depuis le centre de Pékin.

Les meilleurs mois sont avril et mai, puis septembre et octobre.

Illustration : Ronnie Macdonald from Chelmsford, United Kingdom, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

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