En Chine, 264 000 mariages de moins en six mois
Le ministère des Affaires civiles a enregistré 3,275 millions de mariages au premier semestre 2026, soit 264 000 de moins qu'un an plus tôt. En Chine, où la naissance hors mariage reste coûteuse en démarches, ce chiffre se lit d'abord comme une prévision de natalité.
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Une seule table dressée, deux chaises poussées à côté, et au fond des tables qui gardent leur nappe rouge sans couverts.
Ce que disent les registres de janvier à juin
Le ministère des Affaires civiles a publié le 12 août 2026 les enregistrements du premier semestre. 3,275 millions de couples se sont mariés en Chine entre janvier et juin, contre 3,539 millions un an plus tôt : 264 000 de moins, soit un recul de 7,5 %. C'est le total le plus faible pour un premier semestre depuis 2014, début de la série comparable, relevait China Daily le 13 août 2026.
Sur la même période, 1,383 million de couples ont divorcé, 52 000 de plus qu'au premier semestre 2025, en hausse de 3,9 %. Le rapport entre les deux séries atteint 42,2 %, un niveau qui se lit avec précaution : ce n'est pas un taux de divorce, puisque les couples qui se séparent au premier semestre 2026 ne sont pas ceux qui s'y marient. Ce qu'il mesure, c'est l'écart croissant entre deux guichets de la même administration.
Un rebond d'un an, puis le retour à la pente
Le recul reprend après une éclaircie. L'année 2025 s'était achevée sur 6,763 millions de mariages, 657 000 de plus qu'en 2024, soit une hausse de près de 11 % qui suivait trois années de baisse. Le point de départ était bas : les 6,106 millions d'unions de 2024 constituaient le plus mauvais chiffre depuis l'ouverture de la série en 1980, et une chute de 20,5 % sur un an.
Vue de plus loin, la pente est régulière. Le sommet date de 2013, avec 13,469 millions de mariages. Le seuil des dix millions a été franchi à la baisse en 2019, celui des huit millions en 2021 ; 2022 s'arrête à 6,835 millions, et 2023 remonte à 7,68 millions en rattrapant les unions reportées pendant l'épidémie. Le semestre qui vient de s'écouler suggère que le rebond de 2025 était de la même nature : un décalage de calendrier plutôt qu'un retournement.
Pourquoi le mariage commande la natalité
Les enregistrements de mariage sont suivis en Chine comme l'indicateur avancé des naissances de l'année suivante. Cette lecture, que rappelait le South China Morning Post le 13 août 2026, tient à une particularité administrative plus qu'à une habitude statistique : la naissance hors mariage y demeure coûteuse en démarches, et parfois en droits.
La Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada en a dressé l'état dans une réponse documentaire du 21 septembre 2023, appuyée sur la presse chinoise et internationale et sur les commissions de santé provinciales. Jusqu'en janvier 2016, un enfant né hors mariage pouvait se voir refuser l'inscription au livret de résidence, le hukou, et avec elle l'école et l'assurance maladie ; le Conseil des affaires de l'État a ouvert cette inscription sur présentation d'un acte de naissance médical et d'une pièce établissant la filiation. Le Guangdong, l'Anhui, le Shaanxi et le Fujian ont depuis supprimé l'exigence d'un certificat de mariage ; d'autres provinces la maintiennent.
Les prestations suivent le même dessin. Les mères seules se voyaient « régulièrement » refuser le congé de maternité et l'accès aux soins publics ; les frais dits de soutien social, dus par qui avait un enfant sans autorisation, ont été supprimés en 2021 ; Pékin, le Sichuan et le Guangdong versent aujourd'hui les indemnités de congé à une femme non mariée. Shanghai avait élargi ces droits en 2021, avant de revenir sur sa décision quelques semaines plus tard. L'application demeure locale, et c'est le point : sans acte de mariage, chaque étape redevient un dossier à défendre.
Le chiffre de la natalité, et l'ordre dans lequel il tombe
Le Bureau national des statistiques a publié en janvier 2026 les naissances de l'année précédente : 7,92 millions, soit un taux de 5,63 pour mille. C'est le plus bas depuis le début de cette statistique, en 1949 ; le précédent creux, 6,39 pour mille, datait de 2023. La population a reculé de 3,39 millions d'habitants, à 1,405 milliard, pour la quatrième année consécutive.
La chute est récente et rapide : on comptait encore 9,54 millions de naissances en 2024, et le sommet de 2016 en portait près de dix millions de plus qu'aujourd'hui. L'enquête démographique publiée le 22 mai 2026 ajoute deux ordres de grandeur qui éclairent le marché matrimonial : 717,2 millions d'hommes pour 688,2 millions de femmes, et un ménage moyen de 2,52 personnes.
Ce que les sources documentent comme causes
Pour Yang Yifan, de l'université Jiaotong du Sud-Ouest, membre du comité d'experts de la commission nationale chinoise sur le vieillissement, le double mouvement (moins de mariages, plus de divorces) relève d'une transformation de structure et non d'une variation de conjoncture : la population âgée de 20 à 40 ans se réduit, conséquence de la faible fécondité des décennies précédentes. Le démographe He Yafu chiffre par ailleurs à 17,52 millions l'excédent d'hommes sur les femmes dans cette tranche d'âge.
Le coût vient ensuite. Un rapport de l'institut YuWa, publié en février 2024, estime à 538 000 yuans (environ 65 000 euros) la dépense moyenne pour élever un enfant jusqu'à ses dix-huit ans, et à 667 000 yuans lorsque l'enfant grandit en ville. Rapporté au produit intérieur brut par habitant, cela représente 6,3 fois celui-ci : un multiple que seule la Corée du Sud dépasse, et qui s'établit à 2,24 en France. Jiang Quanbao, professeur d'économie du travail à l'université d'économie et de commerce de la capitale, à Pékin, ajoutait le 1er août 2025 le prix du logement exigé avant le mariage, les difficultés d'emploi et l'allongement des études, particulièrement pour les femmes. Le chômage des 16-24 ans hors étudiants s'établissait à 14,9 % en juin 2026 selon le Bureau national des statistiques : au plus bas depuis un an, mais au-dessus des 14,5 % de juin 2025.
Le calendrier s'est déplacé en même temps. Le recensement de 2020 donnait 28,67 ans comme âge moyen au premier mariage, contre 24,89 ans dix ans plus tôt. Zhang Jing, de l'institut Gengdan de l'université de technologie de Pékin, parle d'une double contrainte : le coût financier et affectif du mariage et de la parentalité d'un côté, le désir de profiter pleinement de sa vie de l'autre. Quant aux divorces, Liu Ruini, avocate du cabinet Bingrui, au Shaanxi, les rattache à une exigence nouvelle envers le couple et à l'indépendance grandissante des femmes.
Les mesures portent sur le guichet
La révision de 2025 est la première réforme d'ampleur du règlement de l'enregistrement des mariages depuis plus de vingt ans. Entrée en vigueur le 10 mai 2025, elle permet à un couple de s'enregistrer dans n'importe quel bureau d'état civil agréé du pays, quand il fallait auparavant celui du domicile officiel de l'un des deux, et elle a supprimé la présentation obligatoire du livret de résidence. Pour un pays qui compte 376 millions de résidents installés hors de leur commune d'origine, l'obstacle levé était réel : Xinhua relevait le 10 mai 2026 que la formalité prend désormais un quart d'heure environ.
Le reste de l'effort porte sur le décor et sur le portefeuille. Les bureaux s'installent hors des mairies : plus de dix mille couples se sont enregistrés en un an au lac Sayram, dans le Xinjiang ; un guichet a ouvert le 11 juillet dans un parc d'attractions de Dalian, où l'acte se signe à cent mètres de hauteur dans la grande roue ; un autre le 6 août 2026, dans une agence bancaire du district de Hexi à Tianjin, le premier du pays. Côté aides, une subvention nationale de 3 600 yuans par an (environ 433 euros) par enfant de moins de trois ans a été annoncée le 28 juillet 2025, et les provinces allongent le congé de mariage : treize jours au Zhejiang contre trois auparavant, trente dans le Shanxi.
Aucune de ces mesures ne touche au prix d'un logement ni au coût d'un enfant. Elles réduisent la friction de l'acte, pas sa charge, ce qui rend assez bien compte de ce que montrent les registres : un rebond l'année où le guichet s'ouvre, puis le retour de la pente.
Ce qu'on ne peut pas encore conclure
Un semestre reste un semestre, et les naissances de 2026 ne seront connues qu'en janvier 2027. Rien ne permet non plus de traduire 264 000 mariages manquants en un nombre de berceaux : le lien entre les deux séries est statistique et décalé, pas mécanique. Il se relâcherait d'ailleurs si les droits attachés à une naissance cessaient de dépendre de l'acte de mariage. C'est peut-être là, plus que dans le nombre de guichets ouverts, que se joue la suite.
La Rédaction