michelemPeut-on moralement défendre la transformation de terres "nourricières" en "productrices de bio carburant" alors que des milliers de personnes meurent de faim et que la production de bio carburant fait grimper le prix des céréales ? Ne doit-on pas plutôt revoir notre façon de vivre et de consommer ? Je suis choquée de voir des champs entiers de maïs ou de colza partir en fumée dans les 4x4 américains et furieuse de constater que les spéculateurs s'engraissent sur la misère du monde . Les bio carburants sont vraiment une idée de riches .Ils ne limitent au plus que de 3% les émissions de gaz à effet de serre ...On a beau jeu d'accuser ensuite les pays émergents d'être responsables ...
Rendons la terre aux paysans qui eux savent très bien l'utiliser à nourrir le monde !
Ce riche savoir-faire des paysans du Sud
Par Marc Dufumier
Professeur à lInstitut national agronomique Paris-Grignon (INAPG).
Parmi les 6,5 milliards de personnes qui peuplent notre planète, plus de 850 millions ne mangent pas à leur faim, et près de 2 milliards souffrent de malnutrition, faute de disposer de protéines, vitamines et éléments minéraux en quantité suffisante. Les compagnies semencières transnationales affirment que les plantes génétiquement modifiées (PGM) pourraient contribuer à la résolution de ce problème. Quelle crédibilité accorder à leurs propos ?
Les populations dont lalimentation est insuffisante sont, pour plus des deux tiers, des familles paysannes minifundiaires (petites propriétés) équipées doutils exclusivement manuels et dotées de systèmes de culture et délevage insuffisants pour se nourrir elles-mêmes ou pour permettre des achats alimentaires. Auxquelles sajoutent celles qui, appauvries ou endettées à lextrême, sentassent dans les bidonvilles sans y trouver demplois rémunérateurs. Cest donc bien par un accroissement de la productivité et des revenus agricoles des paysans les plus pauvres que lon parviendra à réduire la prévalence de la faim et de la malnutrition dans le monde.
Mais rien nindique que le recours aux PGM permette datteindre cet objectif. Dun point de vue technique, les solutions prioritaires doivent associer les cultures combinant diverses espèces et variétés, complémentaires dans lespace et dans le temps, de façon notamment à :
intercepter au mieux les rayons solaires et transformer ainsi le maximum dénergie lumineuse en calories alimentaires, par la voie de la photosynthèse ;
produire des protéines par la fixation de lazote de lair, grâce aux légumineuses avec lesquelles des bactéries fixatrices peuvent vivre en symbiose ;
favoriser lexploration maximale des sols par les racines et les transferts verticaux de minéraux vers la surface, via la production de biomasse aérienne, la chute des feuilles et leur décomposition dans la couche arable ;
assurer une couverture végétale maximale des terrains, et les protéger ainsi de lagressivité des agents dérosion (pluies tropicales, eaux de ruissellement, vents violents, etc.) ;
apporter le maximum de matières organiques sur les champs cultivés et favoriser ainsi la production dhumus en leur sein ;
faire barrière à la propagation et à la prolifération déventuels insectes prédateurs et agents pathogènes.
Des variétés rustiques, survivant en conditions aléatoires, permettent de limiter les risques de très mauvaises récoltes, ce qui est crucial pour les paysans précaires. En témoigne le succès récent du riz pluvial Nerica en Afrique de lOuest. Issue dune hybridation classique entre des espèces de riz africaine et asiatique, cette variété, riche en protéines, résiste bien aux sécheresses... sans modification génétique.
De même, il conviendrait dassocier agriculture et élevage, de façon à valoriser les résidus de culture dans lalimentation des troupeaux, et à utiliser les déjections animales pour la fabrication de fumier sans transports excessifs. Mais encore faudrait-il que les paysans aient accès aux moyens de production nécessaires : animaux de trait, charrettes pour le transport des matières organiques, terres en quantités suffisantes, etc. Il sagit là bien davantage dun problème de répartition des ressources que dune affaire de génétique.
Les paysanneries du tiers-monde disposent dun savoir-faire « naturel » sous-utilisé. Ainsi en est-il des associations de culture dans les « jardins créoles » dHaïti et dans de nombreuses îles des Caraïbes. De même, certaines sociétés de lAfrique soudano-sahélienne emblavent leurs céréales sous des parcs arborés dAcacia albida, légumineuse dont le feuillage constitue un excellent fourrage pour les animaux, et sert aussi à la fertilisation des sols. Les paysans du delta du fleuve Rouge, au Vietnam, cultivent, dans leurs rizières, des algues aquatiques qui favorisent des cyanobactéries contribuant à la fertilisation azotée des sols. Et lélevage de canards nest-il pas un moyen efficace de lutter contre les insectes prédateurs du riz ?
Certes, tous ces systèmes sont perfectibles, et les agronomes ne manquent pas de travail, à la condition de reconnaître les écosystèmes souvent complexes dont on doit toujours ménager les diverses potentialités productives.
De ce point de vue, rien nindique que la génétique soit le facteur limitant de la production et des revenus agricoles, et que les OGM puissent être utiles aux paysans pauvres. Les multinationales auraient-elles massivement investi dans la mise au point de PGM, pour céder ensuite leurs semences aux paysans les moins solvables du tiers-monde ? Les semences de soja, de maïs et de coton transgéniques sont utilisées dans les pays du Sud, au sein de grands latifundia au Brésil, en Argentine et en Afrique du Sud. On ne sache pas quelles aient mis fin à la misère des paysans sans terre et des populations des favelas et des bantoustans...