Le serpent dans la culture chinoise

Le 10 février 2013 commencera l'année du Serpent. Voici une brève introduction à l'animal du zodiaque selon le site french.china.org.cn :

Le serpent est considéré comme le petit dragon en Chine. Selon la philosophie chinoise de l'unité entre le Ciel et l'Homme, les enfants nés durant l'année du serpent sont intelligents, vigilants et calmes. Comme le montrent des documents historiques, des experts estiment que le serpent devait être l'une des origines principales du dragon, car les motifs du dragon sous la dynastie des Xia en Chine provenaient du serpent la plupart du temps.

Fu Xi et Nü Wa représentés sur les briques peintes datant de la dynastie des Han avaient souvent un corps de serpent ou de dragon, ce qui prouve que ces deux animaux sont souvent considérés comme un ensemble dans la culture traditionnelle chinoise et traduisent l'idée de l'union du yin et du yang.

Le serpent est considéré parfois comme le symbole de l'empereur ou du roi. Selon la légende de l'antiquité chinoise, le serpent est un porte-bonheur pour la bonne récolte, la prospérité de la descendance et la longévité. Des contes folkloriques nous racontent des histoires de l'esprit-serpent transformé en belle fille.

Le Serpent blanc et le Serpent vert, personnages principaux de l'opéra de Pékin L'Histoire du Serpent blanc, incarnation de la bonté et de la bienveillance, nous font jouir de la beauté aujourd'hui encore. Sur son timbre de l'année du Serpent, le concepteur a mis intentionnellement les couleurs du serpent en unisson avec celles du dragon sur le timbre de 2012, pour rappeler la ressemblance et les liens de continuité entre les deux animaux.

D'après la doctrine des cinq éléments constitutifs du monde de la matière, l'année 2013 sera placée sous le signe du serpent de l'eau. Par conséquent, l'artiste a mis l'accent sur les couleurs de l'étang en fond, ainsi que les courbes, une métaphore des caractéristiques féminines, de la douceur et du calme.

1 réponse

  1. Anne-C. Berthier

    Puisque l'article cité s'en tient à l'aspect favorable, j'ajoute l'autre versant, qui est au moins aussi présent : en Chine, le serpent est ambivalent, et c'est cette ambivalence qui le rend intéressant.

    Du côté noble

    L'appellation 小龙, « petit dragon », est exacte et elle est encore employée : on demande volontiers à quelqu'un né une année du Serpent s'il est « du petit dragon », c'est plus flatteur. Et le couple Fuxi-Nüwa, représenté à corps de serpent, les queues entrelacées, est une des images les plus anciennes de la civilisation chinoise : on la trouve gravée sur des briques Han et peinte sur des soies retrouvées dans le Xinjiang.

    Du côté sombre

    La langue est impitoyable, et c'est elle qui dit ce que les gens pensent vraiment :


    • 蛇蝎心肠 : « un coeur de serpent et de scorpion », se dit d'une cruauté froide.
    • 人心不足蛇吞象 : « le coeur humain insatiable, c'est le serpent qui veut avaler l'éléphant ».
    • 杯弓蛇影 : l'arc reflété dans la coupe pris pour un serpent, autrement dit se rendre malade de peur pour une ombre.
    • 打草惊蛇 : battre l'herbe et effrayer le serpent, c'est-à-dire alerter l'adversaire par maladresse.
    • 画蛇添足 : « dessiner un serpent et lui ajouter des pattes », c'est-à-dire gâcher par excès de zèle. L'histoire vient des Stratagèmes des Royaumes combattants : un concours de dessin, le premier arrivé a le temps d'ajouter des pattes, et perd, puisqu'un serpent n'en a pas.

    Et l'une des fables les plus connues des écoliers chinois, Le Paysan et le serpent 农夫与蛇 (l'homme qui réchauffe un serpent gelé et se fait mordre) est en réalité une fable d'Ésope, entrée dans les manuels chinois et devenue si familière qu'elle passe pour chinoise.

    La Légende du Serpent blanc

    Elle mérite mieux qu'une mention, parce que son évolution est un cas d'école. Dans la version que fixe Feng Menglong à la fin des Ming, la Dame Blanche est un démon : elle séduit le jeune Xu Xuan (celui que les réécritures des Qing appelleront Xu Xian, comme elles la baptiseront Bai Suzhen), et le moine Fahai qui l'emprisonne sous la pagode de Leifeng, à Hangzhou, est le sauveur de l'histoire. Puis, de réécriture en réécriture, les rôles se retournent : le serpent devient une amoureuse fidèle et courageuse, et Fahai un fanatique qui sépare deux êtres. C'est sous cette forme que l'opéra, le cinéma et la télévision la racontent aujourd'hui.

    Autrement dit, il a fallu quatre siècles pour que le serpent devienne une héroïne. Ça vaut la peine de le savoir avant de conclure qu'il porte bonheur.

    Et à table : au Guangdong, la soupe de serpent 蛇羹 se mange en hiver, on la dit réchauffante. C'est un plat de saison, pas une curiosité pour touristes... même s'il est devenu beaucoup plus rare qu'autrefois.

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