Compatibilité des douze signes

Quatre triangles d'affinité, six oppositions, six harmonies : la grammaire que les textes des Han et des Sui ont fixée, ce que les devins en font encore, et ce que la démographie a mesuré du côté des naissances.

SOMMAIRE7

Vue de dessus, sur un plateau de bois sombre et usé : une main ouverte, paume vers le haut, doigts écartés, les plis de la paume nettement marqués ; à droite, un cahier de papier ancien fermé à la couverture vierge, une paire de lunettes rondes à monture métallique et un petit poids de laiton.
Une paume, un cahier fermé, une paire de lunettes : c'est sur la paume que se font les calculs.

De quoi il est question

La tradition chinoise prête aux douze signes de naissance des affinités et des antipathies : certains couples de signes sont réputés s'accorder, d'autres s'opposer. C'est cette grammaire que décrit la présente fiche, telle que les textes anciens l'ont fixée et telle que les devins l'emploient encore. Le guide la rapporte comme une tradition, et ne se prononce pas sur sa valeur.

Une distinction s'impose d'abord, parce qu'elle est constamment brouillée. L'animal de naissance n'est qu'un paramètre parmi d'autres dans les arts divinatoires chinois. L'ethnologue Stéphanie Homola rappelle que « les douze signes de naissance (shi'er shengxiao) s'étendent en un cycle de douze ans et sont associés au cycle duodénaire des branches terrestres », et que la méthode dite des huit signes exprime « chaque paramètre de la date de naissance (année, mois, jour, heure) » par un couple tronc/branche. L'animal ne dit donc que l'année : un huitième de ce qu'un praticien examine.

Les quatre triangles d'affinité

Le plus ancien état connu du système figure dans le Huainanzi, recueil de l'époque des Han, au chapitre des configurations célestes. Le texte n'y parle pas d'affinités entre personnes mais du cycle des cinq agents : chaque agent naît sous une branche, atteint sa vigueur sous une deuxième et meurt sous une troisième, et « les trois branches sont toutes » de cet agent. Traduites en animaux, les quatre séries obtenues sont exactement celles que la tradition a retenues.

  • Le bois : porc, lapin, chèvre.
  • Le feu : tigre, cheval, chien.
  • Le métal : serpent, coq, buffle.
  • L'eau : singe, rat, dragon.

Le texte énumère cinq agents et non quatre : il donne aussi une série pour la terre. Mais celle-ci reprend les trois mêmes branches que le feu, dans un ordre différent — d'où quatre groupes distincts seulement, et non cinq. C'est un détail de construction, vérifiable sur le texte, qui explique une numérotation souvent donnée sans raison.

Les six oppositions

La liste des couples réputés se heurter est fixée au VIe siècle dans la Grande signification des cinq agents, compendium de Xiao Ji sous les Sui, à la section qui traite du heurt et de la rupture. Le texte donne six paires de branches, qui se lisent ainsi :

  • rat et cheval,
  • buffle et chèvre,
  • tigre et singe,
  • lapin et coq,
  • dragon et chien,
  • serpent et porc.

Le principe est géométrique avant d'être moral : chaque paire réunit deux branches diamétralement opposées sur le cycle de douze, soit six ans d'écart. Le même ouvrage distingue d'ailleurs le heurt, tenu pour léger, de la rupture, tenue pour lourde.

Les six harmonies, et leur raison astronomique

Le même compendium donne, à une autre section, six paires d'harmonie : tigre et porc, lapin et chien, dragon et coq, serpent et singe, cheval et chèvre, rat et buffle. Et il en donne la raison, qui n'a rien d'arbitraire : ces couples viennent de la position conjointe du soleil et de la lune, mois par mois. C'est une construction de calendrier, non une liste de tempéraments.

Ce que le devin fait de la main

Ces tables ne restent pas dans les livres. Stéphanie Homola, qui a observé des praticiens à Taipei, à Pékin et à Kaifeng, décrit le procédé : les douze branches sont figurées mentalement sur les phalanges de la main gauche, et « l'inscription des signes sur la main permet aussi aux devins de visualiser les six relations “d'harmonie” ou “d'opposition” entre les douze signes du zodiaque et ainsi de répondre rapidement à un client qui les interroge sur la compatibilité des horoscopes d'un couple en vue d'un mariage ».

La disposition rend la lecture immédiate : « les signes en harmonie se retrouvent positionnés sur la main de manière symétrique par rapport à un axe vertical qui partage la paume en deux » tandis que « les signes opposés […] sont positionnés diamétralement par rapport à un point central ». Les deux exemples qu'elle donne recoupent précisément les textes cités plus haut : il est réputé « particulièrement propice » qu'une personne du signe de la chèvre épouse une personne du signe du cheval — la paire d'harmonie du calendrier — et « déconseillé » à une personne du signe du singe d'épouser une personne du signe du tigre, qui est l'une des six oppositions.

Ce que la démographie mesure

Il existe sur ce terrain des travaux mesurés, et ils portent sur les naissances plutôt que sur les couples. La croyance selon laquelle l'année de naissance décide de la réussite a un effet démographique observable : au Viêt Nam, où une croyance voisine est répandue, deux économistes ont établi que « les cohortes nées les années propices sont plus nombreuses de 12 % ». À Hong Kong, l'influence du zodiaque sur la fécondité a fait l'objet d'une étude publiée dans Social Science & Medicine en 2002.

Quant à la validité du présage lui-même, une étude d'Economic Inquiry l'a testée en 2005 sur les recensements hongkongais de 1991 et de 1996, par la méthode ordinaire du rendement de l'éducation. Sa conclusion tient en une phrase : « nous ne trouvons aucun élément en faveur de cette superstition répandue ».

Une précision d'honnêteté pour finir. La littérature savante consultée ici mesure l'effet du signe sur les naissances ; le guide n'a pas trouvé de travail équivalent portant sur le nombre de mariages ou sur le choix du conjoint par son signe. Ce que les textes et l'ethnographie établissent est que la règle existe, qu'elle est ancienne et qu'on la consulte — non qu'elle décide.

Sources

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