Bonjour jomonh,
Votre recherche n'a rien donné pour une raison simple : il n'existe pas, à ma connaissance, d'anthologie française consacrée aux Sept Sages comme groupe. Ils sont dispersés, et il faut aller les chercher un par un. Voici ce que je peux vous indiquer, sous réserve : je cite en partie de mémoire, vérifiez les éditions.
Ce qui existe
- Ji Kang (Hi K'ang, 223-262). Le travail de référence en français est celui de Donald Holzman, La Vie et la Pensée de Hi K'ang, publié chez Brill en 1957. C'est une étude, mais elle analyse l'ensemble de l'oeuvre et donne en appendice, traduits, les textes de la polémique avec Xiang Xiu sur l'art de nourrir la vie. La Lettre de rupture à Shan Tao et le traité « la musique n'a ni joie ni tristesse » y sont commentés de près. Le volume est ancien et se trouve surtout en bibliothèque universitaire.
- Ruan Ji (210-263). Ses quatre-vingt-deux Chants de mes émotions (咏怀诗) sont le coeur de son oeuvre poétique. Vous en trouverez un choix dans les anthologies générales : celle de la Pléiade, Anthologie de la poésie chinoise parue en 2015 sous la direction de Rémi Mathieu, en donne plusieurs, avec un appareil de notes solide. C'est le volume que je conseillerais en premier, parce qu'il vous donnera aussi du Ji Kang.
- Liu Ling. Son unique texte célèbre, l'Éloge de la vertu du vin (酒德颂), tient en une page et figure dans plusieurs recueils de prose ancienne. C'est le plus facile à trouver.
- Jean Levi a publié des textes polémiques de cette période sous le titre Éloge de l'anarchie par deux excentriques chinois, aux éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, au début des années 2000 : je cite de mémoire, mais c'est le genre de piste qui devrait vous intéresser.
Le détour qui vaut la peine
Presque tout ce que nous savons d'eux comme personnages : les anecdotes, l'ivresse, la nudité, le refus de charge, Ruan Ji regardant les gens avec le blanc de l'oeil quand ils l'ennuient, ne vient pas de leurs oeuvres mais du Shishuo xinyu 世说新语, recueil d'anecdotes compilé au Ve siècle. C'est un livre délicieux, et c'est là qu'ils vivent. La traduction anglaise de Richard Mather (A New Account of Tales of the World) est complète et annotée ; côté français, je n'ai en tête que des traductions partielles publiées en revue.
Un mot sur le contexte, parce qu'il rend les textes lisibles : nous sommes au IIIe siècle, entre la chute des Han et la prise du pouvoir par les Sima. Prendre parti, c'est risquer sa tête : Ji Kang a été exécuté à trente-neuf ans. Le retrait, l'ivresse et l'excentricité ne sont pas un art de vivre esthétique, ce sont des stratégies de survie, et la « pure conversation » 清谈 est une manière de parler de tout sans parler de rien qui compromette.
Où chercher concrètement : le catalogue de la bibliothèque de l'Institut des hautes études chinoises, au Collège de France, et la revue Études chinoises pour les traductions parues en articles. C'est souvent là que dorment les traductions françaises que le web ne référence pas.