Trinquer en Chine
En Chine, on lève son verre avec le mot gānbēi (干杯, littéralement "verre sec"), ce qui est équivalent à notre "santé".
Traditionnellement, on est censé boire le verre cul-sec. Lors d'un repas, il est généralement attendu que les invités trinquent avec chaque personne présente ; Parfois la pression qui est mise pour boire peut être considérable. Il peut être considéré comme impoli, du moins au début du repas, si vous ne portez pas un toast à chaque fois que vous prenez un verre. Heureusement, la tradition se perd et on ne vous en voudra pas trop si vous ne buvez qu'une gorgée à chaque fois.
Si vous êtes malade ou que votre religion vous interdit de boire, vous pourrez être aisément excusé de ne pas trinquer avec de l'alcool, mais avec la boisson de votre choix.
La politesse veut qu'au moment de percuter le verre d'un convive, le vôtre soit placé plus bas, afin de démontrer votre respect.
Faites preuve de prudence car les alcools les plus courants sont particulièrement forts même si les verres sont de petite taille. La liqueur chinoise, le baijiu peut contenir jusqu'à 65% d'alcool. Le président américain Nixon s'était d'ailleurs exercé à boire avant son premier voyage en Chine pour être prêt à trinquer avec Mao Zedong.
Le mot qui dispense de boire, et la loi qui a calmé les banquets
Un mot manque à cette fiche, et c'est le plus utile de tous : suíyì (随意), « comme il vous plaira ». Lever son verre en disant suíyì plutôt que gānbēi, c'est porter un toast en annonçant qu'on boira une gorgée et non le verre entier. La formule est parfaitement polie, comprise de tous, et elle règle la question sans avoir à invoquer une maladie ou une religion. On peut aussi trinquer au thé, ce qui ne choque personne.
La pression décrite ici a par ailleurs beaucoup diminué, pour une raison qui n'a rien à voir avec les mœurs : la campagne contre les dépenses somptuaires lancée fin 2012 a interdit les banquets arrosés aux frais de l'État, fait chuter les ventes de baijiu haut de gamme et durablement changé le ton des repas officiels. Et depuis mai 2011, la conduite en état d'ivresse est un délit : le seuil de l'infraction est de 20 mg d'alcool pour 100 ml de sang, soit à peu près un verre, et celui du délit pénal de 80 mg, passible de détention et du retrait définitif du permis. Un convive qui doit conduire refuse aujourd'hui de boire sans que personne y trouve à redire, et les chauffeurs de remplacement que l'on commande par téléphone en fin de repas (代驾 dàijià) sont un métier à part entière.
Une précision sur le degré : le baijiu se situe le plus souvent entre 38 et 53 degrés, les grandes marques comme le Maotai étant à 53. Les 65 degrés cités ici existent, mais ce sont des alcools de campagne, pas ce que l'on sert à un invité.
Sur Nixon, ce qui est établi est le banquet du 21 février 1972 au Palais de l'Assemblée du peuple, où il trinqua au maotai avec Zhou Enlai devant les caméras du monde entier. La presse américaine qui l'accompagnait décrivit l'alcool comme de la « lame de rasoir liquide », et le maotai y gagna une notoriété internationale qu'aucune campagne n'aurait achetée.
