Prénoms à consonance chinoise pour bébé

Des prénoms portés en France dont la sonorité tombe sur de vraies syllabes du mandarin, et qui s'écrivent donc avec des caractères porteurs de sens. Chaque écriture proposée est vérifiée caractère par caractère dans le dictionnaire chinois-français du site — y compris les sonorités qui tombent mal, et il y en a.

SOMMAIRE13

Une carte de papier épais aux bords irréguliers, restée blanche, posée contre un tissu rose plié ; à côté, un bol de céladon craquelé, un pinceau de calligraphie en bambou à la pointe propre et trois fleurs blanches à cinq pétales.
La carte est restée blanche et la pointe du pinceau est encore propre : en chinois, c'est le caractère écrit, et non le son entendu, qui fixe le sens d'un prénom.

Une liste de prénoms français, et non de prénoms chinois

Cette fiche prend le problème par l'autre bout que les listes de prénoms chinois du site. Elle ne propose pas un prénom chinois à un enfant français : elle part de prénoms qu'un officier d'état civil inscrit sans discuter, et cherche lesquels tombent sur une lecture chinoise naturelle. Un parent y trouve un prénom français qui dit aussi quelque chose en chinois.

La distinction à poser d'abord est celle entre une transcription et une lecture, parce qu'elle est tout le sujet. Le traducteur de prénoms du site donne une transcription : il choisit des caractères pour imiter le son d'un prénom étranger, sans égard pour ce qu'ils veulent dire. Louanne y devient 罗安娜, dont le premier caractère est un nom de famille et le dernier une syllabe de commodité. Le résultat s'entend, il ne se lit pas.

Ce qui suit cherche une lecture : des caractères qu'un lecteur chinois comprend, et dont la prononciation se confond avec le prénom français. Louanne se dit « Lou-Anne », soit 露安 — la rosée, puis la paix. Le prénom reste français à l'état civil et devient lisible en chinois.

La base de prénoms du site porte d'ailleurs les deux voies côte à côte, et c'est la meilleure démonstration du propos : à l'entrée « Louanne » elle associe la transcription 罗安娜, et à l'entrée « Lou-Ann » la lecture 露安. Les deux sont justes ; elles ne répondent pas à la même question.

Comment ces prénoms ont été trouvés

Le mandarin ne compte que quelques centaines de syllabes, et le dictionnaire chinois-français du site les porte toutes avec les caractères qui s'y prononcent. Un prénom entre dans cette liste quand ses syllabes, prononcées à la française, se retrouvent telles quelles dans cet inventaire.

Deux traits du français font presque tout le travail. Le premier : le « ou » français est le « u » du pinyin. Lou se lit lu, Malou ma-lu, Milou mi-lu — d'où la famille la plus fournie de cette page. Le second : le « e » final rend la consonne qui le précède. Anne se prononce /an/ et répond à la syllabe an ; « An » se prononcerait /ɑ̃/ et n'y répond pas. C'est pourquoi Line, Aline, Méline et Pauline figurent ici, et pas Manon ni Corentin.

Chaque écriture a été vérifiée caractère par caractère dans le dictionnaire du site : un caractère qui n'y figure pas, ou qui ne s'y prononce pas comme annoncé, n'est pas entré dans la liste. Les sens cités sont ceux du dictionnaire, dans son ordre, réduits à leurs trois premières acceptions quand l'entrée en compte davantage. Le pinyin est écrit avec ses tons, parce qu'il n'y a pas de mandarin sans tons — et c'est aussi la limite de l'exercice, dont il est question à la fin de cette fiche.

Trois des écritures proposées ci-dessous ne sont d'ailleurs pas des inventions de cette fiche : la base de prénoms du site donne déjà 丽安 pour Liane, 丽露 pour Lilou et pour Line. Là où la transcription et la lecture tombent d'accord, c'est qu'il n'y avait rien à arbitrer.

Deux caractères reviennent souvent en fin de prénom, et il vaut mieux savoir ce qu'ils sont. est décrit par le dictionnaire lui-même comme la syllabe phonétique employée dans les prénoms de filles ; sous sa seconde lecture, il signifie « élégante, gracieuse ». n'a pas de sens propre : c'est le préfixe familier que le chinois place devant un nom pour en faire une appellation. Ni l'un ni l'autre n'ajoute une image ; ils rendent le prénom prononçable.

La famille des Lou-, la plus riche

Le hasard des deux langues a bien fait les choses : la syllabe lu du mandarin s'écrit « lou » en français, et elle porte deux caractères que le chinois donne volontiers aux filles — la rosée et le jade fin. Tout prénom français qui contient « lou » en profite.

  • Lou (fille, garçon) — LOU.
    : « rosée ; apparaitre ». Un prénom d'une seule syllabe, comme le chinois en donne.
    : « jade fin ». Le même son, écrit avec le caractère du jade.
  • Louane, Louanne, Lou-Ann, Lou-Anne, Louann (fille) — LOU-ANNE.
    露安 Lù’ān : « rosée ; apparaitre », ān « paix ; calme ; repos ». Une rosée paisible. C'est la forme que la base du site associe déjà à Lou-Ann.
    璐安 Lù’ān : « jade fin », ān « paix ; calme ; repos ». La même paix, sur le jade plutôt que sur la rosée.
  • Louna (fille) — LOU-NA.
    露娜 Lùnà : « rosée ; apparaitre », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». La rosée, suivie du caractère que le chinois réserve aux prénoms de filles.
    露纳 Lùnà : « rosée ; apparaitre », « recevoir ; accepter ; payer ». Une écriture plus sobre du même son.
  • Loulou (fille) — LOU-LOU.
    露露 Lùlù : « rosée ; apparaitre », « rosée ; apparaitre ». Le redoublement d'une syllabe est un vrai procédé des petits noms chinois, et celui-ci tombe juste.
  • Lilou (fille) — LI-LOU.
    丽露 Lìlù : « beau », « rosée ; apparaitre ». Une belle rosée. L'une des coïncidences les plus nettes de la liste.
  • Lylou (fille) — LY-LOU.
    莉露 Lìlù : « jasmin », « rosée ; apparaitre ». Le jasmin et la rosée, deux images courantes des prénoms féminins chinois.
  • Malou (fille) — MA-LOU.
    玛露 Mǎlù : « agate ; cornaline », « rosée ; apparaitre ». L'agate et la rosée. est la pierre, non le cheval — voir plus bas les autres lectures de « ma ».
  • Milou (fille, garçon) — MI-LOU.
    蜜露 Mìlù : « doux ; miel », « rosée ; apparaitre ». Une rosée de miel : les deux images les plus douces que la liste puisse aligner.
  • Mouna (fille) — MOU-NA.
    慕娜 Mùnà : « admirer ; envier ; aspirer à », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Le « ou » de Mouna vaut la syllabe mu, celle du caractère de l'admiration.
  • Youna (fille) — YOU-NA.
    优娜 Yōunà : yōu « excellent ; supérieur », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Prénom breton dont la première syllabe se lit exactement comme le you du pinyin.

Les prénoms en -ine et en -in

Le mandarin a une syllabe lin, une syllabe min, une syllabe bin — et le français les écrit « line », « mine », « bine », le « e » final faisant sonner le « n ». C'est la deuxième veine de cette liste, et elle donne des prénoms très portés en France.

Attention à ne pas la confondre avec la voyelle nasale : « Lin » sans « e » se prononce /lɛ̃/ et ne ressemble à aucune syllabe chinoise.

  • Line, Lyne (fille) — LINE.
    Lín : lín « (petite) forêt ; bois (n.m.) ; bosquet ». Un prénom d'une syllabe, et l'un des caractères les plus courants du chinois.
    Lín : lín « beau jade ». Le même son sur le caractère du jade, très employé dans les prénoms de filles.
  • Aline (fille) — A-LINE.
    阿琳 Ālín : ā « (préfixe ou suffixe informel) ; (placé devant un nom ou un terme de parenté pour former une appellation) », lín « beau jade ». Le préfixe familier, puis le jade. La forme est celle d'un petit nom chinois.
  • Alina (fille) — A-LI-NA.
    阿丽娜 Ālìnà : ā « (préfixe ou suffixe informel) ; (placé devant un nom ou un terme de parenté pour former une appellation) », « beau », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Trois syllabes, ce qui est long pour un prénom chinois, mais chaque caractère y tient son rôle.
  • Méline, Meline (fille) — MÉ-LINE.
    美琳 Měilín : měi « belle ; beau ; joli », lín « beau jade ». Belle et de jade. Une des rencontres les plus heureuses de la liste.
    美林 Měilín : měi « belle ; beau ; joli », lín « (petite) forêt ; bois (n.m.) ; bosquet ». La même beauté, portée sur la forêt.
  • Pauline (fille) — PO-LINE.
    珀琳 Pòlín : « ambre », lín « beau jade ». L'ambre et le jade, deux matières. La syllabe po a d'autres lectures moins flatteuses, signalées plus bas.
  • Amine (garçon, fille) — A-MINE.
    阿敏 Āmǐn : ā « (préfixe ou suffixe informel) ; (placé devant un nom ou un terme de parenté pour former une appellation) », mǐn « prompt ; rapide ». La vivacité d'esprit, précédée du préfixe familier.
  • Imane, Iman (fille, garçon) — I-MANE.
    怡曼 Yímàn : « joyeux ; heureux », màn « gracieux ; long ; lointain ». La joie et la grâce. est un caractère courant des prénoms féminins.
  • Apolline (fille) — A-PO-LINE.
    阿珀琳 Āpòlín : ā « (préfixe ou suffixe informel) ; (placé devant un nom ou un terme de parenté pour former une appellation) », « ambre », lín « beau jade ». Trois syllabes de nouveau, mais la lecture est franche pour une oreille chinoise.

Anne, et tout ce qui se termine en -ane

La syllabe an porte en chinois l'un des caractères les plus employés de la langue : celui de la paix et du calme, que l'on retrouve dans le nom de villes, dans des formules de vœux et dans un grand nombre de prénoms. Le français l'écrit « anne » ou « ane », et cela suffit.

Un prénom en deux syllabes dont la seconde est cette paix se lit sans effort en chinois, et il se comprend.

  • Anne, Ann, Ane (fille) — ANNE.
    Ān : ān « paix ; calme ; repos ». Une syllabe, un caractère, aucun compromis : c'est la lecture la plus directe de toute cette page.
  • Anna, Ana, Hanna, Hannah, Hana (fille) — AN-NA.
    安娜 Ānnà : ān « paix ; calme ; repos », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». La paix suivie du caractère des prénoms de filles. Ici transcription et lecture se rejoignent : c'est aussi la forme retenue par les traducteurs. Le « h » de Hanna étant muet, les cinq graphies se lisent de la même façon.
  • Liane, Liann, Lianne (fille) — LI-ANE.
    丽安 Lì’ān : « beau », ān « paix ; calme ; repos ». Belle et paisible. La forme est exactement celle d'un prénom chinois de deux caractères.
  • Liliane, Lilianne (fille) — LI-LIANE.
    丽莲 Lìlián : « beau », lián « lotus ». Le lotus, fleur du bouddhisme et image classique des prénoms féminins.
  • Méliane, Meliane (fille) — MÉ-LIANE.
    美莲 Měilián : měi « belle ; beau ; joli », lián « lotus ». Un beau lotus. Les deux caractères se rencontrent réellement dans les prénoms.
  • Diane (fille) — DI-ANE, ou DIANE d'un seul trait.
    迪安 Dí’ān : « convaincre ; persuader ; éclairer », ān « paix ; calme ; repos ». Éclairer et apaiser, en deux syllabes.
    Diǎn : diǎn « mettre en gage ; gage ; hypothèque ». Prononcé d'un seul trait, Diane répond à la syllabe dian : le caractère des textes de référence.
  • Loane, Loanne, Loann, Lohane (fille, garçon) — LO-ANE.
    洛安 Luò’ān : luò « (nom de famille) ; (nom d'une rivière) », ān « paix ; calme ; repos ». Le nom d'une rivière chinoise, puis la paix. La syllabe luo est un peu plus arrondie en chinois qu'en français.

Les prénoms en Li-, Ly- et Mé-

La syllabe li est l'une des plus fournies du chinois : elle porte la beauté, le jasmin, la force, la station debout. Comme le français l'écrit de trois façons — « li », « ly », « lie » — elle couvre une large part des prénoms féminins courts.

  • Lili, Lily, Lilie (fille) — LI-LI.
    丽丽 Lìlì : « beau », « beau ». Le redoublement, encore : une forme réellement portée en Chine.
    莉莉 Lìlì : « jasmin », « jasmin ». Le jasmin redoublé. C'est le caractère du mot chinois qui désigne cette fleur.
  • Lina, Lyna, Linna (fille) — LI-NA.
    丽娜 Lìnà : « beau », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». La beauté, puis la syllabe des prénoms de filles.
    莉娜 Lìnà : « jasmin », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». La même lecture, sur le jasmin.
  • Léna, Lena (fille) — LÉ-NA.
    蕾娜 Lěinà : lěi « bourgeon », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Le bouton de fleur : ce qui n'est pas encore ouvert. L'image plaît pour un nouveau-né.
  • Liya (fille) — LI-YA.
    丽雅 Lìyǎ : « beau », « élégant ; gracieux ». Belle et gracieuse. Les deux caractères forment un couple courant.
  • Milie, Millie, Milly (fille) — MI-LI.
    蜜莉 Mìlì : « doux ; miel », « jasmin ». Le miel et le jasmin.
  • Amélie (fille) — A-MÉ-LIE.
    阿美莉 Āměilì : ā « (préfixe ou suffixe informel) ; (placé devant un nom ou un terme de parenté pour former une appellation) », měi « belle ; beau ; joli », « jasmin ». Trois syllabes, mais les deux dernières se lisent comme le mot chinois de la beauté.
  • Nina (fille) — NI-NA.
    妮娜 Nīnà : « fillette », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Le caractère de la fillette, employé pour les prénoms féminins.
  • Dina (fille) — DI-NA.
    迪娜 Dínà : « convaincre ; persuader ; éclairer », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Éclairer, puis la syllabe des prénoms de filles.
  • Mona (fille) — MO-NA.
    茉娜 Mònà : « jasmin », « (phonétique "na" utilisé essentiellement dans les noms de filles) ». Le premier caractère du mot chinois qui désigne le jasmin.
  • Maya, Maia (fille) — MA-YA.
    玛雅 Mǎyǎ : « agate ; cornaline », « élégant ; gracieux ». L'agate et la grâce. C'est aussi, mot pour mot, la façon dont le chinois écrit le nom des Mayas : la lecture est donc immédiate, mais elle évoque d'abord la civilisation.
  • Meili, Mei-Li (fille) — MEI-LI.
    美丽 Měilì : měi « belle ; beau ; joli », « beau ». Le cas extrême de cette liste : les deux caractères forment le mot chinois courant qui signifie « beau, belle ». Un lecteur chinois ne verra pas un prénom mais un adjectif — à peser.

Prénoms de garçon et prénoms mixtes

La veine est plus étroite, et il faut le dire : les prénoms masculins français reposent largement sur des sons que le mandarin n'a pas — le « r », le « v », le « j », les voyelles nasales. Restent quelques prénoms courts, dont plusieurs sont déjà mixtes en France.

  • Yann (garçon) — YANN.
    Yán : yán « roche ; rocher ». Le rocher. Une syllabe solide, et une image que le chinois emploie pour les garçons.
    Yán : yán « dire ; mot ; parole ». La parole. Même son, registre tout autre.
  • Yanne (fille) — YANNE.
    Yán : yán « beau ; splendide ». Un caractère rare, réservé à la beauté féminine.
    Yān : yān « captivant ». Même famille de sons, autre nuance.
  • Tao (garçon, fille) — TAO.
    Tāo : tāo « grandes vagues ; flots ». Les grandes vagues : un caractère fréquent dans les prénoms masculins chinois.
    Táo : táo « poterie ; terre cuite ; (nom de famille) ». La poterie, et un nom de famille répandu.
    Táo : táo « pêche (fruit) ». La pêche, fruit de longévité dans la tradition.
  • Kai, Kaï (garçon) — KAI.
    Kǎi : kǎi « victorieux ; triomphant ». Le triomphe. C'est un caractère de prénom masculin très courant en Chine.
    Kāi : kāi « ouvrir ; frayer ; percer ». Ouvrir, commencer.
  • Bo (garçon) — BO.
    : « riche ; vaste ; immense ». L'érudition et l'ampleur. Un caractère de prénom masculin classique.
    : « onde ; vague ; ondulation ». L'onde, la vague.
  • Li (garçon, fille) — LI.
    : « s'efforcer de ; se tenir debout ; dresser ». Se tenir debout, fonder. Se donne aux garçons comme aux filles.
    : « force ; vigueur ; puissance ». La force.
  • Alan, Allan, Alann (garçon) — A-LAN.
    阿兰 Ālán : ā « (préfixe ou suffixe informel) ; (placé devant un nom ou un terme de parenté pour former une appellation) », lán « orchidée ». Le préfixe familier et l'orchidée. C'est déjà la forme que le chinois donne à ce prénom, et elle se lit.

Les sonorités qui tombent mal

Une liste qui ne signalerait que les coïncidences heureuses mentirait par omission. Certaines sonorités françaises très courantes tombent en chinois sur des mots que personne ne souhaite entendre derrière le prénom de son enfant, et il n'y a aucun moyen de l'empêcher : le choix des caractères écrits appartient aux parents, celui des mots qu'une oreille chinoise entend d'abord, non.

Les caractères ci-dessous ne sont pas des propositions. Ce sont les lectures concurrentes que le dictionnaire donne pour les mêmes sons.

  • Léa, Léana — LÉ-A. lèi « fatiguer ; causer ; impliquer », lèi « larmes ; gouttes ». C'est le cas le plus net de la liste, et il concerne un prénom très porté. Le bouton de fleur se dit au troisième ton ; les deux lectures ci-dessus, au quatrième. Un francophone ne fait pas la différence.
  • Lola, Lila, Leila, Mila, Kaila, Nala — LA en finale. « tirer ; trainer ; transporter », « pimenté ; piquant ; âcre », « déchets ». La syllabe finale « la » est une impasse : le chinois n'y a aucun caractère de prénom. Ce sont les seuls sens disponibles, et le dernier est celui du mot « ordures ». Tous les prénoms français qui se terminent par « la » butent là.
  • Sissi, Cissy, Sina, Sienna — SI à l'initiale. « mourir ; à mort ; extrêmement ». La syllabe « si » est dominée par ce caractère, l'un des plus fréquents du chinois. La pensée et la soie existent au premier ton, mais c'est l'autre qui vient d'abord à l'oreille.
  • Sacha, Aïcha — SA-CHA. shǎ « stupide ; bête », shā « tuer ; assassiner ; lutter contre ». La seconde syllabe est le vrai problème. Le sable est neutre, mais les deux lectures ci-dessus sont bien plus fréquentes, et la première s'emploie couramment comme insulte affectueuse ou non.
  • Pia, Pie — PI à l'initiale. « lâcher un vent ; pet ; absurdité ». Un caractère très usuel de la langue parlée. Il n'y a rien à faire de la syllabe « pi » en début de prénom.
  • Lou, Loulou — LOU. lòu « laid ; misérable ; étroit », lòu « fuir ; suinter ; omettre ». La contrepartie de la plus belle famille de cette page. La rosée se lit lù ; le même caractère se lit aussi lòu, et à ce ton la syllabe porte ces deux sens. Le risque est réel mais faible : la rosée est bien plus fréquente.
  • Mao — MAO. máo « poil ; plume ; laine ». Ce n'est pas un mot malheureux, c'est un nom de famille — et le lecteur chinois pensera d'abord à celui que tout le monde connaît. Un prénom, en Chine, ne porte pas un patronyme.
  • Manou, Nouna — syllabe NOU. « esclave ». La syllabe « nou » du français donne nu en pinyin, et ce caractère y est le plus courant. L'effort se lit au troisième ton.
  • Pauline, Paula — PO à l'initiale. « usé ; cassé ; endommagé », « vieille ; femme ». L'ambre proposé plus haut est un caractère rare. Ces deux-là sont courants, et le second désigne familièrement une vieille femme ou une belle-mère.
  • Maya, Malou, Mali — MA à l'initiale. « injurier ; insulter ; gronder », « cheval ; cavalier (échecs) ; (nom de famille) ». L'agate est un caractère de transcription peu employé seul. À la même syllabe, le chinois entend d'abord le cheval — qui est aussi un nom de famille — et, au quatrième ton, le verbe ci-dessus.
  • Nadia, Lydia, Mia, Tia — IA en finale. « inférieur ; second ; (abr.) Asie ». Ces prénoms ne sont pas dans la liste principale pour une raison plus simple qu'un mauvais sens : le chinois n'a presque rien à la syllabe « ia » isolée, et ce que les transcriptions emploient signifie « inférieur, second ».

Trois familles de sons où le français ne trouve rien

Il vaut la peine de dire ce qui bloque, parce qu'un parent qui a une idée en tête saura tout de suite si elle a une chance.

Les voyelles nasales. Le mandarin n'a ni /ɑ̃/, ni /ɛ̃/, ni /ɔ̃/, ni /œ̃/. Manon, Corentin, Simon, Jean, Milan, Nolan, Océane à sa deuxième syllabe : rien à en tirer. C'est le premier motif d'exclusion, et de très loin le plus fréquent.

Quatre consonnes françaises. Le mandarin n'a pas de /ʁ/, pas de /v/, pas de /z/, pas de /ʒ/. Cela retire d'un coup Marie, Sarah, Roman, Victor, Éva, Jade, Julie, Rose, Zoé et tout ce qui leur ressemble. Les transcriptions y parviennent en substituant un son voisin, mais on ne parle plus alors d'une lecture.

Le « e » et le « eu ». Céline, Émeline, Adeline, Théo, Léo butent sur une syllabe intermédiaire — /se/, /me/, /de/, /te/ — que le mandarin ne connaît pas : sa syllabe « e » est un son de gorge sans équivalent français, et ses syllabes « te » ou « de » n'ont rien de commun avec « té » et « dé ».

Reste enfin une catégorie qu'il faut nommer pour ne pas la chercher : les prénoms d'origine chinoise portés en France. Ceux-là ne relèvent pas de cette fiche, qui traite des rencontres fortuites entre deux langues, mais des listes de prénoms chinois auxquelles renvoient les sources.

Le français n'a pas de tons, et cela change tout

C'est la limite honnête de l'exercice, et elle mérite un paragraphe à elle seule. Le mandarin distingue quatre tons ; un prénom français n'en porte aucun. Une syllabe française tombe donc non pas sur un caractère, mais sur une colonne entière de familles d'homophones réparties sur quatre hauteurs — et l'oreille chinoise ira d'abord vers la plus fréquente, pas vers celle que les parents avaient en tête.

L'exemple de Léa le montre en trois caractères : au troisième ton, , le bouton de fleur ; au quatrième, deux mots qui parlent de fatigue et de larmes. Les trois s'écrivent différemment, se prononcent presque pareil pour un francophone, et se distinguent parfaitement pour un locuteur chinois.

Trois conséquences pratiques. D'abord, aucune écriture de cette page n'est exclusive : ce sont des propositions, et un lecteur chinois pourra toujours en entendre une autre. Ensuite, un prénom qu'on veut faire lire en Chine gagne à être écrit — sur un faire-part, une carte, une inscription —, car c'est le caractère, non le son, qui fixe le sens. Enfin, mieux vaut un prénom court : deux syllabes, comme un prénom chinois, laissent moins de place au malentendu que trois.

Pour entendre les tons plutôt que les lire, le dictionnaire du site donne la prononciation de chaque caractère, et la méthode de mandarin en explique le système.

Ce que l'état civil français permet

Le choix du prénom appartient aux parents : c'est l'article 57 du code civil qui le dit, depuis la loi du 8 janvier 1993 qui a mis fin à l'obligation de puiser dans les calendriers. L'officier de l'état civil enregistre le prénom déclaré ; s'il lui paraît contraire à l'intérêt de l'enfant ou au droit d'un tiers à voir protéger son nom, il en avise le procureur de la République, qui seul peut saisir le juge.

Deux précisions utiles pour cette liste. Un prénom s'inscrit en lettres latines : les caractères de cette page sont une lecture, jamais un état civil, et aucun acte français ne les portera. Et rien n'oblige à choisir entre les deux cultures — un second prénom, ou un prénom composé, est la voie que beaucoup de familles franco-chinoises retiennent.

Aucun des prénoms de cette page ne pose de difficulté de ce point de vue : ils sont tous portés en France, et plusieurs y sont très courants.

Pour aller plus loin sur le site

Cette fiche est volontairement étroite : elle ne traite que des prénoms français qui se lisent aussi en chinois. Le site en porte plusieurs autres sur les prénoms, et elles répondent à d'autres questions — toutes sont données en fin de page.

« Prénoms chinois pour fille » et « Prénoms chinois pour garçon » donnent les véritables prénoms chinois courants, avec leur calligraphie, leur pinyin et leur sens ; c'est là qu'il faut aller pour choisir un prénom chinois, et non un prénom français à lecture chinoise. « Noms et prénoms chinois » explique comment un nom se compose en Chine — le patronyme d'abord, le prénom ensuite, et pourquoi il n'existe pas de stock fermé de prénoms. Les six pages « Prénom asiatique » élargissent au japonais, au coréen et au thaï.

Enfin, le traducteur de prénoms du site donne la transcription phonétique de n'importe quel prénom : c'est l'outil à employer quand on cherche à faire sonner un prénom en chinois plutôt qu'à le faire lire.

Sources

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