Le Guomindang, le parti nationaliste chinois : origines, emblème et héritage
Né des sociétés d'exilés de Sun Yat-sen, le parti nationaliste chinois a laissé un emblème, une doctrine et une mémoire que la Chine continentale et Taïwan se partagent encore.
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La longue montée de marches vers un pavillon aux toits bleus, dans la tradition des sépultures du mont Pourpre, à Nankin.
D'une société de conjurés à un parti d'État
Le nom chinois du parti, 国民党 (Guomindang), s'entend mot à mot : le parti (dang) du peuple (min) de l'État (guo). Le français a longtemps retenu la transcription Wade-Giles, Kuomintang, d'où le sigle KMT ; Guomindang en est la forme pinyin. La traduction courante, « parti nationaliste », dit l'essentiel sans rendre la nuance : il s'agissait de fonder une nation là où l'empire n'avait connu que des sujets.
Sa généalogie passe par les sociétés d'exilés qu'anima Sun Yat-sen depuis l'étranger : le Xingzhonghui, la Société pour le renouveau de la Chine, fondée à Honolulu en 1894, puis le Tongmenghui, la Ligue jurée, constituée à Tokyo en 1905, qui rassembla des groupes révolutionnaires jusque-là rivaux. Après la chute des Qing et la proclamation de la République en 1912, ces réseaux clandestins se muèrent en parti légal. Interdit dès l'année suivante par Yuan Shikai, le Guomindang se reconstitua à Canton, où il fut réorganisé en 1924 sur un modèle centralisé emprunté au Komintern, avec sa propre académie militaire à Huangpu — le Whampoa des textes occidentaux.
Le soleil blanc au ciel bleu
L'emblème du parti est un disque solaire blanc à douze rayons sur fond bleu, 青天白日, « ciel bleu, soleil blanc ». Son dessin est attribué à Lu Haodong, compagnon de Sun exécuté après le soulèvement manqué de Canton en 1895. Le drapeau de la République de Chine le reprend dans son canton sur un fond rouge, d'où le nom complet du pavillon : « ciel bleu, soleil blanc, terre toute rouge ». Les trois couleurs sont lues comme les trois principes de la doctrine.
Les douze rayons ne relèvent pas de l'ornement. La lecture qu'en donne la tradition du parti y voit les douze heures doubles du jour chinois et les douze mois de l'année : un soleil qui ne s'arrête jamais, image d'un effort sans relâche. Le nombre douze rythmait déjà le temps impérial, des shichen aux rameaux terrestres ; l'emblème d'une république naissante puisait ainsi dans le plus ancien des calendriers.
Trois principes, cinq pouvoirs
La doctrine tient dans les Trois Principes du Peuple (sanmin zhuyi) exposés par Sun Yat-sen : minzu, la nation ; minquan, la souveraineté du peuple ; minsheng, sa subsistance. La formule que Sun calligraphia le plus souvent, 天下为公, « le monde appartient à tous », ne vient pas de lui : elle est tirée du chapitre Liyun du Livre des rites, où elle décrit la Grande Concorde des temps anciens. Le vocabulaire de la république s'est cherché des ancêtres dans les classiques.
Le projet constitutionnel de Sun le montre mieux encore. Aux trois pouvoirs occidentaux, il en ajoute deux hérités de l'empire :
- le Yuan des examens, successeur des concours mandarinaux, qui recrute les fonctionnaires par épreuve plutôt que par faveur ;
- le Yuan de contrôle, héritier du censorat, chargé de surveiller l'administration et, jadis, d'adresser ses remontrances à l'empereur lui-même.
Deux institutions millénaires se sont ainsi inscrites dans un texte républicain, et elles ont survécu dans les institutions de Taïwan.
Zhongshan, une mémoire des deux rives
Sun Yat-sen, que le chinois nomme Sun Zhongshan, est honoré comme 国父, « père de la nation ». Son mausolée s'élève à Nankin sur le mont Pourpre, à faible distance du tombeau du fondateur des Ming : la longue montée de marches et les toits de tuiles vernissées bleues empruntent leur solennité à l'architecture funéraire impériale.
Son nom est resté dans la géographie la plus ordinaire : presque chaque ville chinoise a sa rue Zhongshan ou son parc Zhongshan, sur les deux rives du détroit. La veste à col droit qu'on lui associe, le zhongshan zhuang — ce que l'Occident appelle le col Mao —, a reçu les mêmes lectures chiffrées que l'emblème : on prête à ses quatre poches les quatre vertus cardinales énumérées par le Guanzi, à ses boutons les pouvoirs de la constitution. Le calendrier de la République, enfin, qui compte les années depuis 1912, demeure l'usage officiel à Taïwan, où le parti s'est replié en 1949 et où il gouverne ou s'oppose tour à tour depuis la levée de la loi martiale.
La Rédaction