Chaoyang, district de Shantou, entre danse yingge et jonques à tête rouge
Aux confins orientaux du Guangdong, le district de Chaoyang garde une danse de rue tirée d'Au bord de l'eau, le souvenir d'un moine bâtisseur de ponts et la mémoire des départs vers les mers du Sud.
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Évocation à l'encre du pays de Chaoyang : la rivière descend vers la mer de Chine méridionale, entre collines, pont de pierre et toits de temple.
Au nord de la marée
Chaoyang occupe la frange côtière de Shantou, dans l'est du Guangdong, là où la rivière Lian achève sa course vers la mer de Chine méridionale. Le nom associe deux mots qui disent chacun une orientation : chao, la marée, et yang, le versant clair, celui qui dans la nomenclature ancienne se tient au nord d'une eau et au sud d'une montagne. Les monographies locales justifient ainsi le toponyme : le district est établi au nord de la grande mer. C'est un nom de géographe, et il n'a pas bougé.
La romanisation brouille en revanche les pistes. Plusieurs lieux chinois se prononcent Chaoyang — un district de Pékin, un autre de Changchun, une ville du Liaoning — sans que les caractères soient les mêmes. Celui-ci appartient au pays de Chaoshan, une région dont la langue, la cuisine et les rites se distinguent nettement du reste de la province.
Un district des confins, et l'exil d'un lettré
Les monographies font remonter la création du district aux Jin orientaux, ce qui en fait l'une des plus anciennes circonscriptions de cet extrême sud-est longtemps tenu pour un bout du monde, et donc pour une terre d'exil convenable aux fonctionnaires tombés en disgrâce. Le plus illustre d'entre eux y arrive sous les Tang : Han Yu, relégué à Chaozhou, dont Chaoyang dépendait, après avoir adressé à l'empereur un mémoire contre l'accueil solennel d'une relique du Bouddha.
Le lettré, connu pour son hostilité au bouddhisme, se lie pourtant avec un moine chan installé à Chaoyang, Dadian, à qui la tradition attribue la fondation du temple de Lingshan. Des lettres conservées sous le nom de Han Yu gardent la trace de ces entretiens, et l'on rapporte qu'il laissa sa robe au moine en partant — un pavillon du temple en perpétue le souvenir. Au pied de la colline se dresse toujours la pagode où reposent les restes de Dadian, dont la tradition veut que la langue soit demeurée intacte.
Les trois trésors
Chaoyang est surtout connu en Chine pour trois pratiques que l'on réunit localement sous le nom de trésors, toutes trois inscrites sur la liste nationale du patrimoine culturel immatériel. La première est la danse yingge, exécutée dans les rues au premier mois lunaire : deux files de danseurs au visage peint frappent l'une contre l'autre des baguettes courtes, au rythme des tambours et des gongs. Les rôles reprennent ceux des cent huit héros d'Au bord de l'eau, et l'on prête à leur passage la vertu d'écarter les influences néfastes et d'ouvrir convenablement l'année.
Les deux autres sont plus discrètes :
- la musique de flûte, jouée par des ensembles de flûtes traversières et de percussions, que la tradition locale tient pour un écho de la musique de cour descendue vers le sud, et que l'on entend aux fêtes de temple ;
- le papier découpé, travail de femmes, qui fournit les fleurs, les phénix et les motifs d'offrande collés sur les gâteaux de riz et les paniers des sacrifices.
Le moine qui jeta un pont
La figure religieuse la plus vivante du district n'est ni un dieu du panthéon ancien ni un bodhisattva, mais un moine venu du nord sous les Song, que l'on appelle le patriarche Dafeng. La tradition rapporte qu'il porta secours aux habitants de Heping pendant une épidémie, puis entreprit de jeter un pont sur la rivière que les crues rendaient meurtrière. Divinisé après sa mort, il est devenu le patron des salles de bienfaisance de Chaoshan, ces sociétés de secours qui distribuent le riz, soignent les malades et enterrent les indigents. On en retrouve, portant son nom et son image, jusqu'à Bangkok, Singapour et Hong Kong.
Le pays d'où l'on part
Car Chaoyang est d'abord une terre de départ. Les jonques à tête rouge, ainsi nommées d'après la peinture imposée à leur proue, ont porté pendant des générations les hommes de Chaoshan vers le Siam, la Malaisie et l'Indochine. D'outre-mer revenaient les qiaopi, ces lettres accompagnées d'argent que des convoyeurs privés acheminaient bien avant toute banque, et dont les archives figurent aujourd'hui au registre Mémoire du monde de l'UNESCO. Elles ont payé les maisons aux toits recourbés, les salles d'ancêtres et les temples relevés, et elles expliquent qu'un village de rizières puisse garder le souvenir précis d'une rue de Bangkok.
Le thé servi par petites tasses selon la méthode dite gongfu, identique des deux côtés de la mer, dit assez ce lien. La région ne s'est jamais pensée comme une périphérie : elle s'est pensée comme un port.
La Rédaction