Les huit anciennes capitales

Xi'an, Luoyang, Pékin, Nankin, Kaifeng, Hangzhou, Anyang, Zhengzhou : une liste qu'aucun décret n'a fixée, mais qu'une société savante a portée de cinq à huit en quatre-vingts ans — et qui compte aujourd'hui dix noms.

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Vue de dessus d'une vieille carte de papier dépliée sur un plateau de bois sombre : le papier jauni est marqué de ses plis, un large fleuve sinueux la traverse d'un bord à l'autre en recevant des affluents, et les reliefs sont rendus à la plume par des hachures ; aucun nom de lieu n'y figure. Un compas de laiton et une petite règle de bois reposent dans l'angle inférieur droit.
Compas et règle dans l'angle : aucun décret n'a fixé cette liste, c'est une société savante qui l'a établie — et elle porte aujourd'hui dix noms pour un titre qui en annonce huit.

Une liste, et qui l'établit

On lit couramment que la Chine a « huit grandes anciennes capitales ». La formule est exacte, mais elle n'a pas le statut qu'on lui prête : aucun décret ne l'a fixée. Elle est l'œuvre de la Société chinoise des anciennes capitales, organisation savante fondée en 1983 à Xi'an, dont le siège est à l'Université normale du Shaanxi et dont le premier président fut le géographe historien Shi Nianhai.

Son secrétaire général l'a dit sans détour dans un entretien à la veille du congrès de 2004 : « la Société chinoise des anciennes capitales est une organisation non officielle », et « le statut de grande capitale ancienne est une reconnaissance venue du milieu savant, entérinée par notre société, puis peu à peu admise par tous ». Il n'y a donc pas d'approbation administrative — seulement un consensus, acquis en congrès. Trois critères y président : que la ville ait été un centre politique national pendant un temps, qu'elle ait joué dans l'histoire de la Chine un rôle singulier, et qu'elle entretienne un lien avec une ville d'aujourd'hui.

Les huit villes

La liste canonique réunit Pékin, Xi'an, Hangzhou, Nankin, Luoyang, Kaifeng, Anyang et Zhengzhou. C'est dans cet ordre que le bureau municipal du patrimoine de Zhengzhou l'énumérait en août 2024, en rendant compte du congrès annuel de la Société.

Comment on est passé de cinq à huit

La Société elle-même retrace la progression, et elle est instructive : chaque élargissement suit une découverte archéologique.

  • Cinq, dans les années 1920 : Xi'an, Luoyang, Pékin, Nankin et Kaifeng.
  • Six, dans les années 1930, avec Hangzhou, capitale des Wuyue puis des Song du Sud. La thèse est fixée par un ouvrage collectif dirigé par Chen Qiaoyi, paru en 1983.
  • Sept, avec Anyang : le géographe historien Tan Qixiang plaide en 1982 pour son inclusion, au titre de Yinxu et des capitales de Ye ; le consensus est acquis en 1988, au congrès annuel de la Société tenu à Anyang, et un ouvrage le consacre en 1991.
  • Huit, avec Zhengzhou : une trentaine de spécialistes le proposent en août 1993, une vingtaine le réclament à nouveau en novembre 2003, et le consensus se forme en novembre 2004, au congrès annuel tenu à Zhengzhou pour les 3 600 ans de la cité des Shang. Un ouvrage collectif paraît en février 2007.

Le mois du congrès d'Anyang de 1988 n'est pas établi par les sources consultées ; on s'en tient à l'année.

Ce que chaque ville revendique

Les décomptes de dynasties viennent d'institutions publiques, et il faut savoir que toutes ne comptent pas pareil.

  • Luoyang : capitale de treize dynasties et royaumes pendant plus de mille ans au total, la plus longue durée de toutes. L'Académie des études contemporaines sur la Chine et le monde les nomme : Xia, Shang, Zhou de l'Ouest, Zhou de l'Est, Han de l'Est, royaume de Wei des Trois Royaumes, Jin de l'Ouest, Wei du Nord, Sui, Tang — ère des Wu Zhou comprise —, Liang postérieurs, Tang postérieurs et Jin postérieurs.
  • Kaifeng : huit pouvoirs — Xia, État de Wei des Royaumes combattants, Liang postérieurs, Jin postérieurs, Han postérieurs, Zhou postérieurs, Song du Nord et Jin. La même source relève que la ville a gardé le même axe à travers les siècles, et que la superposition de plusieurs capitales sous le sol y constitue une rareté mondiale. Le portail du Henan écrit toutefois ailleurs « dix dynasties » : la divergence est interne à l'administration provinciale.
  • Anyang : première capitale il y a plus de 3 300 ans, puis sept royaumes ou dynasties. C'est, dit la même source, la première capitale de l'histoire chinoise attestée à la fois par les textes et par les inscriptions sur os oraculaires — le guide consacre une fiche à Yinxu, le site en question.
  • Zhengzhou : plus de 3 000 ans, et cinq pouvoirs — Xia, Shang, État de Guan sous les Zhou de l'Ouest, État de Zheng aux Printemps et Automnes, État de Han aux Royaumes combattants. Les ruines de la cité des Shang, en plein centre, sont présentées comme la plus ancienne et la plus vaste capitale découverte à ce jour en Chine, et la première protégée par une enceinte.
  • Xi'an : fondée il y a plus de 3 100 ans, capitale de treize dynasties selon le portail du Conseil des affaires de l'État, qui n'en donne pas la liste.
  • Nankin : environ 450 ans de fonction capitale, pour une existence urbaine de 2 500 ans. Le premier régime à s'y installer est le royaume de Wu, quand Sun Quan y transfère sa capitale en 229. Suivent cinq dynasties — Jin de l'Est, Song, Qi, Liang et Chen du Sud —, l'ensemble formant les Six Dynasties, puis quatre autres pouvoirs : les Tang du Sud, les Ming, le Royaume céleste des Taiping et la République de Chine.

Pour Pékin et pour Hangzhou, aucune source municipale ou provinciale consultée ne donne de liste de dynasties.

Quatre des huit sont dans le Henan

C'est le fait le plus frappant de la liste, et le gouvernement du Henan ne s'en prive pas : « des huit premières anciennes capitales de Chine, quatre sont situées dans le Henan ». Luoyang, Kaifeng, Anyang et Zhengzhou se tiennent en effet dans un rayon de deux cents kilomètres, le long du fleuve Jaune. La page consacrée à Zhengzhou par le même portail écrit, en anglais, la formule exacte : « en tant que l'une des huit grandes anciennes capitales de Chine, la ville compte plus de dix mille vestiges historiques ».

La liste n'est pas restée à huit

Voilà ce que les compilations omettent presque toujours. La même Société a continué d'admettre des villes : des comptes rendus font état de Datong, puis de Chengdu en octobre 2016, ce qui porterait le total à dix « grandes anciennes capitales ». Le guide le signale sans pouvoir s'appuyer sur un texte de la Société elle-même.

Un membre de son conseil replace d'ailleurs le chiffre huit dans une longue série : depuis que la notion de grande capitale ancienne a été avancée en 1902, écrit-il, plusieurs thèses se sont succédé, dont celles des six, des sept et des huit grandes capitales. « Huit » est donc la liste la plus employée et la plus stable — ce n'est pas l'état actuel du registre.

Une divergence à connaître

Dernier écart, et il est amusant : le portail municipal de Nankin ne se présente pas comme l'une des huit, mais comme « l'une des quatre anciennes capitales de Chine ». La thèse des quatre — Pékin, Xi'an, Nankin, Luoyang — est la plus ancienne et la plus restrictive ; une ville qui y figure n'a pas d'intérêt à rappeler les listes élargies. C'est un bon rappel de ce qu'est cette liste : non un classement officiel, mais un consensus savant que chaque ville cite dans la version qui la sert le mieux.

Sources

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