Tao Te King
Le Livre de la voie et de la vertu
Lao Tseu. Traduction de Stanislas Julien, Paris, Imprimerie royale, 1842. Texte du domaine public, d'après Wikisource.
Chapitre 73
勇於敢則殺,勇於不敢則活。此兩者,或利或害。天之所惡,孰知其故?是以聖人猶難之。天之道,不爭而善勝,不言而善應,不召而自來,繟然而善謀。天網恢恢,踈而不失。
Celui qui met son courage à oser, trouve la mort (1).
Celui qui met son courage à ne pas oser, trouve la vie.
De ces deux choses (2), l’une est utile, l’autre est nuisible.
Lorsque le ciel déteste quelqu’un, qui est-ce qui pourrait sonder ses motifs ?
C’est pourquoi le Saint se décide difficilement à agir.
Telle est la voie (la conduite) du ciel.
Il ne lutte point (3), et il sait remporter la victoire.
Il ne parle point, et (les êtres) savent lui obéir.
Il ne les appelle pas, et ils accourent d’eux-mêmes.
Il paraît lent (4), et il sait former des plans habiles.
Le filet du ciel est immense ; ses mailles sont écartées et cependant personne n’échappe.
Notes de Stanislas Julien
(1) E : Le mot cha 殺, vulgo « tuer, » signifie ici « mourir » (il devient passif par position).
(2) E : Ces deux choses sont l’action d’oser et l’action de ne pas oser. Le mot li 利, « est utile, » répond au mot houo 活, « vivre ; » le mot haï 害, « causer du dommage, » répond au mot cha 殺, « mourir. »
Le ciel aime les bons et déteste les méchants. Celui qui met son courage à oser (B : qui ose lutter pour obtenir le premier rang ; A : qui ose agir) encourt la haine du ciel. C’est pourquoi cette conduite est funeste et ne procure aucun profit. Mais le peuple est aveugle ; il ne connaît jamais les motifs du ciel. Il n’y a que le Saint qui puisse sonder les vues du ciel. C’est pourquoi, dans les affaires, il trouve tout difficile et n’ose rien entreprendre.
(3) E : Le ciel ne lutte point avec les hommes, et il n’y a personne dont il ne triomphe ; il ne parle pas, et ils lui répondent aussi rapidement que l’écho répond à la voix ; il ne les appelle pas, et ils viennent d’eux-mêmes pour rectifier leur cœur.
(4) E : Le ciel paraît lent ; mais il excelle à former des desseins. Quoique le filet des défenses du siècle ait des mailles serrées (c’est-à-dire quelle que soit la sévérité des lois pénales), il y a beaucoup d’hommes (de coupables) qui réussissent à échapper au châtiment. Le filet du ciel est grand et vaste ; il semble avoir des mailles écartées ; mais il n’y a pas un méchant qui puisse l’éviter.
Sou-tseu-yeou : Il agit avec lenteur ; on dirait qu’il ne médite rien, et cependant ses plans et ses desseins sont si élevés, que personne ne peut y atteindre. Quand les hommes du siècle regardent le ciel avec leurs yeux, ils n’en voient qu’un coin étroit ; ils ne peuvent le découvrir dans son immensité. Quelquefois un homme fait le bien et tombe dans le malheur ; quelquefois il fait le mal et obtient le bonheur. Le peuple ne doute point que le filet du ciel n’ait des mailles trop larges et que beaucoup de coupables n’échappent à leur châtiment. Mais, si l’on sait attendre la fin, on ne tarde pas à reconnaître que si le filet du ciel est vaste, si les mailles paraissent écartées, cependant il ne laisse échapper aucun coupable.
Chapitre 74
民不畏死,奈何以死懼之?若使民常畏死,而為奇者,吾得執而殺之,孰敢?常有司殺者殺。夫司殺者,是大匠斲;夫代大匠斲者,希有不傷其手矣。
Lorsque le peuple ne craint pas la mort, comment l’effrayer par la menace de la mort (1) ?
Si le peuple craint constamment la mort, et que quelqu’un fasse le mal, je puis le saisir et le tuer, et alors qui osera (l’imiter) ?
Il y a constamment un magistrat suprême qui inflige la mort (2).
Si l’on veut remplacer ce magistrat suprême, et infliger soi-même la mort, on ressemble à un homme (inhabile) qui voudrait tailler le bois à la place d’un charpentier.
Lorsqu’on veut tailler le bois à la place d’un charpentier, il est rare qu’on ne se blesse pas les mains.
Notes de Stanislas Julien
(1) Sou-tseu-yeou : Lorsque le gouvernement est tyrannique, qu’il inflige des châtiments cruels et que le peuple ne sait plus que devenir, il ne craint point la mort. Quand on voudrait l’effrayer par la menace de la mort, ce serait chose inutile.
Mais, lorsque le peuple est heureux sous la tutelle du gouvernement, il aime à vivre et craint constamment la mort. Si quelqu’un excite alors la multitude au désordre, le ciel l’abandonne et je puis lui donner la mort. On dira que c’est le ciel qui l’a tué et non pas moi. Mais (B) c’est une chose grave que de décider de la vie des hommes ! Comment pourrait on les tuer à la légère ?
Li-si-tckaï : Ce chapitre a pour but de montrer que les lois pénales du siècle sont inefficaces pour bien gouverner. Si le peuple craint réellement la mort et que quelqu’un fasse le mal, il me suffira de tuer ce seul homme pour effrayer ceux qui seraient tentés de l’imiter. Mais si les crimes du peuple augmentent en proportion des châtiments et des exécutions capitales, il est évident (E : que le peuple ne craint pas la mort et) qu’il ne faut pas compter sur les châtiments pour faire régner l’ordre et la paix. Les princes de la dynastie des Thsin eurent recours aux supplices les plus rigoureux, leurs lois étaient d’une sévérité excessive, et le nombre des révoltés et des brigands s’augmentait à l’infini. Les Han, au contraire, établirent des lois douces et indulgentes, et tout l’empire vint se soumettre à eux.
(2) Littér. « Semper existit præses τοῦ occidere, qui occidit. »
C’est le ciel, dit Ou-yeou-thsing, qui préside à la peine capitale. C’est le ciel seul qui peut tuer les hommes, de même que le charpentier est le seul qui puisse tailler le bois. Si quelqu’un veut remplacer le ciel pour tuer les hommes, c’est comme s’il remplaçait le charpentier pour tailler le bois. Celui qui prétend tailler le bois à la place du charpentier ne peut manquer de se blesser les mains. Cette comparaison a pour but de montrer que celui qui usurpe le droit de tuer les hommes, éprouve nécessairement une foule de malheurs. Lao-tseu s’exprime ainsi, dit Lin-hi-i, parce que les princes de son temps aimaient à tuer les hommes.
Li-si-tchaï : Laissez faire le ciel : il envoie le bonheur aux hommes vertueux et le malheur aux méchants. Quoiqu’il agisse en secret, aucun coupable ne peut lui échapper ; mais (B) si vous voulez remplacer le ciel qui préside à la mort, la peine capitale que vous aurez infligée retombera sur vous, et votre cœur sera déchiré de remords.
Sie-hoeï : L’empereur Thaï-tsou-hoang-ti (fondateur de la dynastie des Ming, qui monta sur le trône en 1368) s’exprime ainsi dans sa préface sur le Tao-te-king : Depuis le commencement de mon règne, je n’avais pas encore appris à connaître la voie (la règle de conduite) des sages rois de l’antiquité. J’interrogeai là-dessus les hommes, et tous prétendirent me la montrer. Un jour que j’essayais de parcourir une multitude de livres, je rencontrai le Tao-te-king 道德經. J’en trouvai le style simple et les pensées profondes. Au bout de quelque temps je tombai sur ce passage du texte : « Lorsque le peuple ne craint pas la mort, comment l’effrayer par la menace de la mort ? »
À cette époque-là l’empire ne faisait que commencer à se pacifier ; le peuple était obstiné (dans le mal) et les magistrats étaient corrompus. Quoique chaque matin dix hommes fussent exécutés sur la place publique, le soir il y en avait cent autres qui commettaient les mêmes crimes. Cela ne justifiait-il pas la pensée de Lao-tseu ? Dès ce moment je cessai d’infliger la peine capitale ; je me contentai d’emprisonner les coupables et de leur imposer des corvées. En moins d’un an mon cœur fut soulagé. Je reconnus alors que ce livre est la racine parfaite de toutes choses, le maître sublime des rois et le trésor inestimable des peuples !
Chapitre 75
民之飢,以其上食稅之多,是以飢。民之難治,以其上之有為,是以難治。民之輕死,以其求生之厚,是以輕死。夫唯無以生為者,是賢於貴生。
Le peuple a faim (1) parce que le prince dévore une quantité d’impôts.
Voilà pourquoi il a faim.
Le peuple est difficile à gouverner parce que le prince (2) aime à agir.
Voilà pourquoi il est difficile à gouverner.
Le peuple méprise la mort (3) parce qu’il cherche avec trop d’ardeur les moyens de vivre.
Voilà pourquoi il méprise la mort.
Mais celui qui ne s’occupe pas de vivre (4) est plus sage que celui qui estime la vie.
Notes de Stanislas Julien
(1) Liu-kie-fou : Le travail d’un seul laboureur suffit pour nourrir plusieurs personnes. Comment se fait-il que le peuple éprouve la disette et la faim ? N’est-ce pas parce que le prince ( A ) lève de trop lourds impôts ?
(2) C : Lorsque le gouvernement est tyrannique, lorsque les lois sont d’une rigueur excessive et que le prince déploie toutes les ressources de la prudence pour mieux opprimer ses sujets, ceux-ci ont recours à la ruse et à la fraude pour éluder les rigueurs de l’administration, et alors ils sont difficiles à gouverner.
(3) J’ai suivi le commentateur A : I-khi-khieou-sing-houo-tchi-tao-thaï-heou 以其求生活之道太厚. E : Celui qui cherche avec trop d’ardeur les moyens de vivre est l’esclave de mille projets ; il fatigue sa vie et détruit la paix de son âme. Il fait de folles dépenses, et, en songeant au lucre, il oublie le malheur et les échecs. Voilà pourquoi il méprise la mort.
Liu-kie-fou : Si le peuple est content de sa nourriture, de ses vêtements, de son habitation, il ne méprise point la mort. Quand il méprise la mort, c’est qu’il y est poussé par le besoin de conserver sa vie. C’est pourquoi le Saint n’établit point des règlements importuns et le peuple s’enrichit. Il n’a point de désirs, et le peuple, qui l’imite, revient à sa pureté primitive. Alors le prince ne consume pas une quantité d’impôts et personne ne souffre la faim.
(4) A : Les mots wou-i-sing-weï-tche 無以生爲者 signifient, « celui qui ne fait pas de la vie son occupation, qui ne s’occupe pas de vivre, » 無以生爲務者.
E : Celui qui ne s’occupe pas de vivre est celui dont Lao-tseu a dit (chapitre vii) : « il se dégage de son corps (littéralement « il met son corps en dehors de lui) et son corps se conserve. » Un tel homme est infiniment plus sage que (sic A ; E : l’emporte sur) celui qui estime la vie.
Liu-kie-fou : Le Saint ne se met pas en lumière parce qu’il s’est dépouillé de son corps ; il ne se prise point lui-même parce qu’il a renoncé à la vie. On voit par là qu’il ne prend aucun souci de la vie.
A : Le Saint ne s’occupe point de la vie ; les hauts emplois, les riches émoluments n’entrent point dans sa pensée ; les richesses et le lucre n’effleurent point son âme ; l’empereur ne pourrait l’assujettir, tous les vassaux ne pourraient le soumettre à leur puissance. On voit par là qu’il est plus sage que ceux qui estiment la vie.
Chapitre 76
人之生也柔弱,其死也堅強。萬物草木之生也柔脆,其死也枯槁。故堅強者死之徒,柔弱者生之徒。是以兵強則不勝,木強則共。強大處下,柔弱處上。
Quand l’homme vient au monde (1), il est souple et faible ; quand il meurt, il est roide et fort.
Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont souples et tendres ; quand ils meurent, ils sont secs et arides.
La roideur et la force sont les compagnes de la mort (2) ; la souplesse et la faiblesse sont les compagnes de la vie.
C’est pourquoi, lorsqu’une armée est forte (3), elle ne remporte pas la victoire.
Lorsqu’un arbre est devenu fort, on l’abat (4).
Ce qui est fort et grand occupe le rang inférieur ; ce qui est souple et faible occupe le rang supérieur (5).
Notes de Stanislas Julien
(1) B : Quand l’homme vient au monde, le sang circule dans tout son corps, l’harmonie des esprits vitaux est dans sa plénitude. C’est pourquoi ses nerfs sont souples et sa chair est molle. Quand il meurt, son sang se tarit (littéralement « se dessèche »), ses veines s’oblitèrent, et l’harmonie des esprits vitaux abandonne son corps. C’est pourquoi ses membres sont roides et forts.
Quand un arbre naît, sa vitalité est complète, sa séve est abondante. C’est pourquoi il est souple et tendre. Mais quand il dépérit, sa vitalité se dissipe et sa séve se tarit.
(2) Plusieurs commentaires m’autorisent à rendre le mot tou 徒 (vulgo « piéton, disciple »), par « compagne. » E l’explique par louï 類, « sorte, espèce. » Selon lui, on traduirait : « sont une sorte de mort........ sont une sorte de vie. » (Cf. supra, chap. L, note 2, où Yen-kiun-ping l’explique par « cause, » sens qu’on pourrait aussi admettre dans ce passage.)
Li-si-tchaï : Tout ce chapitre a un sens figuré. Lao-tseu veut dire que celui qui se rapproche du Tao par sa souplesse et sa faiblesse est assuré de vivre, et que celui qui s’éloigne du Tao, en recherchant la force et la puissance, en luttant contre les obstacles au lieu de leur céder, périra infailliblement.
(3) A : Une armée forte tente le combat à la légère ; elle aime à tuer les hommes, à répandre des désastres qui lui attirent de nombreux ennemis. Alors tous ceux qui étaient faibles s’associent ensemble contre elle, et deviennent puissants par leur union. C’est pourquoi celui qui est fort ne remporte pas la victoire.
Liu-kie-fou explique les mots p’ingkhiang 兵強 par « celui qui est puissant par les armes. » Les mots suivants, mou-khiang 木強, « l’arbre est fort, » sont exactement parallèles et montrent que le mot p’ing 兵, « armes, armée, » doit être traduit au nominatif (quando exercitus fortis est), et non au cas instrumental (quando quis exercitu fortis est).
(4) Le mot kong 共 (vulgo « simul ») a beaucoup embarrassé les commentateurs. G conseille de le prendre pour ho-kong 拱合 dans le sens de « entourer. » Tsiao-hong : On entoure l’arbre pour l’abattre, on l’abat. C’est aussi le sens de B, de C et de Liu-kie-fou.
(5) B : Les êtres vivants qui sont durs et forts perdent leur harmonie vitale et meurent. Il est juste qu’ils occupent le rang inférieur. Ceux qui sont souples et faibles possèdent toute la plénitude de l’harmonie et ils vivent. C’est pourquoi ils occupent le premier rang. On voit par là que la roideur et la force sont l’origine, la cause de notre mort ; et que la souplesse et la faiblesse sont ce qu’il y a de plus important pour entretenir notre vie.
Le commentateur D donne un autre sens : par ce qui est dur et fort, il entend ici la partie inférieure du tronc de l’arbre ; par ce qui est souple et faible, il entend les branches minces qui s’élèvent à son sommet.
Chapitre 77
天之道,其猶張弓與?高者抑之,下者舉之;有餘者損之,不足者補之。天之道,損有餘而補不足。人之道,則不然,損不足以奉有餘。孰能有餘以奉天下,唯有道者。是以聖人為而不恃,功成而不處,其不欲見賢。
La voie du ciel (c’est-à-dire le ciel) est comme l’ouvrier en arcs (1) qui abaisse ce qui est élevé, et élève ce qui est bas ; qui ôte le superflu, et supplée à ce qui manque.
Le ciel ôte à ceux qui ont du superflu pour aider ceux qui n’ont pas assez (2).
Il n’en est pas ainsi de l’homme : il ôte à ceux qui n’ont pas assez pour donner à ceux qui ont du superflu. Quel est celui qui est capable de donner son superflu aux hommes de l’empire ? Celui-là seul qui possède le Tao.
C’est pourquoi le Saint (3) fait (le bien) et ne s’en prévaut point.
Il accomplit de grandes choses et ne s’y attache point (4).
Il ne veut pas laisser voir sa sagesse (5).
Notes de Stanislas Julien
(1) Ce passage difficile a reçu plusieurs interprétations. E pense que les quatre phrases « il abaisse ce qui est élevé, etc. » se rapportent au fabricant d’arcs, 言弓人爲弓, qui, en faisant un arc, en ajuste la monture de manière que ses différentes parties cadrent entre elles. On voit que cet interprète a pris les mots 張弓 (vulgo « tendre un arc ») dans le sens de weï-kong 爲弓, « fabriquer un arc. »
G rapporte à celui qui tend un arc, 張弓, les deux verbes « abaisser, élever, » et à la voie du ciel, les verbes « ôter, suppléer. » Pour entendre son explication, il faut se figurer l’état d’un arc chinois tendu et détendu. Lorsque le ciel ôte quelque chose à ceux qui ont du superflu, c’est comme lorsqu’on abaisse le milieu de l’arc et qu’on le force à se diriger en bas. Lorsqu’il ajoute quelque chose à ceux qui n’ont pas assez, c’est comme lorsqu’on relève les extrémités de l’arc et qu’on les force à se diriger en haut.
Aliter Hi-ching : Le propre du principe Yang est de monter, le propre du principe In est de descendre. Lorsque le principe Yang est monté au sommet du ciel (c’est-à-dire lorsque le soleil est au plus haut de sa course), il descend. Lorsque le principe In (c’est-à-dire la lune) est descendu aux dernières limites de la terre, il monte. Leurs mouvements opposés sont l’image de l’arc que l’on tend. La voie du ciel ôte au soleil ce qu’il a de superflu pour suppléer ce qui manque à la lune.
C a cru que les quatre verbes « il abaisse, il élève, il diminue, il supplée, » se rapportaient aux diverses phases de la lune.
(2) E : Le ciel se borne à égaliser toutes choses. C’est pourquoi il diminue le superflu des uns et supplée à l’insuffisance des autres. L’homme est en opposition avec le ciel et il n’observe pas l’égalité. Il n’y a que celui qui possède le Tao qui comprenne la voie du ciel. Il peut retrancher ce qu’il a de trop et l’offrir aux hommes de l’empire. Les sages de l’antiquité, qui surpassaient les autres hommes par leurs talents, songeaient à les employer pour le bien des créatures ; ils ne s’en prévalaient pas pour se grandir (aux yeux du peuple). C’est pourquoi ils faisaient usage de leur sagesse et de leur prudence pour nourrir les hommes. Mais les hommes sages et prudents qui leur ont succédé, calculent ce qu’ils possèdent pour se procurer le repos et les jouissances de la vie. C’est pourquoi ils se mettent au service des hommes bornés et vicieux pour se nourrir eux-mêmes.
(3) E : Le Saint fait de grandes choses (A : fait du bien aux hommes) et ne s’en prévaut pas. On dirait qu’il est frappé d’incapacité.
(4) E : Quand ses mérites sont accomplis, il ne s’y attache pas. On dirait qu’il est dénué de tout mérite.
(5) Sic A : Pou-yo-sse-jin-tchi-ki-tchi-hien 不欲使人知已之賢, littéralement : « non vult facere ut homines cognoscant sui ipsius sapientiam. »
Chapitre 78
天下莫柔弱於水,而攻堅強者莫之能勝,其無以易之。弱之勝強,柔之勝剛,天下莫不知,莫能行。是以聖人云:受國之垢,是謂社稷主;受國不祥,是謂天下王。正言若反。
Parmi toutes les choses du monde (1), il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle.
Pour cela rien ne peut remplacer l’eau (2).
Ce qui est faible (3) triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur.
Dans le monde (4) il n’y a personne qui ne connaisse (cette verité[sic]), mais personne ne peut la mettre en pratique.
C’est pourquoi le Saint dit : Celui qui supporte les opprobres du royaume (5) devient chef du royaume.
Celui qui supporte (6) les calamités du royaume devient le roi de l’empire.
Les paroles droites paraissent contraires (à la raison) (7).
Notes de Stanislas Julien
(1) Tout ce chapitre doit se prendre au figuré. Il a pour but de montrer la supériorité des hommes qui pratiquent le Tao (qui imitent sa faiblesse, son humilité, sa souplesse apparentes) sur ceux qui le négligent et recherchent avec ardeur la puissance, la gloire et l’élévation.
E : Parmi toutes les choses du monde, il n’en est pas de plus molle ni de plus faible que l’eau ; cependant, si elle attaque les corps les plus durs et les plus forts, ils céderont à sa puissance et ne pourront jamais la vaincre. Ainsi donc, parmi toutes les choses du monde qui peuvent attaquer (et abattre) les corps durs et forts, il n’en est pas une seule qui puisse remplacer l’eau.
Liu-kie-fou : Parmi toutes les choses du monde, il n’en est pas qui puisse, aussi bien que l’eau, prendre toutes les formes et toutes les directions. Tantôt elle se recourbe, tantôt elle s’élève ; elle se prête aussi bien à remplir un vase carré qu’un vase circulaire. Si vous lui opposez un obstacle, elle s’arrête ; si vous lui ouvrez un passage, elle se dirige où vous voulez. Cependant elle porte des vaisseaux, elle roule des rochers, elle creuse des vallées, elle perce des montagnes, et soutient le ciel et la terre.
B : L’eau est extrêmement molle, et cependant, en s’infiltrant goutte à goutte , elle peut creuser les durs rochers de ses rivages. Les montagnes et les collines sont extrêmement solides, et cependant elle peut les renverser par son impétuosité invincible.
(2) Nous avons vu, dans la note précédente, que les mots wou-i-i-tchi 無以易之 signifient, suivant E, « aucune chose ne peut remplacer l’eau, être substituée à l’eau, » 無物可以易之.
Liu-kie-fou : Quoique l’eau puisse se courber, se plier et prendre toutes les formes, jamais elle ne perd ce qui constitue sa nature. Pour abattre ce qui est dur et solide, rien ne passe avant elle 無以先之.
Aliter B : Ce que j’avance a été et est encore un raisonnement invariable, 不易之論.
Cette différence d’interprétation vient de ce que le mot i 易 signifie « se changer, être changé (mutari) et échanger (permutare). »
(3) Voyez la note 1.
(4) E : Dans le monde, tous les hommes connaissent les avantages que procurent la souplesse (l’opposé de roideur) et la faiblesse ; mais à la fin il n’est personne qui sache être mou et faible. Ils regardent la fermeté et la force comme un titre de gloire, la souplesse et la faiblesse comme un sujet de honte.
(5) E : Le mot heou 垢 (vulgo « sordes ») veut dire ici la honte. La honte et les calamités sont des choses que la multitude ne sait point endurer. Il n’y a que l’homme mou et faible (suivant le Tao) qui puisse les endurer avec joie et sans se plaindre (littéralement « sans contestation »). À l’aide de sa mollesse (l’opposé de dureté, d’inflexibilité de caractère) et de sa faiblesse, il subjugue les hommes les plus fermes et les plus forts du monde. C’est pourquoi il peut conserver le droit d’offrir des sacrifices aux génies de la terre et des grains, et devenir le maître de l’empire.
Le même commentateur cite plusieurs traits historiques pour appuyer la pensée de Lao-tseu. Keou-tsien, roi de Youeï, entra au service du roi de Ou, et bientôt après il devint le chef des vassaux. Le prince Liu-heou ne vengea pas l’affront d’une lettre insolente, et le prince des Hiong-nou vint solliciter son alliance et sa parenté.
(6) B : Celui qui ne se dérobe pas lâchement au danger, qui s’accuse lui-même de la disette du royaume et des crimes d’un homme du peuple, celui-là peut devenir le chef de tout l’empire.
(7) E : Les hommes du siècle disent qu’il faut être d’un caractère bas pour supporter les affronts ; mais le Saint s’exprime autrement (c’est-à-dire recommande, au contraire, de les endurer sans se plaindre). On voit que si ses paroles droites paraissent absurdes et contraires à la raison, ce n’est point qu’elles le soient en effet ; cela vient uniquement de ce que quelques personnes les examinent du point de vue de la foule.
Chapitre 79
和大怨,必有餘怨;安可以為善?是以聖人執左契,而不責於人。有德司契,無德司徹。天道無親,常與善人。
Si vous voulez apaiser les grandes inimitiés des hommes (1), ils conserveront nécessairement un reste d’inimitié.
Comment pourraient-ils devenir vertueux ?
De là vient que le Saint (2) garde la partie gauche du contrat (3) et ne réclame rien aux autres.
C’est pourquoi celui qui a de la vertu songe à donner (4), celui qui est sans vertu songe à demander (5).
Le ciel n’affectionne personne en particulier. Il donne constamment aux hommes vertueux (6).
Notes de Stanislas Julien
(1) Liu-kie-fou : Ceux qui ne sont pas vertueux, je les traite comme des gens vertueux, et, par là , ils deviennent vertueux. (Voy. ch. xlix, note 2.) Si vous cherchez à apaiser les grandes inimitiés des hommes, ils ne manqueront pas de garder un reste d’inimitié ; comment pourraient-ils devenir vertueux ? Il vaut mieux, dit Li-tsi-tchaï, rester indifférent a l’égard des créatures, et (C) oublier également le bien que nous avons répandu sur elles et le mal qu’elles nous ont fait. Imitons celui qui tient la partie gauche du contrat et ne demande rien aux autres.
Sou-tseu-yeou : Les inimitiés naissent de l’illusion, l’illusion émane de notre nature. Celui qui connaît sa nature (et qui la conserve dans sa pureté) n’a pas de vues illusoires ; comment serait-il sujet à l’inimitié ? Maintenant les hommes ne savent pas arracher la racine (des inimitiés) et ils cherchent à en apaiser la superficie (littéralement : « les branches ») ; aussi, quoiqu’elles soient calmées extérieurement, on ne les oublie jamais au fond du cœur.
(2) B : Cette comparaison est destinée à montrer que l’homme parfaitement sincère n’a point de contestations avec les autres. Il les laisse suivre leur nature et n’excite point leur inimitié ; il donne à chacun ce qu’il désire et n’exige rien de personne.
(3) Ou-yeou-thsing, H, etc. Le mot kie 契 désigne « une tablette de bois qui pouvait se diviser en deux parties. On écrivait dessus toutes sortes de conventions, soit pour acheter, soit pour donner ou emprunter. » Celui des contractants qui devait donner la chose qui était l’objet du contrat, gardait la partie gauche de cette tablette, et celui qui devait la venir réclamer prenait la partie droite. (C’est ce qu’exprime E en disant : 左契所以與。右契所以取 « La partie gauche du contrat sert à donner, la partie droite sert à prendre, c’est-à-dire à réclamer. ») Quand ce dernier se présentait en tenant dans sa main la partie droite du contrat, celui qui avait la partie gauche les rapprochait l’une de l’autre, et, après avoir reconnu la correspondance exacte des lignes d’écriture et la coïncidence des dentelures des deux portions de la tablette (elles devaient s’adapter l’une à l’autre comme les tailles des boulangers, et les lettres qui y étaient gravées devaient se correspondre comme celles d’un billet de banque qu’on rapproche de la souche, il donnait l’objet réclamé sans faire aucune difficulté, et sans témoigner le plus léger doute sur les droits et la sincérité du demandeur.
Lorsqu’on dit que le Saint garde la partie gauche du contrat, on entend qu’il ne réclame rien à personne, et qu’il attend que les autres viennent demander eux-mêmes ce qu’ils désirent de lui.
(4) Je crois, avec Ou-yeou-thsing, qu’il faut sous-entendre tso 左 « gauche » (lævus) après sse 司 (vulgo « présider à ») ; mot à mot « qui habet virtutem præsidet (lævæ parti) tabulæ khi 契 », c’est-à-dire : « celui qui a de la vertu tient la partie gauche du contrat. »
E : Lao-tseu veut dire que le Saint se borne à donner aux hommes et ne réclame point la récompense de ses bienfaits. Quand il leur fait du bien, il l’oublie ; alors les hommes oublient aussi l’inimitié qu’ils peuvent avoir contre lui.
Les mots : « il tient la partie gauche du contrat » , sont l’équivalent de ceux-ci : « il est disposé à donner, il songe à donner. » (Voyez plus haut, lig. 5.)
(5) Littéralement : « il préside à l’impôt tch’e 撤, » c’est-à-dire : « il ressemble à celui qui lève l’impôt tch’e 撤. » Le mot tch’e 撤 désignait un genre d’impôt, appelé plus souvent tch’e-fa 撤法 (E), qui avait été établi sous la dynastie des Tcheou. (Voyez mon édition de Meng-tseu, livre i, page 177, note 61.)
E : L’empereur donnait au peuple des terres appelées kong-tien 公田 (que huit familles cultivaient en commun et dont elles partageaient également les produits), et il exigeait un impôt qui équivalait à la dixième partie de leur revenu. Il différait beaucoup de celui qui garde la partie gauche du contrat (et qui est disposé à donner.) Celui qui a de la vertu tient la partie gauche du contrat (sic Ou-yeou-thsing) ; c’est-à-dire qu’il se borne à donner aux hommes et ne leur réclame rien.
Celui qui est dénué de vertu préside à l’impôt tch’e 撤, c’est-à-dire : ressemble à celui qui lève l’impôt tch’e 撤. Quoiqu’il donne aux hommes (l’empereur donnait au peuple des terres), il ne manque jamais de leur prendre beaucoup (l’empereur exigeait la dixième partie du revenu de ces terres).
Les détails qui précèdent montrent au lecteur pourquoi j’ai rendu les mots « il tient la partie gauche du contrat » par : il songe à donner, et les mots « il préside à l’impôt tch’e 撤 » par : il songe à demander. La version littérale des expressions sse-khi 司契 « présider au contrat » et sse-tch’e 司撤 « présider à l’impôt tch’e eût été inintelligible. J’ai dû, dans ma traduction, en donner l’équivalent, comme les commentateurs l’ont fait dans leur paraphrase, en me réservant d’expliquer, ainsi qu’on l’a vu plus haut, la signification propre des mots khi 契 « contrat » et tch’e 撤 « sorte d’impôt » qui sont pris ici dans un sens figuré.
(6) E : L’homme vertueux se contente de donner aux hommes et ne leur réclame ou demande rien. Quoiqu’il ne prenne rien aux hommes, le ciel lui donne constamment, c’est-à-dire le comble constamment de ses dons.
Chapitre 80
小國寡民。使有什伯之器而不用;使民重死而不遠徙。雖有舟輿,無所乘之,雖有甲兵,無所陳之。使民復結繩而用之,甘其食,美其服,安其居,樂其俗。鄰國相望,雞犬之聲相聞,民至老死,不相往來。
(Si je gouvernais) un petit royaume (1) et un peuple peu nombreux, n’eût-il des armes que pour dix ou cent (2) hommes, je l’empêcherais de s’en servir.
J’apprendrais au peuple à craindre la mort (3) et à ne pas émigrer au loin (4).
Quand il aurait des bateaux et des chars, il n’y monterait pas (5).
Quand il aurait des cuirasses et des lances, il ne les porterait pas (6).
Je le ferais revenir à l’usage des cordelettes nouées (7).
Il savourerait sa nourriture (8), il trouverait de l’élégance dans ses vêtements, il se plairait dans sa demeure, il aimerait ses simples usages.
Si un autre royaume se trouvait en face du mien, et que les cris des coqs et des chiens s’entendissent de l’un à l’autre (9), mon peuple arriverait à la vieillesse et à la mort sans avoir visité le peuple voisin (10).
Notes de Stanislas Julien
(1) Sou-tseu-yeou : Lao-tseu vivait à l’époque de la décadence des Tcheou 周. Les démonstrations extérieures (les dehors d’une politesse étudiée) dominaient, c’est à-dire avaient remplacé la sincérité du cœur, et les mœurs se corrompaient de plus en plus. Lao-tseu aurait voulu sauver les hommes par le non-agir ; c’est pourquoi, à la fin de son ouvrage, il dit quel aurait été l’objet de ses vœux. Il aurait désiré d’avoir à gouverner un petit royaume pour y faire l’application de ses doctrines, mais il ne put y réussir.
(2) Sou-tseu-yeou : Le mot chi 什 veut dire « dix hommes » 十人 (ainsi que l’indique sa composition). Le mot pe 伯 veut dire « cent hommes ». H : Même sens.
Mais, comme aucun dictionnaire ne donne ce sens au mot pe 伯 (vulgo « frère aîné du père »), j’ai préféré la leçon pe 佰 de l’édit. C, qui porte avec elle sa définition. En effet, le mot pe 佰 signifie « une troupe de cent hommes », parce qu’il se compose des signes 人 « homme » et 百 « cent ».
B : Le mot khi 器 veut dire « armes de guerre » ping-khi 兵器.
Ibid. Il s’agit ici d’un petit royaume de cent lis (dix lieues).
(3) B : Le peuple ne serait pas accablé d’impôts ni de corvées, (E) il aimerait son existence, il serait attaché à la vie et redouterait la mort.
(4) A : Mon administration n’étant point importune aux hommes du peuple, ils exerceraient tranquillement leur profession, ils n’émigreraient pas au loin et n’abandonneraient pas leur pays natal pour aller chercher leur bonheur ailleurs.
(5) A : Il resterait dans un état de pureté et de quiétude absolue ; il ne mettrait pas son bonheur à voyager au loin.
(6) H : Le mot tch’in 陳 signifie proprement « ranger, disposer en ordre. »
B : Je n’aurais aucun sujet d’attaquer les autres ni de leur faire la guerre ; je (A) ne m’attirerais pas la haine et le ressentiment des royaumes voisins, et je n’aurais pas besoin de me défendre contre leurs attaques.
(7) Dans la haute antiquité, lorsque l’écriture n’était pas encore inventée, les hommes se servaient de cordelettes nouées pour communiquer leurs pensées. (Voy. le Thong-kien-kang-mou, partie I, livre I, fol. 2.) À cette époque les mœurs étaient pures et simples, et, suivant les idées de Lao-tseu, elles n’avaient pas encore été altérées par les progrès des lumières.
Dans la pensée de l’auteur, les mots « je ramènerais le peuple à l’ « usage des cordelettes nouées » signifient : « je ramènerais le peuple à sa simplicité primitive ».
(8) H : Le peuple serait content de son sort ; il ne désirerait rien en dehors de lui. Il ne s’occuperait ni de sa bouche, ni de son corps ; il aimerait ses rudes vêtements, et ses mets grossiers lui sembleraient délicieux.
(9) E : Dans ce cas, les deux pays seraient extrêmement rapprochés.
(10) Il arriverait au terme de la vieillesse sans avoir songé à visiter le peuple voisin, parce qu’il (A) serait exempt de désirs, et (E} ne chercherait rien au delà de ce qu’il possède.
H : Lao-tseu s’est exprimé ainsi, dans ce chapitre, parce qu’il détestait les princes de son temps, qu’il voyait se livrer à l’action (le contraire du non-agir) et faire usage de la prudence et de la force, qui aimaient à se faire la guerre pour assouvir leur cupidité , qui s’appropriaient les richesses de leurs sujets pour satisfaire leurs passions, et ne prenaient nul souci du peuple. Aussi leur royaume était en proie au désordre, le peuple s’appauvrissait rapidement, et devenait de jour en jour plus difficile à gouverner.
Chapitre 81
信言不美,美言不信。善者不辯,辯者不善。知者不博,博者不知。聖人不積,既以為人己愈有,既以與人己愈多。天之道,利而不害;聖人之道,為而不爭。
Les paroles sincères (1) ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères.
L’homme vertueux n’est pas disert (2) ; celui qui est disert n’est pas vertueux.
Celui qui connaît (le Tao) n’est pas savant (3) ; celui qui est savant ne le connaît pas.
Le Saint n’accumule pas (les richesses.).
Plus il emploie (sa vertu) dans l’intérêt des hommes (4), et plus elle augmente.
Plus il donne aux hommes et plus il s’enrichit.
Telle est la voie du ciel, qu’il est utile aux êtres (5) et ne leur nuit point.
Telle est la voie du Saint, qu’il agit et ne dispute point (6)
Notes de Stanislas Julien
(1) E : les paroles vraies n’ont pas besoin d’ornements empruntés.
(2) E : Celui qui agit bien (A : qui pratique le Tao), ne s’étudie pas à parler avec habileté.
(3) E : Celui qui possède l’essentiel (littéral. « le résumé ») de ce qu’il faut savoir n’a pas besoin d’acquérir beaucoup de connaissances.
(4) E : Le Saint emploie son Tao dans l’intérêt des hommes, il donne aux hommes toutes ses richesses (littéralement : « son profit » le mot richesses se prend ici au figuré). Quoiqu’il les répande (son Tao et ses richesses) sur tous les hommes de l’empire et les lègue aux générations futures, son Tao s’augmente de plus en plus et reste inépuisable ; ses richesses s’accroissent de plus en plus et n’éprouvent nulle diminution.
A pense qu’il s’agit ici de richesses proprement dites. « Quand il a répandu l’influence de sa vertu dans l’intérêt des hommes, sa vertu « n’en devient que plus abondante. Quand il a répandu ses richesses en aumônes, ses richesses n’en deviennent que plus florissantes. »
(5) E : Le ciel nourrit tous les êtres ; il leur est utile et ne leur fait point de tort (ou de mal).
(6) E : Le Saint aide l’empire par le Tao ; quand ses mérites sont accomplis, il ne s’y attache point (et se retire à l’écart).
A : Il ne dispute point le mérite ou la gloire. Cf. chap. ii, ix.
FIN.