J’ai été frappée, en regardant, au mois de juillet, un médiocre feuilleton chinois sur CCTV, de voir que les Chinois pratiquaient désormais la poignée de main, avec une sorte d’emphase touchante de maladresse (geste dont ils feraient mieux de se passer en ces périodes d’épidémies galopantes…).
Etonnant comme les langages culturels sont incorporés !
J’ai réfléchi alors à toutes les marques de cette incorporation dans les différents livres ou films que je viens de lire et de voir. Dans Le Rêve du village des Ding, par deux fois, un personnage renifle pour marquer son mépris pour un autre. Dans Brothers, Li Guangtou se donne des gifles (j’avais déjà vu ce comportement dans un feuilleton chinois, toujours sur CCTV, racontant une histoire du début du XX° siècle où un eunuque du palais impérial demandait régulièrement à son intendant de se gifler lui-même pour se punir de tel ou tel méfait, autopunition consciencieusement accomplie).
D’autres gestes, plus codés encore, m’étaient apparus lors de mon voyage en Chine, en 96 : la façon de compter jusqu’à 10 avec les doigts d’une seule main, que chacun de vous connaît sans doute ici. Le jeu de la mourre, un jeu de mains, dont j’ai parlé ailleurs sur ce forum. La façon de se moucher, dans la rue, sans mouchoir (mais c’est un comportement que l’on voit aussi ailleurs sans doute) ; la manière dont, à Shanghai, sur le Bund, des jeunes hommes se promenaient enlacés alors même, sans doute, qu’ils n’auraient pas osé témoigner publiquement de leur homosexualité s’ils avaient été homosexuels (cf. une autre rubrique consacrée à ce sujet).
Si vous avez repéré d’autres usages, d’autres gestes, d’autres témoignages des langages non linguistiques du corps, je vous serais reconnaissante de me les signaler.
12 réponses
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laoshi Merci à Kiki et à Haidaloup de ces nouveaux éléments de réponse.
Etonnant ce symbole Ming ! Décidément, les chinois ont le sens de l'image, du jeu de mots et du jeu de mains !
Je connaissais ces joutes oratoires tibétaines, très impressionnantes en effet. Je pense que les "disputationes" auxquelles se livraient les étudiants du moyen âge devaient leur ressembler un tant soit peu...
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michelem Des précisions très intéressantes en effet.La symbolique du soleil et de la lune est belle.L'allusion au caractère "ming" n'a jamais mis la puce à l'oreille des envahisseurs mandchous ???
J'avais vu ,moi aussi, un reportage sur ces joutes oratoires tibétaines,et j'avais pensé qu'il serait drôle que nos "orateurs" fassent de même !!!
Haidaloup, votre voeu s'est-il réalisé ??? -
Haidaloup Le problème, c'est qu'on m'a expliqué après coup que j'aurais dû faire un voeu. Pourtant, vu l'importance de ce moine, ça aurait sûrement marché :'(;)
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laoshi 真可惜 ! zhēn kě xī ! quel dommage !
Merci en tout cas pour la vidéo et pour cet intéressant témoignage, Haidaploup. Les moines vous ont-ils dit quelle était la signification du rituel de lustration des cheveux avec le vin ? Cela devait représenter une sacrée dépense pour eux mais aussi une dépense sacrée !
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Haidaloup Malheureusement, le moine en question parlait à peine anglais, et moi à peine chinois... Les rares fois où j'ai pu discuter avec un moine et un guide parlant assez bien anglais, j'avais tant de questions à poser que celle-ci ne m'a pas effleurée :$
Je poserai la question à mes amis chinois, Zhu Jie saura peut-être.
En fait, j'ai dû boire le vin avant de la passer dans les cheveux, un moindre mal pour mes cheveux et mon estomac a plutôt bien supporté : il faut avouer que cette région est particulièrement sale et les moines sont loin d'avoir une hygiène irréprochable :s -
TINTIN 66 laoshiMerci beaucoup, Grégory, pour cette précision qui enrichit notre vocabulaire.
Savez-vous si on peut utiliser cette expression comme verbe ? je le suppose mais je ne l'ai pas trouvée dans le dictionnaire et je me demande quelle est la construction :
avec 他抱拳给... + le nom de la personne que l'on salue ?
En cherchant le mot dans le dictionnaire j'ai trouvé :
打拳 dǎ quán = pratiquer la boxe
太极拳 tài jí quán (j'ignorais que cela s'écrivait ainsi)
猜拳cāi quán = jouer à la mourre (un jeu de mains dont nous avons déjà parlé ici...)
Merci également à Tintin pour ces références bibliographiques. Pourriez-vous nous en dire plus sur les descriptions de ces « rituels de purification par le salut » ? Avez-vous la réponse à ma question concernant la construction grammaticale correcte ?
Merci encore à vous deux,
non malheureusement mes connaissances grammaticales ne me permettent pas de vous renseigner plus profondement Laoshi.:'(
quant aux rituels de de purification par le salut,je vous invite a lire l' article sur mon blog:)
http://tintin66.enchine.fr/label/478/la-spiritualite/1au passage ,je remercie kiki pour les precisions apportees.;););)
amities -
laoshi Sans internet depuis une quinzaine de jours, je n'ai pas pu vous remercier de votre message, Tintin ; j'ai lu votre article sur le salut comme rite de purification, j'ignorais tout de ces esprits ou énergies perverses.... Merci pour l'information....
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laoshi Le feuilleton que diffuse actuellement CCTV , Temps effervescents, présente, dans l'épisode n°9, des manières et table et des postures intéressantes opposant les citadins aux paysans même si c'est de manière très caricaturale.
Les paysans aspirent les nouilles à grand bruit, ils mangent goulûment, en claquant des lèvres, en tenant leur bol (deux fois plus grand que le bol standard) contre leur menton et en poussant le riz dans leur bouche à grands coups de baguettes (leur nom 筷子 [kuaizi] convient parfaitement à la rapidité du geste).
Le petit citadin qui regarde la scène n'en revient pas et demande à sa maman pourquoi ils "claquent des mâchoires" en mangeant. Mais le plus curieux est qu'ils s'accroupissent, les pieds sur leur chaise, pour manger, dominant ainsi la table sur laquelle se trouvent les mets.
Ils ont d'ailleurs les plus grandes difficultés à s'asseoir dans les fauteuils - trop mous -, de leurs hôtes, et leur réclament de solides tabourets ; ils préfèrent d'ailleurs s'accroupir dans le vide, une posture de repos que signalait déjà Stardust ici même.
Autre difficulté : l'utilisation des toilettes dont "l'oncle" ignore le code. Après être allé uriner dehors "dans un coin tranquille" (louable souci de discrétion), ayant appris avec stupeur qu'on pouvait se soulager à l'intérieur même des maisons, il demande enfin à ses hôtes où sont les WC. Mais, incapable de se jucher sur le siège pour déféquer, n'y tenant plus, il se fait conduire aux toilettes publiques (dont on peut supposer qu'elles sont "à la turque") par son neveu.
Il n'est pas question évidemment de prendre tout ceci pour argent comptant mais ce feuilleton nous rappelle que nous avons tous subi inconsciemment une orthopédie gestuelle, un dressage corporel et il est intéressant de voir que les Chinois, tout égalitaristes qu'ils prétendent être, sont sensibles aux distinctions qui affectent les usages sociaux du corps.
Le clivage est d'ailleurs également sexuel puisque la mère est plus sensible que son mari aux débordements corporels de toute sorte, qu'ils soient gestuels ou autres : odeurs corporelles, ronflements, bruits de bouche etc.
La suite du feuilleton sanctionnera-t-elle ce "mépris de classe" ? Je le saurai ce soir, ou demain, peut-être !...
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Haidaloup Merci Laoshi de nous faire partager ce feuilleton et l'analyse sociologique qui en découle. J'attends de vous lire pour connaître la suite !
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laoshi Grégory nous l'a indiqué ici, une gestuelle codée accompagnait dans la Chine traditionnelle la récitation des classiques.
Le feuilleton que diffuse actuellement CCTV, Temps effervescents donne un exemple de gestuelle révolutionnaire accompagnant la récitation des poèmes des jeunes soldats brandissant le petit livre rouge au début de la Révolution culturelle.
pour ceux que cela intéresse, c'est à la minute 27 de l'épisode 12
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laoshi Je reprends ce sujet sur la gestuelle et le langage du corps pour signaler un comportement que j'ai découvert dans énormément de feuilletons et que j'ai retrouvé dans Xi Laile, le feuilleton actuellement diffusé sur CCTV : les personnages se donnent des gifles à eux-mêmes pour se punir de tel ou tel impair ou de telle ou telle faute devant celui qu'ils ont offensé ou contrarié. Et, apparemment, ils y vont de bon coeur ! les gifles sont sonores et les joues rouges !
J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une pratique ancienne, liée au régime impérial et à son étiquette, mais ce geste, pour nous étrange, apparaît également dans les feuilletons les plus actuels ! L'avez-vous observé lors de vos séjours en Chine ? Savez-vous comment on désigne cette pratique en chinois ?
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laoshi Une nouvelle "découverte" (pour moi, s'entend) dans un feuilleton (La Beauté muette , épisode 21) : les Chinois semblent prêter serment le poing droit fermé et non pas la main droite ouverte.
Le feuilleton est censé se dérouler pendant la guerre sino-japonaise, je me demande donc si ce geste est encore attesté aujourd'hui.
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