A propos de " la Muraille de Chine"

On parle beaucoup de "la Muraille de Chine"...
Certains s'intéressent à étudier une "muraille" imperméable ou perméable, indestructible ou destructible; moi, je suis juste fascinée par l'histoire du Cheval de Troie, et Ghengis-Khan qui réussit à entrer dans l'Empire du Milieu tout en contournant la Grande Muraille...

常常听人们谈论"中国的长城"...
一些人热衷于研究一堵"墙"的可渗透性和不可渗透性, 可摧毁性和不可摧毁性; 而我呢, 却痴迷于"特洛伊木马"和成吉思汗绕道长城入侵中原的故事...

31 réponses

  1. David Houstin

    Je pense que toute muraille érigée, quelle que soit sa hauteur, sa longueur, son épaisseur ou sa profondeur a toujours ses failles, et quand il y a un mur, il ya toujours des gens pour la contourner... Comme Ghengis-Khan en effet à son époque, ou encore les internautes à la nôtre :p

  2. Anonyme

    Oui, il faut parfois jouer un jeu hors jeu, ou jouer le jeu hors les règles du jeu!!! ^_^

  3. TINTIN 66

    Ma muraille de Chine "est le coeur de ma femme :
    difficile à conquérir au début, je ne l 'ai pas pris d 'assault mais en est fait le tour et les contours pour la connaitre et pour partager des moments délicieux (ces moments de découvertes et d 'observation si savoureux).
    Et puis il faut laisser le temps au temps (pas trop) et ne pas être trop fier de ses exploits de conquérant : le coeur (comme la muraille de Chine) est généreux pour ceux ou celles qui respecte par les actes et non seulement les mots.
    Il faut la protéger et la sauvegarder, la chérir et lui rester fidèle.

    Pour revenir au monument, un rappel wiki http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Muraille et au passage une perspective visuelle

  4. Anonyme

    @TinTin 66:

    Du coup, vous êtes pour: 1.une "muraille" perméable ou 2. une "muraille" contournable?

    Si je comprends bien, vous employez plutôt soft power que hard power? ;)

  5. ckdeux

    Aussi bien un mur qu'un système de protection, on arrive toujours à trouver ses failles.

    Proverbe Bouddhiste, je cite de mémoire :

    " Si on n'arrive pas à attaquer un pentagone par les cinq cotés, alors attaquer par la sixième." :D

  6. Anonyme

    @CKdeux:
    Oui, "le sixième", comme l'histoire du Cheval de Troie, et Ghengis-Khan qui réussit à entrer dans l'Empire du Milieu tout en contournant la Grande Muraille...

    C'est très intéressant: des Européens recentrent leur intérêt vers les pensées chinoises, alors que des Chinois sont encore séduits par les pensées antiques européennes... :)

  7. FREDI

    plus récemment, en France, la ligne Maginot...... contournée....

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_Maginot

  8. Anonyme

    Merci, Fred, pour l'information!

    Parfois une idée "hors jeu" pourrait changer complètement la situation... :)

  9. FREDI

    "Parfois une idée "hors jeu" pourrait changer complètement la situation... :)"

    oui Tong, tout à fait !!!

    dans le cas de la ligne Maginot, célèbre dans nos livres d' histoire, il semblait inimaginable que cette ligne fusse franchie...et pourtant....avec une idée "hors jeu", par deux fois cela s' est produit..... ;)

  10. Hebei

    Il ne faut pas oublier que le rôle historique principal de la muraille était d'empêcher le départ des gens de l'intérieur.

  11. TINTIN 66
    Tong.Z@TinTin 66:

    Du coup, vous êtes pour: 1.une "muraille" perméable ou 2. une "muraille" contournable?

    Si je comprends bien, vous employez plutôt soft power que hard power? ;)


    ni l' une , ni l'autre.
    si elle est perméable, elle ne protège plus ;
    si elle est contournable,elle n' est plus protégée et subit les assauts conquérants....

  12. Anonyme

    @hebei:
    "Il ne faut pas oublier que le rôle historique principal de la muraille était d'empêcher le départ des gens de l'intérieur." Un point de vue que j'ignore, très intéressant! Pourriez vous nous montrer une source d'information à ce sujet? merci! :)

  13. Hebei

    @Tong.Z

    "Il ne faut pas oublier que le rôle historique principal de la muraille était d'empêcher le "départ des gens de l'intérieur." Un point de vue que j'ignore, très intéressant!
    "Pourriez vous nous montrer une source d'information à ce sujet? merci!

    Je vous conseille la lecture de "The Great Wall" de John Man (a Bantam Book).
    Un livre très documenté, exhaustif, comme savent faire les auteurs anglais, et en même temps très intéressant).

    Je copie un Paragraphe de sa préface :
    "The truth is that the Wall was only partly inspired by the threat from the nomads. It "served many other purposes: it defined spheres of interest, marked a frontier, and "confined unruly populations where they could be controlled and taxed and turned into "workers."

  14. laoshi

    Je me permets de traduire pour ceux qui ne lisent pas couramment l'anglais (j'indique entre crochets les termes qui ne sont pas dans l'original)

    "A la vérité, [la construction de] la Grande Muraille était en partie seulement inspirée par la crainte des nomades. Elle répondait à bien d’autres objectifs : elle définissait des sphères d’intérêt, marquait la frontière et confinait des populations indisciplinées dans un espace où l’on pourrait les soumettre à l’impôt et les transformer en travailleurs [serviles]."

  15. Anonyme

    Merci à Hebei et à Laoshi pour votre explication et votre proposition de lecture!

    Finalement, la vérité la vérité... "une vérité peut cacher une autre..." :)

  16. Hebei

    Une fois de plus, merci pour votre (excellente) traduction.
    Depuis 4 ans que je vis principalement en Chine, j'ai acquis la (fausse) certitude que l'anglais est la linga franca de tous les laowai.
    Sorry, 对不起 duìbuqǐ, pardon ... j'ai uniquement pensé à répondre à Tong.Z qui est professionnellement trilingue. Je note que vous l'êtes aussi

  17. laoshi

    Ce sont juste des acquis de l'école républicaine, Hebei.... du temps où l'on bradait pas l'enseignement des langues (aujourd'hui, il paraît que 2 h par semaine, c'est suffisant !) Mais je ne suis pas trilingue ! c'est à peine si je peux dire quelques phrases simples en chinois (que j'apprends depuis peu) et mes autres langues, au lycée, étaient des "langues mortes", le latin et le grec...

  18. FREDI

    c' est quand même amusant, cette question de langues.....;)

    en général, quand on voyage (j' ai pu le faire pas mal ces dernières années ! ) on s' aperçoit en effet (et pas seulement en Chine ! ) que dans la plupart des pays, les gens sont persuadés que la langue des étrangers en général est l' anglais.....
    il faut parfois leur expliquer que l' anglais ne nous est pas plus familier qu' à eux !! ;)
    En tant que francophone, au début ça fait un peu mal de sentir ça...on s' y habitue peu à peu.
    Comme Laoshi, à l' école, nous c' était plutôt Latin / Grec..... et de ma génération, pour les langues vivantes , la tendance était à nous faire choisir l' allemand....
    bien sûr, il y avait aussi l' anglais....mais il y avait, à cette époque, une sorte d' opposition de prestige entre l' anglais et le français sur le plan international (le français, langue des lettrés...etc..) c' est du moins ce qu' on nous disait à l' école à cette époque ! :p

    Du coup, pour l' anglais..... pour le nécessaire indispensable aux voyageurs, ça allait...mais quand il a fallu communiquer plus, avec ma future épouse.... cela se révéla vite insuffisant...:'(...... Je dus racheter un dictionnaire... et , au bout d' un an, le niveau du vocabulaire était bien meilleur !! :p

  19. Anonyme

    @Laoshi:
    Je vous envie! Pouvoir parler des langues mortes, c'est génial! Le latin et le grec, deux origines linguistiques de la civilisation européenne.

    @Fredi:
    Apprendre une langue étrangère pour son amour, c'est romantique à la fois efficace! :)

    Alors ton niveau de chinois? ;)

  20. Kleskool

    Non, la muraille n'est pas imperméable, infranchissable, indestructible...... Et j'en ai la preuve en vidéo : http://tourdumonde2010.free.fr/wordpresstdm/?p=2020
    !!!!!!
    Comme l'a fait Chinggis Khaan en son temps, c'est aujourd'hui d'une facon plus 'moderne' que l'on peut braver la puissance chinoise et vaincre la Grande muraille !

  21. Anonyme

    Chapeau!!!

    Mais... Vous n'étiez pas dans les normes de la protection de patrimoines historiques!!!

  22. laoshi

    Extraordinaire ! Bravo pour votre courage et votre humour ! j'ai tremblé pour vous tout du long... vous êtes fous mais quel résultat ! Jamais je n'avais vu la Grande Muraille ainsi, même à la télévision ! Je vais mettre un lien sur mon site !

    @Tong Z. contente de vous lire à nouveau !

  23. Anonyme

    @Laoshi:

    Merci pour votre gentillesse, Laoshi!

    En fait, je suis occupée par mon travail (j'enseigne le chinois maintenant), de plus en plus, et je n'ai plus de temps à consacrer à des forums...

    Pourtant, j'entretiens toujours régulièrement mes blogs et mon activité sur Facebook! :)

    En espérant vous "revoir" bientôt, je vous souhaite bonne continuation Laoshi!

    Tong ZHANG

  24. laoshi

    C'est la moindre des choses, Tong Z ! Merci en retour.

    Les habitués du forum sont pour chacun de nous, je pense, membres d'une sorte de "famille" virtuelle, d'un réseau de sympathie (quand bien même on ne partage pas tous leurs points de vue) et l'on s'inquiète quand l'un ou l'autre reste trop longtemps silencieux.

    Pouvez-vous nous dire où vous enseignez le chinois ? dans un lycée ? une faculté ? une association ?... Et ce que vous pensez de cette expérience ?

  25. michelem

    @Tongzi,

    Personnellement, j'aimais beaucoup vos petites phrases et expressions "Made in China" qui était autant d'énigmes à résoudre pour ouvrir la porte à une meilleure compréhension de la pensée chinoise :)

    Tous mes voeux de réussite dans votre "nouveau" métier !!!

  26. Anonyme

    @Laoshi:

    Oui, je vous comprends. C'est agréable de pouvoir discuter avec des amis virtuels intéressants!

    Mais je travaille indépendamment et dois tout gérer toute seule... En plus, avec mes cours d'enseignement, je suis plus occupée qu'avant...

    J'ai commencé par des petites missions de remplacement, et l'enseignement me plaît vraiment: une façon d'enseigner à la fois d'apprendre... J'ai des partenaires différents (lycées, centres de formations pour adultes...) pour garder mon statut indépendant...

    Bonne continuation à vous, Laoshi!

    @Michelem:

    Merci beaucoup pour votre gentillesse et encouragement!

    "Faire un pont culturel" était toujours dans mes pensées, et j'étais ravie de pouvoir partager mes idées avec vous! :)

    Bonne continuation à vous aussi!

  27. michel

    J'ai énormément apprécié la vidéo que je n'avais pas vue en son temps !
    J'ai commis un petit commentaire sur Youtub pour féliciter nos deux héros.
    Comme Laoshi et Michelem je suis très heureux de retrouver Tong. Depuis pas mal de temps je m'étonnais de son silence en regrettant ses messages et ses devinettes ;o)
    Laoshi a raison en parlant de notre réseau et du lien virtuel qui nous unit..."Un seul être nous manque et tout est dépeuplé...." Alphonse avait bien raison (sun)

  28. Hebei

    Chére Tong.Z, laissez plutôt tomber Facebook, on ne peut y accéder en Chine. Moi aussi, je vous appréciait beaucoup et j'espère donc vous relire souvent.

  29. Anonyme

    @Michel et @ Hebei:

    C'est gentil, Michel et Hebei, vos petits mots!

    J'essayerai de vous retrouver de temps en temps...

    Je vous souhaite tous bonnes fêtes de fin d'année, et bonne année du lièvre 2011 !

    Tong ZHANG

  30. laoshi

    Voici le récit de la légende telle que les petits écoliers chinois peuvent la lire dans leurs manuels (je voulais la proposer pour l'ENCYCLOPEDIE mais cela ne fonctionne pas :

    « Celui qui n'est pas allé à la grande muraille ne peut être un brave ! » La Grande Muraille de Chine, longue de 10 000 lis, est l'une des huit merveilles du monde. Mais sais-tu au prix de combien d'hommes, morts d'épuisement, de morts aux os blanchis, on a pu l'ériger ? Sais-tu combien de parents, pour qu'elle soit édifiée, ont été privés de leur fils, combien d'enfants ont été privés de leur père et combien d'épouses ont perdu leur mari ? Le personnage principal de l'histoire, Mèng Jiāng Nǔ, est l'une d'entre eux.

    La légende raconte que, dans la région de Bādálǐng vivaient depuis toujours deux familles, l'une s'appelait Mèng, l'autre Jiāng. Les deux familles, voisines depuis des générations, semblaient unies par les liens du sang et n'en former qu'une seule. Une année, la famille Mèng cultiva un plant de citrouille devant son mur ouest. Le plant grandissait doucement ; grimpant le long du mur, il en franchit le faîte et arriva dans la propriété voisine des Jiāng, où il se noua à un plant de citrouille qui se trouvait contre le mur de la maison. Cette citrouille grandissait et s'arrondissait, resplendissante, quiconque la voyait s'extasiait : c'était une vraie merveille !

    Quand vint le temps de cueillir la citrouille, la famille Mèng et la famille Jiāng discutèrent. Puisque la citrouille avait poussé à cheval sur les deux cours, il fallait la couper en deux avec un couteau et en donner la moitié à chaque famille mais personne ne s'attendait à ce que le couteau rencontre une croûte si résistante. Et voilà que la citrouille se partagea d'elle-même en deux moitiés dans un craquement retentissant…. A l'intérieur était allongé un petit bébé, blanc et replet, pleurant son « ouin, ouin », comme il se doit ! Tous, très surpris, se hâtèrent de soulever l'enfant dans leurs bras pour le voir : c'était une jolie petite fille ; les Mèng et les Jiāng étaient au comble du bonheur ; n'ayant d'enfant ni les uns ni les autres, ils convinrent de l'élever ensemble et choisirent de l'appeler « Mèng Jiāng Nǔ »…

    Les jours passaient si vite qu'on ne s'en apercevait pas, la petite Mèng Jiāng Nǔ avait déjà six ans. Les Mèng et les Jiāng avaient une servante qui maîtrisait à la perfection l'art de la broderie. Quand la servante travaillait, Mèng Jiāng Nǔ se tenait à ses côtés pour la regarder ; après l'avoir vue faire quelques fois, elle apprit toute seule à faire aller et venir ses mains de la même manière, à la grande surprise de tous. La servante, sidérée, lui apprit donc son art en guidant sa main de la sienne. Mèng Jiāng Nǔ faisait preuve de grandes capacités de compréhension, aussi ne lui fallut-il pas longtemps pour réaliser des broderies semblables au modèle et très présentables. Le seigneur Jiāng, voyant que la petite fille avait une certaine intelligence, lui apprit à lire quelques poèmes populaires en vers libres. Quant à la servante, elle connaissait quelques intrigues empruntées à l'histoire folklorique et elle les raconta à la petite Mèng Jiāng Nǔ. La petite avait une bonne mémoire ; vers son quinzième ou seizième anniversaire, non seulement elle connaissait les hauts faits de divers personnages historiques mais encore elle était parfaitement éduquée.

    Mèng Jiāng Nǔ, grandissant peu à peu sous la protection des deux familles, Jiāng et Mèng, devint ainsi une jolie jeune fille, gracieuse et élancée comme une statue de jade. Un jour qu'elle se promenait au jardin, elle aperçut soudain, caché au milieu des massifs de fleurs, un homme qui semblait un lettré. Imaginant qu'il pouvait s'agir d'un malfaiteur, elle appela en toute hâte son papa le seigneur Mèng à la rescousse. Le seigneur Mèng demanda au lettré de sortir du buisson, et dès sa première question, il sut que celui-ci s'appelait Fàn Xǐliáng.

    En ce temps-là, l'empereur Qín Shǐ courait le pays tout entier par monts et par vaux pour réquisitionner des hommes vigoureux afin de construire la Grande Muraille. Sur dix des hommes dans la force de l'âge qui construisaient celle-ci, il y en avait huit ou neuf qui ne rentraient jamais et Fàn Xǐliáng, fuyant son village natal pour échapper à l'arrestation, était arrivé jusque là. Le seigneur Mèng, voyant que ce jeune homme avait des traits délicats, une conduite polie et une bonne éducation, lui offrit l'hospitalité. Non seulement Fàn Xǐliáng avait fait de solides études mais encore il était dur à la peine ce qui lui valait l'affection de tous ; Mèng Jiāng Nǔ se mit secrètement à l'aimer elle aussi.

    En un clin d'œil, Mèng Jiāng Nǔ arriva à l'âge où les filles doivent se marier et les deux familles, les Mèng et les Jiāng, dès leur première discussion, estimèrent que Fàn Xǐliáng ferait l'affaire ; au premier mot qu'elles en touchèrent à leur fille, celle-ci, heureuse du fond du cœur, répondit timidement qu'elle était d'accord. Dès lors, les deux familles attendirent le mariage en bénissant le Ciel et la Terre. Le jour du mariage fut chaleureux et animé, mais les deux familles ne se doutaient pas qu'à l'instant même où elles allaient entrer dans la chambre des mariés, le mandarin du district viendrait arrêter les hommes dans la force de l'âge pour les emmener à la corvée, et qu'il enrôlerait Fàn Xǐliáng sans le laisser s'expliquer.

    La pauvre Mèng Jiāng Nǔ pleurait toutes les larmes de son corps, elle restait assise, prostrée, jour après jour, à attendre Fàn Xǐliáng. Mais après avoir attendu trois mois sans voir son mari revenir, elle décida d'aller à la Grande Muraille le chercher. Elle marcha, oh, elle marcha, déchirant sa veste de paysan et usant ses chaussures, endurant mille et une souffrances, traversant les pires épreuves mais elle finit par arriver au pied de la Grande Muraille. Innombrables étaient les hommes dans la force de l'âge qui suaient sang et eau sous le soleil ardent et ils étaient très nombreux déjà ceux qui ne s'étaient pas relevés, épuisés par l'ascension. Les énormes blocs de rocher nécessaires à la construction étaient extraits à grands coups de masse et de burin par des paysans. Ils les portaient à deux mains, les chargeaient sur leurs épaules et, peu à peu, le rempart s'élevait sans aucun égard pour ceux qui l'édifiaient. Des officiers, armés de fouets, les surveillaient et les coups pleuvaient à verse à tout bout de champ. Les ouvriers qui ne pouvaient supporter ces traitements cruels et qui mouraient sur le chantier de la Grande Muraille étaient nombreux.

    A la vue de ce spectacle affligeant, Mèng Jiāng Nǔ, le cœur palpitant, la chair frémissante, versant des larmes sans fin, était plus déterminée que jamais à retrouver son mari mais elle avait beau aller et venir, elle ne le trouvait pas. Sur des charbons ardents, cherchant et pleurant tout à la fois, elle finit par appeler à haute voix : « Xǐliáng, où es-tu, Xǐliáng où es-tu ? » Un conscrit qui revenait de l'extérieur du rempart lui dit alors : « tu cherches Fàn Xǐliáng ? » Mèng Jiāng Nǔ, tout heureuse, lui saisissant les mains, lui répondit : « Oui, grand-frère, est-ce que tu sais où il est ? » Le conscrit lui répondit, en baissant tristement la tête : « Il y a trois jours qu'il est mort, il est enseveli là-bas, dans les fondations de la Grande Muraille. » À l'annonce de cette triste nouvelle, Mèng Jiāng Nǔ faillit s'évanouir. Elle arriva en chancelant au pied de la Grande Muraille, il y avait là pléthore d'ossements mais, en réalité, elle ne savait toujours pas où était enterré Fàn Xǐliáng. Mèng Jiāng Nǔ, la voix brisée par les sanglots, pleura amèrement, elle pleura jusqu'à obscurcir le ciel et à enténébrer la terre de ses larmes. Elle pleurait, elle pleurait et l'on entendit tout à coup un formidable grondement : de fait, tout un pan de l'épaisse muraille venait de s'écrouler dans un bruit de tonnerre, découvrant le corps de Fàn Xǐliáng. Mèng Jiāng Nǔ se jeta sur le cadavre de son mari et se releva en pleurant plus amèrement encore.

    Ayant entendu dire que quelqu'un avait renversé la Grande Muraille à force de larmes, l'Empereur Qín Shǐ envoya ses hommes l'arrêter. Or, au premier regard, l'Empereur fut subjugué par la beauté de Mèng Jiāng Nǔ : « Tu as fait tomber la Grande Muraille par la force de tes larmes, lui dit-il, c'est un crime passible de mort, la sentence est inéluctable. Cependant, si tu consens à devenir ma concubine, je te pardonnerai ». Mèng Jiāng Nǚ, regardant le despote devant elle, répondit : « J'y consens. Mais il faut que toi et moi nous allions à la Grande Muraille, je dois m'occuper de donner une sépulture à mon mari, ensuite, je t'épouserai». Pour obtenir Mèng Jiāng Nǔ, l'Empereur Qín Shǐ accepta. Ils allèrent donc à la Grande Muraille. Arrivée au pied du rempart, Mèng Jiāng Nǔ, montrant du doigt un tas d'ossements à l'empereur Qín Shǐ, lui dit avec colère : « Tyran, regarde ces ossements, vois combien d'époux tu as condamnés à la séparation, combien de familles tu as ruinées et anéanties ! Et tu voudrais que je t'épouse, toi, le tyran ? Tu rêves ! Ce que je veux, c'est aller retrouver mon mari dans le monde souterrain pour vivre à nouveau avec lui comme mari et femme ». Quand elle eut finit de parler, Mèng Jiāng Nǔ se précipita soudain la tête la première contre la Grande Muraille qui s'écroula dans un fracas de tonnerre, ensevelissant son corps avec celui de Fàn Xǐliáng.

    Depuis lors, l'histoire émouvante de Mèng Jiāng Nǔ pleurant sur la grande Muraille n'a cessé de se transmettre dans le folklore et les hommes chantent encore aujourd'hui ses louanges.

  31. michelem

    Un grand merci, Laoshi, pour cette magnifique légende !!! :)

    Peut-être vais-je regarder désormais la Grande Muraille avec moins d'admiration et penser davantage au sacrifice des hommes qui l'ont construite ...

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