Que reste t-il du l'héritage du confucianisme?

Que reste t-il du l'héritage du confucianisme dans la Chine d'aujourd'hui? Quelles valeures et pensées persistent?

1 réponse

  1. Bertrand_Laoshi

    Bonjour lililele,

    Il faut d'abord rappeler que le XXe siècle chinois a été farouchement anticonfucéen. Le Mouvement de la Nouvelle Culture, dont le 4-Mai 1919 est le moment le plus visible, tient Confucius pour responsable du retard du pays, de la soumission des femmes, de la servilité ; c'est de là que vient le mot d'ordre resté célèbre, « à bas la boutique de la famille Kong », que Hu Shi met en circulation en 1921. Et en 1973-1974, la campagne « critiquer Lin Biao, critiquer Confucius » en refait une cible officielle. Autrement dit, ce qui a survécu a survécu à cinquante ans d'attaques d'État.

    Ce qui reste sans porter son nom

    C'est là que l'héritage est le plus fort, précisément parce qu'il n'est plus perçu comme une doctrine mais comme l'évidence.

    • La piété filiale. 孝 reste l'obligation morale la moins discutée de la société chinoise. On ne place pas ses parents en institution, on les loge ; on leur envoie de l'argent ; on rentre pour le Nouvel An. Avec l'enfant unique et le vieillissement, cela produit la situation dite « 4-2-1 » : un adulte pour deux parents et quatre grands-parents. La valeur tient, mais la démographie la met sous une pression inédite.
    • L'examen comme voie d'ascension. Les examens impériaux ont été abolis en 1905 ; l'idée qu'un concours écrit, anonyme et national doit décider d'une vie, elle, n'a jamais été abolie. Le gaokao en est l'héritier direct, y compris dans son rituel : la ville qui fait silence, les parents qui attendent devant les grilles, l'affichage des reçus.
    • Le primat de la relation. Le confucianisme définit l'individu par ses relations : prince/sujet, père/fils, mari/femme, aîné/cadet, ami/ami. Le 关系 d'aujourd'hui, et l'importance du 面子, en découlent en droite ligne : on n'est pas d'abord un individu porteur de droits, on est un noeud dans un réseau d'obligations.
    • La préférence pour l'harmonie sur le conflit. Regler à l'amiable plutôt que devant un juge, éviter l'affrontement direct, laisser la face à l'adversaire : c'est très exactement le programme du Lunyu.

    Ce qui revient officiellement, et c'est récent

    Depuis une dizaine d'années, l'État a cessé de combattre Confucius pour s'en réclamer. La « société harmonieuse » 和谐社会 promue par Hu Jintao emprunte son vocabulaire au confucianisme. Les Instituts Confucius, créés à partir de 2004, en font un instrument de rayonnement extérieur. Les cérémonies au temple de Qufu ont été rétablies. Le 国学热, la « fièvre des études nationales », remplit les librairies : les causeries de Yu Dan sur les Entretiens, publiées en 2006, se sont vendues à plusieurs millions d'exemplaires.

    Il y a eu cette année un épisode qui résume tout : en janvier, une statue de Confucius haute de neuf mètres cinquante a été installée près de la place Tian'anmen, face au portrait de Mao. En avril, elle avait disparu, déplacée de nuit dans une cour intérieure du musée. Personne n'a expliqué pourquoi. Cela dit assez bien où en est la réconciliation.

    Ce qui a disparu

    La doctrine elle-même, comme corps de textes que tout homme cultivé aurait lus. Les rites domestiques codifiés. La hiérarchie des sexes, du moins dans les villes. Et l'idée que le lettré doit remontrer au prince, qui était pourtant le coeur politique du confucianisme : c'est la partie de l'héritage dont personne ne se réclame.

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