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Bouddhisme

© Chine Informations - La Rédaction

 

Fondé en Inde du Nord au VIe siècle av. J.-C. par un membre de la famille des Gautama, dans la tribu des Sakya, le bouddhisme est l'une des grandes religions du monde. Contemporaine de l'avènement d'une société hiérarchisée en castes et fortement nourrie des croyances hindouistes, la doctrine du Bouddha s'articule autour du thème de la souffrance et des moyens de s'en affranchir. Si l'art bouddhique est chargé d'un symbolisme très précis, c'est qu'il sert délibérément de support à l'enseignement de la doctrine et à la méditation du fidèle.

Lorsque apparaît le bouddhisme, dans le prolongement du brahmanisme, l'Inde subit une transformation sociale et une crise religieuse: d'une part le développement d'une société aryenne cloisonnée, supplantant les anciennes structures tribales, d'autre part la naissance de courants religieux s'écartant de l'hindouisme. Après avoir essaimé en Inde durant plusieurs siècles, le bouddhisme a éveillé l'Extrême-Orient à une philosophie religieuse et à une éthique originales.

L'enseignement du Bouddha

La doctrine du Bouddha repose sur l'idée que la souffrance est inséparable de l'existence. Bien qu'il professe une vision foncièrement pessimiste, le bouddhisme affirme que le savoir et la morale permettent d'échapper au cycle des renaissances et d'entrer dans un état de pureté absolue, le nirvana. Les quatre «nobles vérités» sont déjà résumées dans le tout premier sermon de Bénarès. La première vérité fait de la douleur la compagne de la vie, car aucune félicité n'est durable. Le moi est éphémère, puisque tout être meurt pour renaître dans un autre corps, qui souffrira et renaîtra à son tour – c'est le samsara brahmanique, ou cycle des réincarnations. Ce cycle est régi par le karma, résultat des bonnes et mauvaises actions passées.

La deuxième vérité est que la douleur naît de la «soif» de vivre, des désirs et des passions, autant de sources qui alimentent la convoitise, la jalousie, la haine et l'erreur.

La troisième vérité découle des précédentes: si l'on supprime la cause, on annule son effet. Ainsi, si l'on éteint les désirs, on annihile la souffrance.

La quatrième vérité est la morale du bouddhisme, la «Voie des huit vertus». Elle recommande la méditation pure, le savoir, la vérité et le bien, elle conduit au nirvana, à l'extinction des désirs, à l'état suprême de non-existence, de non-réincarnation, à l'absorption de l'être par l'énergie cosmique. Le nirvana, qui n'est pas immédiatement accessible, est un état qui échappe à la fatalité du devenir et au cycle sans cesse repris des vies nouvelles.

Les écoles de pensée bouddhique

Le Bouddha n'a laissé aucun écrit. Retransmises oralement par ses fidèles, ses paroles furent réunies dans des textes sacrés (sutra). Divers conciles bouddhiques eurent lieu entre le Ve et le Ier siècle av. J.-C.; un premier schisme, vers 450, précède l'apparition de nombreuses écoles de philosophie bouddhique.

Le Hinayana

La première des trois plus importantes écoles est le Hinayana (le Petit Véhicule, celui qu'on emprunte pour accéder au nirvana); elle est particulièrement répandue au Sri Lanka, en Birmanie et en Thaïlande. Divisée en plusieurs sectes, elle ne reconnaît pas au Bouddha une nature divine et réserve la voie du nirvana aux seuls religieux armés d'une morale stricte. Sa doctrine est tout entière contenue dans un texte canonique, le Tripitaka.

Le Mahayana

Appelé aussi Grand Véhicule, le Mahayana est la deuxième école influente; elle gagna le nord de l'Inde, le Tibet, la Mongolie, la Chine, la Corée, le Japon et une partie de l'Asie du Sud-Est (Viêt-nam, Cambodge). Pour le Mahayana, bouddhisme métaphysique, la sainteté n'est pas seulement un idéal de perfection personnelle, mais un moyen d'aider l'individu à atteindre cet état grâce à l'appui de sages «éveillés». Comme le Bouddha, ceux-ci renoncent temporairement (ou définitivement) à entrer au nirvana pour aider les autres hommes à connaître l'Illumination. Ainsi cette religion prévoit-elle le salut pour tous. Son panthéon est peuplé de divinités (les bodhisattvas ), qui sont plus proches des fidèles que le Bouddha. Devenu religion populaire, le Mahayana abandonne la conception athée du bouddhisme et procède à une sorte de déification du Bouddha, à qui il attribue un aspect humain, divin et cosmique (doctrine des trois corps). Le Mahayana se distingue par la stature exceptionnelle de ses philosophes et de ses penseurs religieux: Nagarjuna, vers 100 apr. J.-C., Asanga, au Ve siècle, le poète Shantideva, au VIIe siècle.

En Chine et au Japon, l'école mahayaniste s'est compartimentée en de nombreuses sectes dont la plus connue est le zen (ou chan). Leurs adeptes, qui méditent sur des textes sacrés et mènent une vie ascétique, s'appliquent à vider leur esprit à la fois du temps et de l'espace, pour mieux parvenir à l'Illumination bouddhique. Ainsi les écoles zen (méditation) pratiquent des activités favorisant la concentration (cérémonie du thé, tir à l'arc, judo, jardinage, poésie, peinture).

L'école lamaïque

L'école du tantra, particulièrement développée au Tibet et en Mongolie, est issue du Mahayana et reprend divers aspects de l'hindouisme, longtemps évincé par l'hétérodoxie bouddhique. Ses écrits sacrés (tantra) s'apparentent à des ouvrages de pratique rituelle, voire même de magie (récitation de syllabes sacrées, exercices de yoga disposant le corps et l'esprit à des pouvoirs surnaturels). La philosophie tantrique est axée sur l'examen du cosmos et de ses multiples facettes. Le dalaï-lama, dignitaire religieux du Tibet, est considéré par le tantra comme la réincarnation du Bouddha.

La communauté bouddhique

Constituées après la disparition du Bouddha et peu à peu enrichies de rites et de cérémonials, les communautés monastiques ont acquis une immense influence spirituelle et morale au sein des populations extrême-orientales.

Les moines

Les adeptes du bouddhisme qui désirent entrer dans la vie monastique sont consacrés par une double ordination. Le novice, âgé d'au moins seize ans, s'engage à respecter dix interdits: ne pas tuer, ni voler, ni forniquer, ni mentir, ni ingurgiter des boissons fortes, ni manger aux heures interdites, ni danser et chanter ou assister à des spectacles, ni s'embellir, ni utiliser un lit ou un siège confortable, ni recevoir de l'or ou de l'argent. Au terme d'une instruction plus ou moins longue, le novice subit une seconde ordination, après avoir passé un examen. Toutefois, il est libre de partir à tout moment.

Les moines ordonnés, occupés par les prières, les études, les rituels de confession et les cérémonies religieuses, participent également à l'instruction des enfants, aux cérémonies (mariages, crémations), et parfois à des activités plus terre à terre (irrigation, agriculture). Ils vivent donc à proximité des laïcs.

L'un des concepts clés du bouddhisme est le don. Les laïcs offrent aux moines la nourriture quotidienne et, lors des fêtes saisonnières, des robes neuves. Ils portent des fleurs et de l'encens aux images du Bouddha et des bodhisattvas du panthéon mahayaniste. De leur côté, les moines font des offrandes sous forme de sermons, de chants liturgiques, de prières pour les défunts. En faisant des dons, l'individu obtient à chaque fois des mérites et, grâce à un karma favorable, peut espérer qu'il renaîtra dans une existence meilleure, conduisant à l'Illumination.

Les grands textes du bouddhisme

Ce sont les moines qui, depuis environ 2 500 ans, conservent la doctrine, les textes sacrés et les récits transmis d'abord oralement par les fidèles, ainsi que les représentations artistiques de leur maître spirituel et des divinités.

  • Le Tripitaka («trois corbeilles» ou «trois trésors») fut rédigé en sanskrit, l'œuvre est divisée en trois parties: Vinaya (prescription de la vie monastique); Sutra (collection de prédications du Bouddha); Abhidharma (ensemble d'ouvrages métaphysiques et doctrinaux). Il s'agit de textes hinayanistes, dont la rédaction s'étend sur cinq siècles, à partir de 500 av. J.-C.
  • Le Saddharmapundarikasutra («Lotus de la bonne loi») fait partie du Tripitaka et constitue une conception mahayanique du sermon de Bouddha sur l'unicité des chemins du salut (vers 300 apr. J.-C.).
  • Écrit par Nagarjuna, le Madhyamika est une œuvre doctrinale (IIIe siècle apr. J.-C.).
  • Le Milindapanha est un dialogue philosophique entre le souverain grec Milinda et le moine Nagasena (IIe siècle apr. J.-C.).
  • Les tantra sont des ouvrages d'ésotérisme (vers 350 apr. J.-C.).
  • Plusieurs contes et apologues évoquant les vies antérieures du Bouddha ont été regroupés dans le jataka (IVe siècle apr. J.-C.).
  • L'Avadana rassemble des apologues moraux (vers 200 apr. J.-C.).
  • Enfin, le Sutra est un recueil d'aphorismes (vers 400 apr. J.-C.).

Le bouddhisme aujourd'hui

Issu de la tradition brahmanique et de ses principes essentiels, mais s'opposant au formalisme hindouiste, le bouddhisme s'est imposé comme une religion de salut. Sans se référer à un véritable Dieu, il constitue une philosophie fondée sur une vision pessimiste de l'existence. Mû par le désir de délivrer l'humanité des luttes de pouvoir, de la haine, de la persécution et du racisme, il reste proche des préoccupations des laïcs. Il affirme avec force son idéal de justice et de respect de l'homme, n'hésitant pas à s'engager dans des conflits politiques et sociaux: lors de la guerre du Viêt-nam, les religieux soutenaient le mouvement pacifiste et les bouddhistes du Tibet, qui reconnaissent toujours le dalaï-lama en exil, continuent à protester contre l'annexion de leur pays par la Chine.

Au cours de ce siècle, de nombreux États asiatiques (Chine, Laos, Cambodge, Viêt-nam, Corée du Nord, Mongolie) ont choisi la voie du socialisme athée et entrepris l'éradication de toutes les religions. La sécularisation forcée de l'Extrême-Orient, ainsi que l'occidentalisation de la région, semble, en effet, menacer le bouddhisme millénaire. Toutefois, outre le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et la Birmanie, où le bouddhisme connaît une grande vitalité, les États asiatiques qui avaient adhéré au marxisme n'ont pu extirper entièrement cette religion: dans certains pays de l'Asie du Sud-Est, où le pouvoir s'efforce d'éviter toute dissidence politique et religieuse, elle est souvent traitée avec une neutralité bienveillante.

Si le bouddhisme a presque totalement disparu en Inde après le XIIe siècle, tout l'Extrême-Orient reste profondément marqué par son influence vieille de vingt siècles et toutes les cultures et civilisations extrême-orientales continuent à s'inspirer de la métaphysique et des valeurs morales de ce courant spirituel.

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